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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XI

Histoire d'Alexandre jusqu'à la mort de Darius, Les réactions à l'assassinat de Philippe, 1,1—Premiers actes d'Alexandre 1,7—Attitude des cités grecques, 2,7—Destruction de Thèbes, 3,6—Intervention des Athéniens 4,9—Préparatifs de l'expédition persique, 5,1—L'arrivée en Asie, 5,10—L'armée d'Alexandre, 6,2—Le plan de Darius, 6,8—Bataille du Granique 6,10—Histoire du nœud gordien, 7,3—Maladie d'Alexandre, 8,1—Bataille d'Issos, 9,1—Prise du camp et du harem de Darius 9,11—Conquête de la côte syrienne, 10,6—L'expédition d'Égypte, 11,1—Propositions de paix de Darius, 12,1—Bataille d'Arbèles, 13,1—Prise des capitales royales 14,9—Poursuite de Darius, 15,1—Dernières paroles et mort de Darius, 15,6.


1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15

Les réactions à l'assassinat de Philippe 1,1 De même que dans l'armée de Philippe il y avait des peuples divers, de même, après son assassinat, il y eut dans les esprits des sentiments variés. 2 Les uns, opprimés par une injuste servitude, reprenaient le courage d'espérer leur liberté, 3 d'autres, par répugnance pour une expédition militaire lointaine1, se réjouissaient d'en être dispensés, 4 quelques-uns s'affligeaient de ce que la torche allumée pour les noces de la fille ait été placée sous le bûcher funéraire du père. 5 Quant aux Amis du roi2, une crainte qui n'était pas mince s'était emparé d'eux, à la suite du bouleversement si soudain de la situation : ils songeaient tantôt à l'Asie qui avait été provoquée, tantôt à l'Europe qui n'était pas encore totalement soumise, 6 tantôt aux Illyriens, Thraces et Dardaniens, et au reste des peuples barbares, à la loyauté douteuse et à l'esprit déloyal : si tous ces peuples faisaient défection en même temps, ils ne pourraient d'aucune manière être tenus en respect.

Premiers actes d'Alexandre3 7 À tout cela, l'intervention d'Alexandre fut comme un remède : 8 devant l'assemblée, il réconforta et encouragea tout le monde en fonction de la situation, si bien qu'il délivra de la peur ceux qui étaient inquiets et qu'il poussa tout le monde à l'espoir. 9 Il avait vingt ans ; à cet âge, il promit beaucoup de sa part avec tant de modération qu'il était clair qu'il se réservait d'en accomplir davantage. 10 Il accorda aux Macédoniens une exemption totale de charges, le service armé mis à part, et par ces dispositions il se gagna si bien la faveur de tous qu'ils disaient que le corps de l'homme avait changé, mais non pas la valeur du roi4.

2,1 Il eut comme premier soin les obsèques paternelles pour lesquelles, avant toute chose, il ordonna de tuer près du tertre funéraire de son père ceux qui avaient eu connaissance du meurtre. 2 Il épargna le seul Alexandre, frère des Lyncestes5, respectant en celui-ci l'auspice de sa majesté ; en effet, celui-ci l'avait salué roi le premier. 3 Quant à son rival au pouvoir, son frère Caranos qui était né de sa belle-mère, il veilla à ce qu'il fut tué6.

4 Dans les débuts de son règne, il tint en respect beaucoup de peuples rebelles, étouffa quelques révoltes naissantes7. 5 Encouragé par ces actions, il se dirige au pas de charge vers la Grèce où, ayant convoqué les cités à Corinthe à l'exemple de son père, il se fait désigner comme général en chef8 à sa place. 6 Il entreprend ensuite la guerre contre les Perses que son père avait commencée.

Attitude des cités grecques 7 Pendant qu'il est occupé à ses préparatifs, on lui annonce que les Athéniens et les Lacédémoniens9 ont abandonné son parti pour celui des Perses, qu'à l'origine de cette défection se trouve Démosthène, corrompu par les Perses avec une grosse somme d'or10, 8 qui a affirmé que toutes les troupes macédoniennes, avec le roi, avaient été détruites par les Triballes, en ayant produit devant l'assemblée un garant de l'information, qui disait que lui-même avait été blessé dans le combat où le roi était tombé11; 9 qu'à cette idée, les dispositions d'esprit de presque toutes les cités avaient été changées ; que les garnisons des Macédoniens étaient assiégées. 10 Décidé à contrer rapidement ces révoltes, Alexandre tomba sur la Grèce avec son armée sur le pied de guerre si rapidement que celui que les Grecs n'avaient pas vu arriver, ils croyaient à peine le voir12.

3,1 Au passage, il avait harangué les Thessaliens et leur avait rappelé les bienfaits de son père Philippe et la parenté qu'il avait avec eux du côté maternel par la famille des Éacides13. 2 Les Thessaliens, écoutant cela avidement, l'avaient nommé chef du peuple tout entier, à l'exemple de son père, et lui avaient remis toutes les redevances et tous leurs revenus. 3 Cependant les Athéniens, de même qu'ils avaient fait défection les premiers, commencèrent les premiers à se repentir, 4 passant du dédain de l'ennemi à l'admiration et exaltant le jeune âge d'Alexandre, auparavant méprisé, en le mettant au-dessus de la valeur des anciens généraux. 5 Ils cherchent donc à détourner la guerre en envoyant des ambassadeurs et Alexandre renonça à la guerre après les avoir entendus et sévèrement réprimandés.

Destruction de Thèbes 6 Ensuite, il tourna son armée contre Thèbes : il était disposé à user de la même indulgence s'il avait trouvé un pareil repentir. 7 Mais les Thébains firent usage des armes, non des prières ou des supplications. En conséquence, une fois vaincus, ils éprouvèrent toutes les peines les plus rigoureuses de leur très misérable situation de captifs.

8 Comme on délibérait sur la résolution de détruire la ville, les Phocéens, les Platéens, les Thespiens et les Orchoméniens, alliés d'Alexandre et parties prenantes à la victoire, rappelaient les destructions de leurs propres villes et la cruauté des Thébains, 9 leur reprochant d'être, comme d'avoir été, les amis des Perses contre la liberté de la Grèce14; 10 c'est pour cette raison que tous les peuples les avaient en haine, ce qui était manifeste, ne serait-ce par le fait qu'ils s'étaient tous obligés par un serment solennel à détruire Thèbes, une fois les Perses vaincus. 11 Ils ajoutent aussi les fables sur les crimes antérieurs, qui ont alimenté à saturation toutes les scènes de théâtre15, afin que les Thébains ne soient pas seulement haïs pour leur déloyauté actuelle, mais aussi pour leur infamie ancienne.

