Conclusion sur Alexandre
16,1 Alexandre mourut à l'âge de trente-trois ans et un mois93; ce fut un homme doté d'une grandeur d'âme surhumaine. 2 La nuit où sa mère Olympias le conçut, elle se vit pendant son sommeil enroulée avec un serpent immense, et elle ne fut pas trompée par le songe : à coup sûr en effet, elle porta dans son ventre un chef d'oeuvre94 plus grand que la condition mortelle95 humaine96 ; 3 et, alors que l'avaient mise en lumière la famille des Éacides, qui remontait à la nuit des temps, et les règnes de son père, de son frère, de son époux et de tous ses ancêtres à la suite, aucun nom cependant ne l'illustra davantage que celui de son fils. 4 Un certain nombre de prodiges qui annonçaient la grandeur de ce dernier se manifestèrent à sa naissance même. 5 En effet, à la date où il naquit, deux aigles restèrent perchés toute la journée sur le faîte de la maison de son père, offrant le signe prémonitoire du double empire d'Europe et d'Asie. 6 À la même date, son père reçut l'annonce de deux victoires, l'une dans la guerre d'Illyrie, l'autre aux jeux Olympiques où il avait envoyé des quadriges, et ce signe prémonitoire présageait pour le bébé la victoire sur toutes les terres. 7 Enfant, il fut formé par des études littéraires très solides. 8 Passée l'enfance, il profita pendant cinq ans97 des leçons d'Aristote, célèbre entre tous les philosophes. 9 Ensuite, ayant reçu l'empire, il ordonna qu'on l'appelle roi de toutes les terres et du monde, et il donna à ses soldats une si grande confiance que, lui présent, ils ne craignirent les armes d'aucun ennemi, même s'ils étaient sans armes. 11 Et ainsi, il ne rencontra jamais d'ennemi qu'il ne vainquit, il n'assiégea aucune ville dont il ne s'empara, il n'attaqua aucun peuple qu'il ne foula aux pieds. 12 Enfin il fut vaincu pour terminer, non par la valeur d'un ennemi, mais par une machination des siens et la perfidie d'un concitoyen.
1 Selon Diodore (17,64), Alexandre se serait emparé de trois mille talents d'argent à Arbèles.
2 Antipatros (400-319 a.C.) gouvernait la Macédoine et la Grèce avec le titre de stratège d'Europe.
3 Par un artifice de composition, Trogue Pompée regroupe les événements marquants qui se sont déroulés en Occident depuis le départ d'Alexandre et qui ne sont pas exactement contemporains.
4 Agis III (338-331), de la dynastie des Eurypontides.
5 C'est sans doute le terme grec stivcoi qui est traduit agmina par Trogue Pompée. Le sti/xos (file ou rangée), composé de seize phalangites, est la plus petite unité de l'infanterie de ligne macédonienne.
6 Agis fut vaincu et tué à Mégalopolis, ainsi que 5300 Lacédémoniens ; son armée était forte de 20000 fantassins et 2000 cavaliers ; Antipatros, pour sa part, avait environ 40000 soldats et ne perdit que 3500 hommes (cf. Diodore, 17, 62-63).
7 Alexandre le Molosse, fils de Néoptolème Ier et frère d'Olympias. Cf. supra 7,6,10-12 et 8,6,5.
8 334 a.C.
9 Le sanctuaire oraculaire de Dodone était en Épire, au SW de l'actuelle Jannina.
10 Pandosia de Thesprôtie, près de l'actuelle Kastri.
11 De nos jours l'Achéron se jette dans la mer Ionienne au Nord du golfe d'Ambracie. Pline dit qu'il se jette dans le golfe même (H.N. 4,4).
12 Il y a dans le Bruttium une ville de Pandosia et un petit fleuve appelé Achéron.
13 Héros étolien, fils de Tydée et de Déipyle, fille d'Adraste, compagnon d'Ulysse, qui se réfugia en Italie à cause des intrigues de sa femme Aegialé à Argos; il y aurait fondé de nombreuses cités.