4,1 Alors Cléadas16, l'un des prisonniers, ayant reçu l'autorisation de s'exprimer, dit qu'ils n'avaient pas fait défection au roi, dont ils avaient entendu dire qu'il était mort, mais aux héritiers du roi ; 2 que tout ce qu'ils avaient fait contre lui, c'était la faute de la crédulité, non de la déloyauté ; ils en avaient déjà pourtant été bien punis par la destruction de leur jeunesse ; 3 qu'il reste maintenant une foule, aussi innocente qu'impuissante, de vieillards et de femmes, qui avait elle-même été tellement accablée d'outrages et d'insultes17 que ces gens ne supporteraient jamais rien de plus amer ; 4 et qu'il ne priait pas désormais pour les citoyens dont si peu avaient survécu, mais pour le sol innocent de sa patrie et pour la ville qui n'avait pas seulement donné naissance à des héros, mais aussi à des dieux. 5 Il implore le roi au nom de sa dévotion personnelle pour Hercule, engendré chez eux, d'où la famille des Éacides18 tire son origine, et du souvenir de l'enfance vécue chez eux par son père Philippe19; 6 il lui demande d'épargner la ville qui vénère une partie de ses ancêtres, des dieux engendrés chez elle, et a vu une autre partie de ses ancêtres, des rois de la plus haute majesté, élevés chez elle.

7 Mais la colère fut plus puissante que les prières. En conséquence, la ville est détruite20; les terres sont réparties entre les vainqueurs21; 8 les prisonniers sont vendus à l'encan, et leur prix n'est pas augmenté selon l'avantage des acheteurs mais en fonction de la haine éprouvée contre les ennemis22.

Intervention des Athéniens 9 La situation parut aux Athéniens digne de pitié ; en conséquence, ils ouvrirent leurs portes aux exilés qui s'enfuyaient, en bravant l'interdiction du roi. 10 Alexandre prit l'affaire si au sérieux que quand les membres d'une seconde ambassade le suppliaient de ne pas faire la guerre, il ne le leur concéda qu'à la condition qu'ils lui livrent les orateurs23 et les généraux, par confiance pour lesquels ils s'étaient tant de fois révoltés ; 11 et les Athéniens étant prêts à subir une guerre plutôt que d'être contraints, les exigences d'Alexandre furent réduites à ce que, les Athéniens gardant leurs orateurs, soient exilés les généraux, 12 qui, partis incontinent auprès de Darius, ajoutèrent aux forces des Perses un poids qui n'était pas médiocre24.

Préparatifs de l'expédition persique
5,1 En partant pour la guerre persique, Alexandre tua tous les parents de sa marâtre que Philippe, les ayant promu à un degré de dignité plus élevé, avait investi de commandements militaires25. 2 Il n'épargna pas davantage ceux de sa propre famille qui semblaient aptes à régner26, afin qu'il ne reste pas en Macédoine matière à révolte tandis qu'il agirait au loin ; 3 il emmena avec lui à l'armée les rois tributaires d'un talent plus en vue27 et laissa les plus indolents à la garde du royaume.

4 Ensuite, l'armée ayant été rassemblée, il charge les navires depuis lesquels on apercevait l'Asie28; enflammé d'une incroyable ardeur il fait vœu d'élever douze autels aux dieux pour le succès de la guerre. 5 Il répartit entre ses amis tous les biens qu'il possédait en Macédoine et en Europe, après avoir déclaré que l'Asie lui suffisait29. 6 Avant qu'aucun navire ne quitte le rivage, il égorge des victimes, demandant la victoire dans la guerre pour laquelle il a été choisi comme vengeur d'une Grèce, tant de fois attaquée par les Perses 7 auxquels a appartenu un empire qui a maintenant duré assez longtemps et qui est mûr, et il est temps que le recueillent, à leur place, des gens qui le gouverneront mieux.

8 Or son armée n'avait pas d'autres perspectives que celle du roi, 9 puisque tous, sans ce soucier de leurs épouses, de leurs enfants et d'un service militaire accompli bien loin de chez eux, considéraient déjà comme leur propre butin l'or perse et les trésors de l'Orient tout entier, et ils n'avaient pas en tête la guerre et les dangers, mais les richesses.

L'arrivée en Asie 10 Alors qu'ils avaient été jetés sur le continent, Alexandre le premier lança un javelot, comme on le fait vers la terre des ennemis30 et, en armes, sauta devant lui depuis le navire, semblable à quelqu'un qui danse31, et ainsi, il égorge des victimes, 11 après avoir demandé aux dieux que ces terres lointaines ne soient pas hostiles à le recevoir comme roi. 12 À Ilion aussi, il offrit des sacrifices funéraires près des tombeaux de ceux qui étaient tombés au cours de la guerre de Troie32.

6,1 De là, se dirigeant vers l'ennemi, il interdit aux soldats de dévaster l'Asie, ayant déclaré qu'il fallait être ménager de ses biens, et ne pas détruire ce dont on allait prendre possession.

L'armée d'Alexandre 2 Dans son armée, il y avait trente-deux mille fantassins, quatre mille cinq cents cavaliers, cent quatre-vingt-deux navires33. 3 Il est difficile de décider quel est le plus étonnant : qu'avec une si petite troupe il ait remporté la victoire, ou bien qu'il ait osé attaquer. 4 Alors qu'il levait son armée pour une guerre si dangereuse, il ne choisit pas des jeunes gens vigoureux, non plus que la prime fleur de l'âge, mais des vétérans, la plupart même s'étant acquitté de leurs obligations militaires, qui avaient servi sous son père et ses oncles, 5 si bien qu'on pourrait penser que ce n'était pas tant des soldats qui avaient été choisis, mais des instructeurs militaires. 6 Quant aux officiers, il n'emmena personne qui ne fût sexagénaire, de telle sorte que si on avait observé l'état-major du camp, on aurait cru voir le sénat de quelque ancienne république. 7 C'est pourquoi, au combat personne ne pensa à la fuite, mais à la victoire. Aucun ne mit son espoir dans ses pieds, mais dans ses bras.

Le plan de Darius 8 En face, le roi des Perses Darius, par confiance dans ses forces ne faisait rien par ruse, affirmant aux siens que cacher ses plans équivalait à voler la victoire, qu'il ne repousserait pas l'ennemi aux frontières du royaume34, mais le recevrait au cœur du royaume, dans l'idée qu'il était plus glorieux de repousser l'ennemi que de ne pas accepter la guerre.

Bataille du Granique 10 Donc, la première rencontre eut lieu dans les plaines d'Adraste35; 11 Dans l'armée des Perses, il y avait six cent mille soldats qui tournèrent les talons, dominés non moins par le talent d'Alexandre que par la valeur militaire des Macédoniens ; ainsi, il y eut un massacre de Perses36. 12 De l'armée d'Alexandre, neuf fantassins et cent-vingt cavaliers tombèrent37; 13 pour la consolation des autres, le roi les fit inhumer somptueusement, leur donna des statues équestres38 et conféra des immunités à leurs familles. 14 Après la victoire, la plus grande partie de l'Asie fit défection à son profit. 15 Il livra aussi nombre de batailles aux préfets de Darius, qu'il vainquit alors non pas tant par les armes que par la terreur inspirée par son nom.

7,1 Pendant ces événements, on lui rapporte, sur dénonciation d'un prisonnier, que des embûches lui étaient préparées par Alexandre des Lyncestes, gendre d'Antipatros, qui avait été mis à la tête de la Macédoine. 2 Craignant pour cette raison que, s'il le faisait tuer, une révolte ne naisse en Macédoine, il le tint dans les fers.

Histoire du nœud gordien 3 Après cela, il gagne la ville de Gordion qui est située entre la grande et la petite Phrygie ; 4 le désir le prit de s'emparer de cette ville, non pas tant à cause du butin, mais parce qu'il avait entendu dire que, dans cette ville, le joug de Gordios avait été déposé au temple de Jupiter ; si quelqu'un en défaisait le nœud, les anciens oracles avaient chanté qu'il régnerait sur toute l'Asie. 5 Voici quelle fut la cause et l'origine de la chose : alors que Gordios labourait dans ces régions avec des bœufs de louage, des oiseaux de toute espèce se mirent à voler autour de lui. 6 Étant parti consulter les augures de la ville voisine, il rencontra à la porte une jeune fille d'une extrême beauté et il lui demanda quel était l'augure qu'il valait mieux consulter ; 7 ayant appris le motif de la consultation, la jeune fille, informée de l'art de la divination par l'enseignement de ses parents, répondit que la royauté lui était annoncée et lui offrit d'être son épouse et la compagne de ses espérances. 8 Un si beau parti semblait le premier bonheur du règne. 9 Après les noces, une sédition naquit entre les Phrygiens. 10 Les oracles répondirent à ceux qui les consultaient sur la fin des discordes que, dans les discordes, il fallait un roi. 11 Les consultants posent de nouvelles questions sur la personne du roi ; il leur est ordonné d'honorer comme roi le premier qu'ils découvriraient, à leur retour, allant en chariot au temple de Jupiter. 12 Ils rencontrent Gordios et aussitôt le saluent du nom de roi. 13 Le héros consacra à la majesté royale le chariot qu'il conduisait quand le pouvoir royal lui avait été conféré, et il le plaça dans le temple de Jupiter. 14 Après lui régna son fils Midas qui, initié par Orphée aux solennités des rites sacrés, remplit la Phrygie de cultes religieux grâce auxquels il fut plus en sécurité toute sa vie qu'il ne l'eut été grâce aux armes39. 15 Donc, alors qu'Alexandre, après la prise de la ville, était venu dans le temple de Jupiter, il demanda à voir le joug du chariot ; 16 celui-ci lui ayant été montré, comme il ne pouvait repérer les extrémités des courroies cachées à l'intérieur des nœuds, usant de l'oracle avec plus de violence, il tranche de son glaive les courroies et après avoir ainsi défait les nœuds, il trouve les extrémités cachées dans les nœuds40.

Maladie d'Alexandre
8,1 Pendant qu'Alexandre est en train de faire cela, on lui annonce que Darius approche avec une immense armée. 2 C'est pourquoi, craignant les défilés, il passe le Taurus avec une grande rapidité et dans cette hâte, il fit cinq cents stades au pas de course41. 3 Alors qu'il était venu à Tarse, séduit par la beauté du Cydne qui pénètre au cœur de la ville, il plongea plein de poussière et de sueur dans l'eau glacée, après s'être débarrassé de ses armes, 4 quand soudain une si grande raideur s'empara de ses nerfs que, la voix coupée, on ne trouvait non seulement même pas l'espoir d'un remède, mais comment retarder le danger42. 5 Seul, l'un de ses médecins, appelé Philippe, proposait un remède, mais une lettre de Parménion, envoyée la veille de Cappadoce rendait suspect ce même Philippe : 6 Parménion, qui ignorait la maladie d'Alexandre, lui avait écrit de se garder de son médecin Philippe, car il avait été corrompu par Darius avec une grosse somme d'argent. 7 Alexandre estima cependant plus sûr de se fier à la loyauté douteuse du médecin que de mourir d'une maladie indubitable. 8 Ayant donc accepté la coupe, il remit la lettre au médecin, et pendant qu'il buvait, il fixa des yeux le visage de Philippe, en train de lire. 9 Le voyant calme, il se réjouit et recouvra la santé le quatrième jour43.

Bataille d'Issos
9,1 Pendant ce temps, Darius s'avance en ordre de bataille avec quatre cent mille fantassins et cent mille cavaliers. 2 Cette multitude d'ennemis, au regard de ses faibles effectifs, ébranlait Alexandre, mais il se rappelait, entre temps, quels exploits il avait accomplis avec ce faible effectif, quels grands peuples il avait mis en déroute. 3 Alors que, de ce fait, l'espoir l'emportait sur la crainte, ayant pensé qu'il était plus dangereux de remettre la bataille au risque de voir croître le découragement des siens, ayant fait le tour des siens, il tient à chaque peuple un discours différent. 4 Il enflammait les Illyriens et les Thraces par l'étalage des trésors et des richesses, les Grecs par le souvenir des anciennes batailles et de leur haine mortelle contre les Perses ; 5 il rappelle aux Macédoniens tantôt l'Europe vaincue, tantôt l'Asie qu'ils se proposent de vaincre, et il se glorifie de ne pas avoir trouvé dans le monde entier d'hommes qui les égalent dans le monde entier ; 6 au reste, cette bataille serait la fin des peines et le comble de la gloire. 7 Et, pendant ces exhortations, il ordonne à l'armée à plusieurs reprises de prendre ses positions de combat, afin que grâce à ce répit, les soldats s'habituent à soutenir du regard la foule des ennemis. 8 Et Darius n'agit pas avec nonchalance pour former les rangs de sa ligne de bataille, puisque sans s'en remettre à ses généraux, il parcourait tout lui-même, encourageait les soldats un par un, leur rappelait l'ancienne gloire des Perses et la possession éternelle de l'empire, donnée par les dieux immortels. 9 Après cela, le combat s'engage de grand cœur44. Dans ce combat, les deux rois sont blessés45. La lutte fut très longtemps incertaine jusqu'à ce que Darius prenne la fuite. 10 À partir de là, suivit le massacre des Perses. Soixante-et-un mille fantassins, dix mille cavaliers furent massacrés46; il y eut quarante mille prisonniers. Du côté des Macédoniens tombèrent cent trente soldats d'infanterie et cent cinquante cavaliers.