14 Colonie achéenne, fondation de Sybaris,sur le golfe de Tarente.
15 Peuple d'Apulie, d'origine illyrienne, établi près de Brundisium (cf. Pline H.N. 3,5,38; 3,11,102).
16 Cf. Tite-Live, 8,17,9-10.
17 En 331/0 a.C.
18 La colonie panhellénique de Qouvrioi avait été fondée en 444/3 a.C. sur l'emplacement de l'ancienne Sybaris qui avait été détruite par Milon de Crotone c. 510 a.C.
19 Stratège de Thrace, Zopyrion traversa le Danube et poussa jusqu'au Dniepr (cf. Curtius 10,1,44). Il fut tué par les barbares en 325 a.C.
20 Sur les Scythes, voir supra 2,1,1-5,11.
21 La mort d'Alexandre le Molosse seulement ; celle de Zopyrion est postérieure.
22 Halestris siue Minothea écrit Orose (3,18,5) ; sur cette reine, cf. supra, 2,4,33.
23 Diodore (57,2,3) donne la même précision.
24 Justin veut dire qu'Alexandre, ayant détruit l'empire achéménide, ne voulait pas que l'apparat dont s'entouraient les rois perses semble diminué par leur successeur, voire détruit.
25 En 327 a.C., en Sogdiane, Alexandre épousa Rhoxane, la fille d'Ossiartès, et autorisa ses soldats à épouser des femmes du pays.
26 Les Épigones, oi( )Epi/gonoi, c'est à dire ceux qui sont nés après.
27 Le texte de ti D : non regio sed hostili odio n'a guère de sens et est sans doute à corriger ; si on garde cette leçon, comme la plupart des éditeurs, on a un zeugma, l'appellatif odium pouvant avoir le sens de conduite, prise péjorativement. On pourrait écrire non more regio sed hostili odio, la chute de more s'expliquant paléographiquement et ce mot ayant été conservé, déplacé dans p, ce qui donnerait un beau chiasme. La correction minimale de A. von Gutschmid, regie, que j'édite, est la plus acceptable : la faute transversale regio de tiD est entraînée par les deux ablatifs qui suivent (assimilation progressive) ; l'ajout de more par p est une correction ad sensum ; l'adverbe regie fait partie du vocabulaire de la rhétorique cicéronienne, avec un sens péjoratif et son emploi ici correspond bien au contexte sur l'évolution d'Alexandre.
28 Philotas, le commandant des e(tai=roi, accusé de ne pas avoir dénoncé un complot, fut condamné à mort en Drangiane par l'armée ; Parménion fut tué à Ecbatane, où il avait la garde du trésor (supra, 12,1,3) ; il avait environ soixante-dix ans.
29 Cf. Orose, 3,18,7 : Inde Drancas, Euergetas, Parimas, Parapamenos, Adaspios ceterosque populos qui in radice Caucasi morabantur subegit. Les noms de ces peuples avaent été transcrits de manière approximative par les sources de Trogue Pompée et des historiens postérieurs, puis par ces mêmes utilisateurs, d'où les variantes qu'on rencontre dans tous ces ethniques.
30 Bessus fut pris au printemps 329 a.C. par Ptolémée, fils de Lagos.
31 Plutarque parle d'un frère de Darius, Exathrès, qu'Alexandre admit parmi les Hétaires.
32 On lui coupa le nez et les oreilles avant de le crucifier, cf. Arrien, An. 4,7,3. Un supplice plus original est mentionné par Plutarque (Alex. 43,6).
33 Alexandria Vltima (Kodschent) sur l'Iaxartès (Syr-Daria).
34 L'épisode se passa à Samarcande en 328.
35 Cf. Curtius, 8,1 ; Arrien, 4,8 ; Plutarque, Alex., 50-51.
36 Elle s'appelait Laonice, ou Hellanice (Curtius, 8,1,21).
37 Cf. supra, 12,5,3.
38 Fils de Perdiccas III, le frère de Philippe II, Amyntas était le cousin germain d'Alexandre. Son assassinat a eu lieu dès le début du règne, en 336 a.C. Justin y fait allusion (11,5,2), toutefois sans nommer Amyntas.