Prise du camp et du harem de Darius 11 Dans le camp des Perses, on trouva beaucoup d'or et d'autres richesses. 12 Parmi les prisonniers faits dans le camp, il y eut la mère de Darius, son épouse, qui était aussi sa sœur, et ses deux filles47. 13 Comme Alexandre était venu leur rendre visite et les encourager, à la vue des hommes d'armes elles s'enlacèrent mutuellement, comme si elles allaient aussitôt mourir, et poussèrent ensemble des lamentations ; 14 s'étant ensuite jetées aux genoux d'Alexandre, elles cherchent par leurs prières non pas à détourner la mort, mais à la différer le temps d'ensevelir le corps de Darius. 15 Ému par la piété, si grande, des femmes, Alexandre dit d'une part que Darius était en vie, et écarta d'autre part la crainte de la mort chez celles qui la redoutait, et il ordonna qu'elles soient considérées et saluées comme des reines ; 16 quant aux filles, il les engagea à espérer un mariage qui ne soit pas au-dessous de la dignité paternelle48.

10,1 Après cela, ayant contemplé les richesses de Darius et la somptuosité des ses trésors, il se prend d'admiration pour de si grands biens. 2 Alors il se mit pour la première fois à rechercher les repas plantureux et la splendeur des festins, alors il se mit aussi à aimer sa captive Barsine49 à cause de la beauté de ses formes ; 3 il eut d'elle ensuite un enfant qu'il appela Hercule50.

4 Se souvenant toutefois que Darius était encore en vie, il envoya Parménion s'emparer de la flotte perse et d'autres Amis reprendre les cités d'Asie ; 5 et celles-ci, sitôt entendu le bruit de la victoire, passèrent au pouvoir des vainqueurs, tandis que les préfets de Darius eux-mêmes se livraient avec une grosse masse d'or.

Conquête de la côte syrienne 6 Alors, il part pour la Syrie où vinrent à sa rencontre beaucoup de rois d'Orient avec leurs diadèmes. 7 Selon les mérites de chacun, il en reçut les uns dans son alliance, enleva aux autres leurs royaumes où il les remplaça par de nouveaux rois. 8 Abdalonymos52, le roi installé à Sidon par Alexandre, fut plus remarquable que les autres : 9 alors qu'il avait l'habitude de louer son travail pour puiser l'eau aux puits et irriguer les jardins, se maintenant misérablement en vie, Alexandre l'avait fait roi en écartant les nobles qui auraient attribué ce bienfait à leur lignée, non au donateur. 10 Comme la cité des Tyriens avait, par des ambassadeurs, envoyé à Alexandre une couronne d'or d'un grand poids à titre de félicitations, il accepta volontiers le présent et dit qu'il voulait aller à Tyr pour s'acquitter de ses vœux à Hercule53. 11 Comme les ambassadeurs lui disaient qu'il ferait cela de façon plus convenable à Tyr la Vieille dans un temple plus ancien, en le priant de ne pas faire son entrée chez eux, il s'irrita à tel point qu'il menaça la ville de destruction ; 12 l'armée ayant été aussitôt dirigée contre l'île, elle est accueillie par les armes, car les Tyriens, confiants dans les Carthaginois, n'étaient pas moins ardents. 13 En effet, l'exemple de Didon, qui, avec la fondation de Carthage, avait cherché à obtenir la troisième partie du monde54, augmentait le courage des Tyriens ; ils pensaient qu'il serait honteux que leurs femmes aient mis plus de courage à chercher à obtenir un empire qu'eux-mêmes à protéger leur liberté. 14 Ayant donc éloigné vers Carthage ceux qui n'étaient pas d'âge à combattre, puis ayant fait venir des troupes auxiliaires, ils sont pris par trahison peu de temps après55.

L'expédition d'Égypte
11,1 À partir de là, Alexandre s'empara sans combat de Rhodes, de l'Égypte, de la Cilicie. 2 Ensuite il se dirigea vers Jupiter Ammon56 pour le consulter à la fois sur ce qui arriverait dans le futur, et sur sa propre origine. 3 En effet, sa mère Olympias avait avoué à son époux Philippe qu'Alexandre n'avait pas été conçu de ses œuvres, mais de celle d'un serpent d'une taille immense57. 4 En dernier lieu, Philippe, presque au terme de sa vie, avait ouvertement déclaré qu'il n'était pas son fils. 5 De ce fait, il avait répudié Olympias, en tant que convaincue d'adultère. 6 Donc Alexandre, désireux d'acquérir une origine divine en même temps que de libérer sa mère de l'infamie, fait dire en sous-main aux prêtres par des émissaires ce qu'il veut qu'il lui soit répondu. 7 À son entrée dans le temple, les prêtres le saluent aussitôt comme le fils d'Ammon. 8 Joyeux de cette adoption, il ordonne qu'on le considère issu de ce père. 9 Il demande ensuite s'il a été tiré vengeance de tous les assassins de son père. On lui répond que son père ne peut ni être tué, ni mourir ; en ce qui concerne le roi Philippe, la vengeance a été entièrement accomplie. 10 À sa troisième question, on répond que lui est donnée la victoire dans toutes les batailles et la possession de toutes les terres. 11 quant à ses compagnons, il leur est répondu d'honorer Alexandre en tant que dieu, non pas en tant que roi58. 12 Son arrogance s'en trouva augmentée, un orgueil étonnant gonfla dans son âme d'où disparut la civilité qu'il avait apprise des lettres grecques et des institutions macédoniennes. 13 À son retour d'Ammon, il fonda Alexandrie et ordonne qu'elle soit la capitale de l'Égypte59.

Propositions de paix de Darius
12,1 Alors que Darius était réfugié en Babylonie, il prie par lettre Alexandre de lui donner la possibilité de racheter les captives et, à cette fin, il promet une grosse somme d'argent. 2 Mais Alexandre lui réclame tout son royaume en rançon des captives, et non de l'argent. 3 Après un certain temps, on apporte à Alexandre une autre lettre de Darius, où il offre sa fille en mariage et une part du royaume. 4 Mais Alexandre lui répondit que Darius lui donnait ce qui était à lui et lui ordonna de venir en suppliant remettre au vainqueur la décision en ce qui concernait le royaume. 5 Alors, ayant perdu l'espoir de faire la paix, Darius prépare à nouveau la guerre et marche contre Alexandre avec quatre cent mille fantassins et cent mille cavaliers60. 6 En chemin on lui annonce que son épouse est morte en faisant une fausse couche et qu'Alexandre a pleuré sa mort et a suivi avec bonté ses obsèques61 et qu'il l'a fait non par amour mais par humanité ; 7 en effet, Alexandre l'avait vue une fois seulement, tandis qu'il apportait souvent des consolations à sa mère et à ses filles toutes jeunes. 8 Alors Darius jugea qu'il était véritablement vaincu, puisqu'il était surpassé en bienfaits par l'ennemi après l'avoir été dans les batailles, et qu'il était bien aise, au cas où il ne pourrait vaincre, d'être à tout le moins vaincu par un tel homme. 9 C'est pourquoi il écrit encore une troisième lettre62 et il remercie Alexandre de ce qu'il n'avait rien fait d'hostile contre les siens. 10 Il lui offre ensuite la plus grande partie de son royaume jusqu'à l'Euphrate ainsi que sa fille cadette comme épouse, et trente mille talents pour le reste des prisonniers. 11 À cela Alexandre répond que, venant d'un ennemi, les remerciements sont chose superflue ; 12 qu'il n'avait rien fait pour flatter l'ennemi, rien pour chercher à lui être agréable en vue d'une issue douteuse de la guerre, ou des clauses d'une paix, 13 mais en usant de la grandeur d'âme avec laquelle il avait appris à lutter contre les forces des ennemis, non contre ses désastres ; 14 qu'il s'engage à donner à Darius ce qu'il demandait s'il voulait être considéré comme son second, et non comme son égal. 15 Au reste, le cosmos ne pouvait être régi par deux soleils, ni le monde entier avoir deux règnes souverains sans que les terres en soient bouleversées. 16 En conséquence, qu'il prépare sa capitulation aujourd'hui ou bien qu'il se prépare pour l'affrontement suivant ; et qu'il ne se promette pas une autre victoire que celle dont il a fait l'expérience.

Bataille d'Arbèles
13,1 Le lendemain, on fait avancer la ligne de bataille, quand soudain, avant le combat, le sommeil s'empare d'Alexandre épuisé par les soucis. 2 Comme seul le roi manquait pour la bataille, après avoir été réveillé difficilement par Parménion, il dit à tous ceux qui lui demandaient pourquoi il s'était endormi en plein danger alors qu'il avait toujours été très économe de son repos, que, délivré d'un grand trouble, 3 le sommeil lui avait été donné par un soudain sentiment de sécurité parce qu'il lui était permis de combattre toutes les troupes de Darius ; il avait craint que la guerre ne se prolongeât longtemps si les Perses avaient divisé leur armée63. 4 Avant le combat64, les deux armées ennemies s'observèrent. 5 Les Macédoniens s'étonnaient du grand nombre des hommes, de la hauteur de leur taille, de la beauté de leurs armes, les Perses étaient stupéfaits de ce que tant de milliers des leurs eussent été vaincus par un si petit nombre. 6 Cependant les généraux n'arrêtaient pas de circuler parmi leurs troupes. 7 Darius disait que si on comptait les hommes, on trouverait à peine un ennemi pour dix Arméniens65; 8 Alexandre avertissait les Macédoniens de ne pas s'émouvoir du grand nombre des ennemis, ni de leur haute taille ou de l'aspect inhabituel de leur couleur66; 9 il les engage à se rappeler seulement qu'ils les combattent pour la troisième fois, et à ne pas penser que les ennemis ont été rendus meilleurs par la fuite, au moment où ils emportent avec eux sur la ligne de bataille le souvenir si tragique du massacre des leurs et de tant de sang versé dans deux combats ; 10 et si Darius a une plus grande troupe d'hommes, il a, lui Alexandre, une plus grande troupe de guerriers. 11 Il les exhorte à mépriser cette armée rangée en bataille, étincelante d'or et d'argent, dans laquelle il y a plus de butin que de danger, dans la mesure où la victoire ne se recherche pas par la parure des équipements, mais par la valeur de l'épée.

14,1 Après cela, le combat s'engage. Les Macédoniens se précipitaient sur le fer au mépris d'un ennemi qu'ils avaient si souvent vaincu ; en face, les Perses préféraient mourir qu'être vaincus. 2 Rarement dans aucun combat fut répandu tant de sang. 3 Comme Darius voyait les siens être vaincus, il voulut lui-même mourir, mais ses proches l'obligèrent à fuir. 4 Ensuite, certains l'engageant à couper le pont sur le Cydne67 pour faire obstacle à la marche de l'ennemi, il dit qu'il ne voulait pas prendre pour sa sauvegarde personnelle une décision telle qu'elle exposerait à l'ennemi tant de milliers d'alliés ; l'itinéraire de fuite qui se s'ouvrirait pour lui devait être ouvert aussi pour les autres. 5 Alexandre, pour sa part, s'attaquait à tout ce qu'il y avait de plus dangereux, et il se précipitait toujours là où il avait observé que des ennemis en rangs serrés combattaient très âprement et il voulait que les dangers soient les siens, non pas ceux de ses soldats.

6 Par ce combat, il s'empara de l'empire d'Asie, la cinquième année qui suivit son accession au trône ; 7 sa félicité fut si grande qu'après cela personne n'osa se révolter et que les Perses acceptèrent patiemment le joug de la servitude après avoir exercé l'empire un si grand nombre d'années. 8 Après avoir récompensé et reposé ses soldats, il fit l'inventaire du butin pendant trente-quatre jours.