39 C'est Olympias qui fut responsable de la mort de Cléopâtre, cf. supra, 9,7,12.
40 Cf. supra, 9,8,3 et 11,2,3.
41 Oncle de la reine Cléopâtre, cf. supra 9,5,8.
42 Ancien général de Philippe, tué au début du règne d'Alexandre.
43 Il s'agit sans doute du commandant (e)pimelhth/s) de la forteresse de Sardes en 334. Cf. Arrien, Alex. 1,17,7.
44 Cf. infra, 12,16,8. À propos des motifs qui ont poussé Philippe à engager Aristote, sur les relations entre Alexandre et Aristote, et la lettre (apocryphe?) d'Alexandre à Aristote, voir Plutarque, Alex. 7,2-8,1.
45 Né à Olynthe c.370 a.C., Callisthène était le petit-neveu d'Aristote. Il écrivit des )Ellhnika/, couvrant la période 387-356, et les Pra/ceis )Alexa/ndrou, dont il ne reste que quelques fragments ; sur sa mort, en 327 a.C., cf. infra 12,7,1-2 et 15,3,3-6.
46 Peuple vivant dans la vallée de l'Oxos, au sud de la mer d'Aral (cf. Hérodote, 3,93).
47 Peule scythe nomadisant à l'est de la Caspienne.
48 Sur ces dernières campagnes d'Alexandre, voir Diodore, 17, 84-104).
49 Des mots grecs h( a)/spis, bouclier, et a)rgu/reos (a)rgurea= au féminin), en argent.
50 On hésite sur la localisation de cette ville (Jelahabad ou Koh-i-Mor-Tal), fondée selon la légende par Dionysios/Bacchus (identifié par les Romains à Liber Pater), lors de son expédition de conquête aux Indes (cf. infra, 14,2,9 et 42,3,2).
51 Cléophis était reine des Assaceni de la région du fleuve Swat ; quelques détails dans Curtius, 8,10,22).
52 Le mont Aornos (Curtius, 8,11,2) dans le Gandhara (basse vallée du Kaboul).
53 Sa grande taille a frappé les auteurs anciens qui lui donnent deux mètres de haut et plus (Plutarque, Alex. 60,12 ; Diodore, 17,88,4 ; Curtius, 8,14,13 ; Arrien, An. 5,19,1).
54 En mai-juin 326 a.C. Alexandre combattit de façon déloyale ; le fait n'est pas développé par Justin.
55 Du grec ni/kh, la victoire.
56 L'histoire de Bucéphale est développée par Plutarque (Alex. 6), qui fait également allusion à la fondation de la ville de Bucephalia, après la mort de l'animal. (Alex. 61,2).
57 Cufites ou Cofites dans les mss. L'accord du texte de Justin avec celui d'Orose (3,19,5) contra CC milia equitum hostium, montre que la correction par l'addition de <peditum et XX milia> proposée par Haverkamp, d'après Curtius (9,2,3) et adoptée généralement par les éditeurs, est abusive.
58 Hendiadyn.
59 Affluent de l'Indus.
60 La plupart des éditeurs corrigent le nom de ce peuple en Sudracas, qui semble être le nom grécisé des Indiens Xudraca ; Arrien parle des Oxydraques. L'erreur remonte nécessairement à Trogue Pompée qui a confondu le nom de ces Indiens du bout du monde avec celui d'une nation gauloise qu'il connaît.
61 Général macédonien (c.390-302), Polyperchon joua un rôle très mal connu dans la conquête d'Alexandre ; il fut libéré par Alexandre, pour raison d'âge (infra, 12,12,8). Sur son histoire après la mort du roi, cf. infra, 13,6,9 ; 8,5 ; 14,5,1 ; 8,7 ; 15,1,1.
62 Le roi Ãambhu, cf. Diodore, 17,102-103. Les mss d'Orose (3,19,11) portent Ambira rex.
63 Ptolémée Swth/r, fils de Lagos (367/6-283 a.C.), le futur fondateur de la dynastie des Lagides.
64 Selon Plutarque (Alex. 8), le goût de la médecine (to\ filiatrei=n), tant théorique que pratique, avait été donné à Alexandre par Aristote : le roi ou) ga\r mo/non th\n qewri/an h)ga/phsen a)lla\ kai\ nosou=sin e)boh/qei toi=s fi/lois kai\ sune/tatte qerapei/as tina\s kai\ diai/tas.