Prise des capitales royales 9 Ensuite, dans la ville de Suse il trouve quarante mille talents. 10 Il s'empare aussi de Persépolis, capitale du royaume perse, une ville célèbre depuis bien des années et remplie des dépouilles du monde entier, qui furent visibles pour la première fois au moment de sa destruction68. 11 Au milieu de cela, huit cents Grecs environ, qui avaient subi les tourments de la captivité après avoir été mutilés, accourent au-devant Alexandre, lui demandant, de même qu'il avait vengé la Grèce, de les venger aussi de la cruauté des ennemis69. 12 la possibilité de rentrer leur ayant été donnée, ils préférèrent recevoir des terres, de peur de rapporter à leurs parents moins de joie que de répulsion à leur aspect.

Poursuite de Darius
15,1 Entre temps, dans le bourg parthe de Thara, Darius est lié d'entraves et de chaînes d'or par ses parents70, pour gagner la faveur du vainqueur, 2 les dieux immortels en ayant décidé ainsi, je crois, pour que le règne des Perses prenne fin sur la terre de ceux qui leur succéderaient à l'empire. 3 Quant à Alexandre, il survint à vive allure le lendemain ; là, il apprit que Darius avait été emmené au cours de la nuit dans une voiture fermée. 4 Ayant donc ordonné à l'armée de suivre, il poursuit le fuyard avec six mille cavaliers71; en chemin, il livre de nombreux et dangereux combats.

5 Ensuite, après avoir parcouru plusieurs milles, comme il n'avait trouvé aucune trace de Darius, ayant laissé souffler les chevaux, un des soldats, tandis qu'il se dirige vers une source proche, trouve Darius dans une voiture, percé certes de nombreuses blessures, mais respirant encore.

Dernières paroles et mort de Darius 6 Un prisonnier ayant été appelé près de lui, Darius reconnut un compatriote à sa façon de parler72 et dit qu'il avait au moins une consolation dans son infortune : il parlerait auprès de quelqu'un qui le comprendrait et il ne prononcerait pas en vain ses dernières paroles. 7 Il ordonne de transmettre à Alexandre ceci : lui, qui ne s'était acquis aucun mérite à l'égard d'Alexandre par des bienfaits, il mourait son débiteur au regard des plus grands des bienfaits, à savoir qu'il a fait l'épreuve dans sa conduite à l'égard de sa mère et de ses enfants de ses sentiments de roi, et non de ceux d'un ennemi, et que le sort l'a davantage favorisé dans son ennemi que dans ses parents et ses proches, 8 puisque sa mère et ses enfants avaient reçu la vie de ce même ennemi, tandis que, pour sa part, la vie lui avait été arrachée par ses proches, auxquels il avait donné la vie et des royaumes. 9 Pour cette raison, leur récompense sera celle que voudra le vainqueur lui-même. 10 Il rendait à Alexandre la seule grâce que, mourant, il pouvait rendre : il priait les puissances du ciel et de l'enfer et les dieux protecteurs des rois de lui donner la victoire et l'empire sur toutes les terres. 11 Pour lui-même, il demandait la grâce d'une sépulture décente plus qu'imposante. 12 Pour ce qui tenait à la vengeance, ce n'était plus désormais sa propre vengeance, mais une vengeance à valeur d'exemple - et la cause de tous les rois était commune - qu'il serait pour lui à la fois déshonorant et dangereux de négliger, puisque d'un côté sa justice était en cause, de l'autre son intérêt. 13 Et pour cela, il donnait à Alexandre le gage unique de la loyauté royale, sa main droite à lui apporter73. Après ces paroles, il tendit la main et expira.

14 Quand cela fut annoncé à Alexandre, après avoir vu le cadavre du défunt, il escorta en larmes une mort si indigne du rang suprême et ordonna que le cadavre soit enseveli selon la coutume royale et que les restes soient portés aux tombeaux de ses ancêtres.


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1 Cf. supra,
9,5,4-8.

2 Trogue Pompée traduit par amici le terme grec e(tai=roi, les hétaires, qui sont les compagnons d'armes et les gardes à cheval du roi.

3 L'histoire d'Alexandre le Grand occupait les livres XI et XII de Trogue Pompée : ces deux livres sont les plus long de l'abrégé de Justin, si on excepte le livre II, où notre auteur a peut-être ajouté des passages venus d'une autre source (cf. Introd.). Les historiens d'époque hellénistique ayant disparu, Trogue Pompée est, à travers Justin, la plus ancienne source conservée sur l'histoire des rois de Macédoine, des diadoques et des épigones, avec son contemporain Diodore Pour ne pas dépasser le cadre de cette édition, je n'ai indiqué dans les notes que les références à la Bibliothèque historique, à Curtius, Plutarque et Arrien, qui me paraissaient les plus intéressantes. Les travaux sur Alexandre, ses prédécesseurs et ses successeurs, discutent et commentent abondamment les parallèles et les divergences de ces sources.

4 Selon Diodore (17,2,2), c'est Alexandre lui-même qui dit que "seul le nom du roi avait changé".

5 Je traduis le texte des mss auquel diverses corrections ont été proposées. Il est possible que Trogue Pompée ait parlé auparavant des frères d'Alexandre le Lynceste, dans un passage énumérant les conjurés, passage qui n'aurait pas été repris par Justin, pour qui Pausanias a agi seul, même si des soupçons avaient pesé sur Olympias et son fils. On pourrait peut-être corriger fratri en principi, ce qui donnerait "prince des Lyncestes" et aurait un sens. La correction de Seel Lyncestae parricidarum est difficile à justifier. Les anciens éditeurs, au moins depuis l'édition des Junte (Florence, 1525), ont écrit Lyncestae, ce qui déplace le problème sans le résoudre. Les Lyncestes (Lugkhstai/) formaient une tribu au nord de la Macédoine.

6 Les trois § ci-dessus ne sont pas compatibles avec ce que dit Justin au livre 9 (
6,3-7,14), soit que Trogue Pompée ait utilisé deux sources différentes et contradictoires, soit que Justin ait abrégé à tort et à travers. L'enfant de Cléopâtre, qui fut tuée dans les bras de sa mère (supra, 9,7,12), était une fille, Europè. À propos de la décision d'Alexandre de faire tuer Attale, oncle de Cléopâtre, Diodore (17,2,3) parle de l'existence d'un bébé (paidi/on), né quelques jours avant la mort du roi, sans préciser son sexe ou son nom ; Caranos pouvait être un autre enfant de la reine Cléopâtre, ou le rejeton d'une des nombreuses épouses ou concubines de Philippe.