65 En fait, Alexandre n'alla à Babylone qu'au printemps 323. Il quitta Pattala en septembre 325, longea la côte vers le nord, puis traversa le désert de Gédrosie ; au début de 324, il fit sa jonction avec Cratère qui était passé par l'Arachosie et la Drangiane, et avec l'amiral Néarque qui avait suivi la côte ; Alexandre passa l'été 324 à Opis, puis à Ecbatane.
66 "Noces de Suse", en février 324, au cours desquelles quatre-vingt Hétaires et dix mille soldats épousèrent des femmes indigènes.
67 À Opis, pendant l'été 324.
68 Cf. supra, 11,11,2-9.
69 Cf. Curt. 10,2,30.
70 Cf. supra, 12,10,1.
71 Un homonyme de Clitos le Noir, futur navarque.
72 Inconnu par ailleurs.
73 Compagnon d'Alexandre, assassin de Parménion (cf. 12,6,14).
74 Inconnu, ou doublet avec le précédent résultant d'une dittographie, corrigée par D. La correction de Vossius Amyntas est intéresante.
75 Futur commandant des Argyraspides et satrape de Suse ; il sera tué en 316 a.C. Les incunables et la plupart des très anciennes éditions corrigent sans nécessité Antigonus ou Antigonas
76 Le futur régent (prosta/ths) de l'empire d'Alexandre.
77 Le rappel d'Antipatros marque, en fait, la méfiance d'Alexandre à son égard.
78 Octobre 324, à Ecbatane ; ami d'enfance d'Alexandre, il était chiliarque au moment de sa mort ; Perdiccas lui succéda dans cette fontion.
79 Le tombeau fut érigé à Babylone.
80 Cf. Arrien, 7,15,4
81 Anaxarchos d'Abdère, disciple de Démocrite.
82 Triérarque de la flotte de l'Indus, il écrivit une histoire d'Alexandre.
83 Il avait été incarcéré auparavant (cf. 11,7,2).
84 Le futur roi de Macédoine.
85 Sur l'éventualité d'un empoisonnement d'Alexandre, et le rôle d'Aristote dans le crime, cf. Diodore, 17,118, Plutarque, Alex., 77,2-5, et Arrien, An. 7,27,1.
86 Le même procédé est connu pour avoir été utilisé pour l'assassinat de Britannicus, sur l'ordre de Néron en 55 p.C.
87 Diodore donne deux versions de ces dernières paroles d'Alexandre : dans son récit de la fin du roi, il lui fait dire (16,117) : tw=| krati/stw| (au plus puissant), tandis que plus loin, développant le topos de la mort du conquérant en lui faisant prévoir l'avenir, c'est à dire les luttes des diadoques, il écrit : tw=| a)ristw=| (au meilleur).
88 Le fils de Barsine (cf. 11,10,3).
89 Fils de Philippe et de Philinna, le futur Philippe III.
90 L'enfant sera le fils postume d'Alexandre le Grand, le futur Alexandre IV.
91 Éris, fille de la Nuit, avait lançée entre les déesses "pour la plus belle" la fameuse pomme qui fut l'origine indirecte de la guerre de Troie.
92 Chiliarque depuis la mort d'Héphæstion.
93 Né dans la seconde quinzaine de juillet 356 a.C., peut-être le 20, mort en juin 323, Alexandre vécut, en fait, trente-trois ans moins un mois.
94 Le terme latin opus est bizarre pour signifier enfant, même si cet enfant est considéré comme un chef-d'œuvre. La source grecque pouvait porter te/knon et Trogue Pompée a fait une confusion avec te/xnhn, ou alors il y avait un jeu de mot voulu par la source entre tevknon et te/xnhn que Trogue Pompée n'a pas pu, ou pas su rendre.
95 qnhto/s, h/, o/n (mortel), qnhtogenh/s (né d'un mortel), qnhtoeidh/s (de nature mortelle).
96 Confusion, je pense, de Trogue Pompée entre a)nqrw/pion (petit homme) et a)nqrw/pinos (humain), compl. du comparatif.
97 En fait un peu moins de quatre ans, de 343/2 à 340 a.C.