7 Au cours d'une rapide expédition sur le Danube, Alexandre soumit les Triballes et les Gètes (335 a.C.).

8 Alexandre est reconnu Strathgo\s au)tokra/twr pendant l'automne 336 a.C.

9 Erreur de Justin pour les Thébains ; les Lacédémoniens avaient refusé la paix de Philippe (supra,
9,5,3 et infra, 12,1,7). Les éditeurs anciens, sauf Seel, ont corrigé le texte en conséquence.

10 Les preuves de la collusion de Démosthène avec le Roi furent trouvées par Alexandre dans la citadelle de Suse après la prise de la ville (Plutarque, Dem., 20,4,5).

11 Cf. 9,3,1, l'interception de Philippe par des bandes de Triballes au retour de son expédition contre les Scythes.

12 Automne 335 a.C.

13 Néoptolème, fils d'Achille, était le fondateur légendaire de la dynastie d'Épire, à laquelle appartenait la mère d'Alexandre. Son grand-père Pélée avait été roi à Phtia en Thessalie. La lignée s'établit ainsi : Zeus ≈ Égine —> Éaque —> Pélée —> Achille —>Pyrrhos/Néoptolème —> (…) —> Olympias. Voir les tableaux généalogiques en annexe.

14 Ce grief contre les Thébains remonte à la deuxième guerre médique.

15 Cf. les légendes cruelles d'Œdipe, Étéocle et Polynice, Antigone, Penthée…

16 Ce personnage et son discours ne sont connus que par Justin. Il résulte peut-être d'un artifice rhétorique de la source de Trogue Pompée (Clitarque?), ou de Trogue Pompée lui-même.

17 Construction en chiasme : les femmes ont été violées (stupris) et les vieillards insultés (contumeliis).

18 Ce sont les Argéades (cf.
7, 2,1-2 et les n. ad loc.), famille royale de Macédoine et ancêtres paternels d'Alexandre, et non les Éacides (supra, 11,3,1 et la n. ad loc.) qui remontent à Hercule, fils de Zeus et d'Alcmène, né à Thèbes. La confusion de Trogue Pompée, de Justin, ou de la tradition manuscrite est peut-être à corriger (Aeacidarum —> Argeadarum), car les appellatifs sont très voisins : oi( )Argea/dai / Argeadaeoi( Ai)aki=dai / Aeacidae.

19 Cf. supra,
6,9,7.

20 Mis à part les temples et la maison de Pindare.

21 En particulier Platées et Orchomène

22 Justin veut dire que les acheteurs enchérissent sans considération pour la valeur réelle et l'utilité éventuelle du captif mais motivés par le plaisir de réduire un Thébain en esclavage.

23 Spécialement Démosthène et Hypéride.

24 Charidèmos qui sera conseiller militaire de Darius à la bataille d'Issos en 333 a.C.

25 Attale, l'oncle de Cléopâtre, fut tué à l'avènement d'Alexandre.

26 Assassinat d'Amyntas IV, fils du frère de Philippe, Perdiccas III.

27 Sitalkès de Thrace et Ariston de Péonie.

28 L'armée, venue de Pella, se regroupa à Sestos pour traverser les Dardanelles et aborder l'Asie à Abydos.

29 Cf. Plutarque, Alex. 15,3-6.

30 Allusion, sans doute au rituel romain des féciaux.

31 Allusion aux danses guerrières rituelles romaines, exécuté sur un rythme ternaire, tripudium : danse des Saliens ; tripudiare : exécuter la danse des Saliens.

32 Voir les récits différents et complémentaires des mêmes événements chez Diodore (17,17,2-3 et 6), Plutarque (Alex. 15, 7-9) et Arrien (An. 1, 11,7-8 ; 12,1). Certains éditeurs, à la suite de Sebisius corrigent le texte des mss ad tumulus eorum en ad tumulus heroum (près des tombeaux des héros), ce qui est plus expressif, mais sans doute pas ce que Justin a écrit.

33 Plutarque (Alex. 15,1 et De Alex. fort. 1,327) relève la divergence des auteurs sur les effectifs d'Alexandre : 30000 fantassins et 4000 cavaliers, selon Aristoboulos, 30000 fantassins et 5000 cavaliers selon le roi Ptolémée, 43000 fantassins et 5500 cavaliers selon Anaximénès. Voir le détail des différents contingents chez Diodore (17,17,3-4) : au total 30000 fantassins et 4500 cavaliers, auquel il faut ajouter les effectifs de l'armée restée en Europe sous les ordres d'Antipatros (Diodore, 17,7,5) : 12000 fantassins et 1500 cavaliers.

34 Memnon préconisait de laisser Alexandre s'enfoncer dans l'empire jusqu'à épuisement de ses forces.

35 Bataille du Granique en mai-juin 334 a.C. Cf. le récit de la bataille par Diodore (17,19,21), sans doute d'après Clitarque, par Plutarque (Alex. 16) et par Arrien (An. 1,13-16) d'après Ptolémée.

36 10000 fantassins et 2500 cavaliers, selon Diodore (17,21,6) ; 20000 fantassins et 2500 cavaliers, selon Plutarque (Alex. 16,15), d'après Aristoboulos qu'il cite dans la phrase suivante à propos des pertes des Macédoniens. Diodore ne chiffre pas les pertes macédoniennes.

37 Mêmes chiffres chez Plutarque (Alex. 16,15), citant Aristoboulos ; Arrien donne comme pertes 25 hétaires, 60 cavaliers et 30 fantassins.

38 Des statues de bronze, qui furent commandées à Lysippe selon Plutarque (Alex. 16,16) et Arrien (An. 1,16,4).

39 Dionysos lui avait accordé de transformer en or ce qu'il touchait. Notons que Justin a dit plus haut (
7,1,11) que Caranos chassa Midas d'une partie de ses territoires.

40 Même version chez Plutarque qui rapporte à la suite la version d'Aristoboulos, citée aussi par Arrien (An. 2,3,7) selon laquelle Alexandre aurait pu dénouer le nœud en enlevant la cheville du timon du chariot.

41 Un stade = 600 pieds ; la valeur en cm du pied, donc du stade, varie beaucoup selon les systèmes employés. Si Justin utilise le stade olympique, la distance parcourue est de 96,135 km. Orose écrit (3,16,5) quingentis stadiis sub una die cursu transmissis c'est-à dire "ayant parcouru une étape de cinq cents stades en un seul jour".

42 Même explication chez Curtius (3,5,1) ; Plutarque (Alex. 19,2) et Arrien (An. 2,4,7) proposent deux causes à la maladie d'Alexandre : la fatigue causée par la rapidité de l'expédition et le bain glacé ; la première explication est celle donnée par Aristoboulos, selon Arrien. Diodore (17,31,4) ne parle pas des causes de la maladie.

43 Cf. Plutarque, Alex. 19,2,10, et Arrien, An. 2,4,8-11. Il n'y a pas d'allusion à Parménion et à une trahison possible dans Diodore (17,31,5-6), qui présente seulement Philippe comme un médecin courageux et compétent.

44 Bataille d'Issos en Cilicie en oct./nov. 333 a.C. Voir les récits de Diodore (17,33-34), de Plutarque (Alex. 20,1-10) et d'Arrien (An. 2,6-11).

45 Alexandre aurait été blessé à la cuisse par Darius lui-même, selon Charès de Mytilène, cité par Plutarque (Alex. 20,8).

46 Le chiffre des pertes perses est différent chez Diodore (17,36,6) Curtius (3,11,27), Plutarque (Alex. 20, 10) et Arrien (An. 2,11,8) qui semblent avoir additionné les morts et les prisonniers : 100000 fantassins et 10000 cavaliers (Diodore et Curtius), plus de 110000 tués (Plutarque), 90000 fantassins et 10000 cavaliers (Arrien).

47 La mère de Darius était Sisygambis, fille d'Artaxerxès II Mnemon et femme d'Artanès ; l'épouse de Darius s'appelait Statyra. Trogue Pompée ne parle pas du fils de Darius, un petit garçon (Diodore, 17,36,2 ; 38,1-2), qui était aussi captif d'Alexandre.

48 L'une épousera Alexandre, l'autre son ami Héphaistion, d'où les paroles "prophétiques" prêtées à Alexandre par la source de Trogue Pompée.

49 Fille d'Artabaze, né c. 360 a.C.

50 Né en 327 a. C.

51 Trogue Pompée a traduit par infulae le mot grec dia/dhma, bien que la transcription diadema soit utilisée en latin à son époque ; il traduit toujours les termes grecs ou tente de donner un équivalent latin.

52 Appelé Ballonymos dans les mss de Diodore (17,46,6), le roi était le descendant d'une ancienne famille royale de Sidon ; sur son histoire, voir Diodore 17,47.

53 Hercule est ici assimilé au Melqart de Tyr.

54 Cf. infra au
livre 18 le développement des origines de Carthage.

55 En fait, Tyr dut capituler au milieu de l'été 332 a. C., après un siège très dur qui retint Alexandre pendant six mois. Les opérations sont racontées par Diodore, 17,40-46, Curtius, 4,2-4 et Arrien, 2,23-24.

56 Le sanctuaire de l'oasis de Siwah et la marche d'Alexandre sont décrits par Diodore, 17,49-50.

57 L'histoire du serpent est développée par Plutarque, Alex. 2-3.

58 Selon Arrien (3,4,5), l'entrevue resta secrète. Le romanesque et les prophéties ex euentu se sont emparé des récits de Diodore (17,51,1), Curtius (4,7,27), et Plutarque (Alex.27,3-4), qui ont brodé sur leurs sources.

59 La fondation d'Alexandrie est antérieure à la visite à l'oasis de Siwah chez Arrien (An. 3,1,5) et Plutarque (Alex. 26) ; en revanche, Diodore (17,52) et Curtius (4,8,1-2) s'accordent avec Justin.

60 Tel que leur texte a été transmis, les auteurs anciens ne sont pas d'accord sur les effectifs de Darius : 800000 fantassins et 40 000 cavaliers (Diodore, 17,53,3), 200000 fantassins et 45000 cavaliers (Curtius, 4,12,13), un million d'hommes (Plutarque, Alex. 31,1), un million de fantassins et 40000 cavaliers (Arrien, An. 3,8,6). Justin ne parle pas des char à faux du Roi, décrits par Diodore.

61 Cf. Curtius, 4,10,18-34.

62 La source de Trogue Pompée mentionnait trois porteurs de lettres successifs avec trois propositions distinctes. Diodore, Curtius, Plutarque et Arrien ont recomposé chacun différemment les échanges diplomatiques qui ont sans doute eu lieu entre les belligérants pendant toute la durée des hostilités : l'idée étant de montrer, dans une progression dramatique, comment Darius, sous la pression de l'avancée d'Alexandre, a été amené à lui offrir de plus en plus d'avantages pour acheter la paix et le retrait des armées macédoniennes, et comment Alexandre ne pouvait se satisfaire que de la totalité de l'empire perse, dont l'annexion lui permettrait d'être le maître de l'oikoumène.

63 Cf. Diodore, 17,56, Curtius, 4,13,15, Plutarque, Alex., 31,4-32,2; Arrien (3,10), pour sa part, ne croit guère à cette belle histoire

64 Bataille d'Arbèles, ou de Gaugamèles, le 1er oct. 331 a.C.

65 J'adopte cette lectio difficilior qui est celle des mss qui fondent les éditions de Justin, sauf D qui écrit armatis, une correction ad sensum évidente. Il pourrait s'agir des Arméniens qui servaient dans l'armée de Darius.

66 Le color peut être le teint (color comme le grec xrw/ma) des soldats indiens de l'armée perse qui combattent à l'aile gauche avec le Roi (Diodore, 17,59,4), mais aussi la couleur des vêtements, harnachements, enseignes…, c'est-à-dire l'aspect très coloré de l'armée de Darius.

67 Erreur pour le Zab supérieur.

68 Les habitants de Persépolis furent massacrés sur l'ordre d'Alexandre : cf. Diodore, 17,70,2 ; Plutarque, 37,3 ; Curtius, 5,6,6.

69 Cf. Quinte-Curce 5,5-24, qui évalue à huit mille les captifs grecs, et Diodore 17,69,2-8, qui donne les mêmes chiffres que Justin.

70 Le chiliarque Nabarzane et le satrape de Bactriane Bessos

71 Macédoniens et alliés.

72 Dans le récit parallèle, plus bref, de Plutarque (Alex. 43,3-4), l'interlocuteur de Darius est un soldat d'Alexandre, nommé Polystratos.

73 Plutarque écrit (Alex, 43,4) : (à Alexandre) tau/thn di/dwmi th\n decia\n dia\ sou=. La main droite du roi semble avoir une signification particulière. On lit dans Plutarque (Alex. 30,8) que Darius, interrogeant l'eunuque Tiréos sur les conditions de détention de son épouse Stateira, lui dit : ei)pe/ moi sebome/nos Mi/qrou te fw=s me/ga kai\ decia\n basi/leion…


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