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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XII

Fin de l'histoire d'Alexandre, Après le victoire 1,1—Les événements d'Occident, 1,4—La guerre d'Agis, 1,6—Campagne d'Italie et mort d'Alexandre le Molosse, 2,1—Échec de l'expédition de Zopyrion, 2,16—Conquête du plateau iranien 3,2—Contagion des mœurs perses 3,8—Mariage des soldats 4,2—Les enfants des soldats 4,5—Exécution de Parménion et de Philotas, 5,1—Duplicité d'Alexandre, 5,4—Suite de la conquête de l'Iran, 5,9—Meurtre de Clitos le Noir, 6,1—La proskynèse, 7,1—Campagnes en Inde, 7,4—Le retour d'Alexandre, 9,1—Mutinerie des soldats et "discours d'Opis", 11,1—Mort d'Héphaestion, 12,11—Retour d'Alexandre à Babylone, 13,1—Le banquet fatal, 13,6—Les assassins d'Alexandre, 14,1—Les derniers instants d'Alexandre, 15,1—Conclusion sur Alexandre, 16,1.


1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16

1,1 Alexandre organisa à grands frais les funérailles des soldats qu'il avait perdus en poursuivant Darius, il répartit treize mille talents1 entre les compagnons survivants de son expédition. 2 La majeure partie des chevaux ayant été perdus à cause de la chaleur, même ceux qui avaient survécu devinrent inutiles. 3 Tout l'argent, cent quatre-vingt-dix mille talents, fut réuni à Ecbatane et confié à Parménion.

Les événements d'Occident 4 Sur ces entrefaites, une lettre d'Antipatros2, venue de Macédoine, lui est remise ; elle concernait la guerre d'Agis, le roi de Sparte, en Grèce, la guerre d'Alexandre, le roi d'Épire, en Italie, la guerre de Zopyrion, son préfet, en Scythie. 5 Différemment affecté par ces nouvelles, il éprouva cependant plus de joie de la mort des deux rois, ses rivaux, que de peine de la perte de Zopyrion avec son armée3.

La guerre d'Agis 6 Et en effet, après le départ d'Alexandre, presque toute la Grèce avait couru ensemble aux armes, pensant le moment favorable pour recouvrer sa liberté, 7 entraîné par l'exemple des Lacédémoniens qui, seuls, avaient dédaigné la paix et les lois de Philippe et d'Alexandre ; 8 le chef de cette guerre fut Agis4, le roi des Lacédémoniens. 8 Antipatros, après avoir rassemblé des troupes, avait étouffé cette révolte dès son début. 9 Il y eut un grand carnage de part et d'autre. 10 Comme le roi Agis voyait les siens tourner les talons, ayant renvoyé ses gardes afin de ne pas paraître inférieur à Alexandre en courage, même s'il l'était en fortune, il fit de ses ennemis un si grand massacre qu'il mit parfois en fuite les colonnes5. 11 À la fin, même s'il fut vaincu par le nombre, il les vainquit cependant tous en gloire6.

Campagne d'Italie et mort d'Alexandre le Molosse
2,1 D'autre part, le roi d'Épire Alexandre7, invité en Italie par les Tarentins qui imploraient son aide contre les Bruttiens8, était parti avec autant d'empressement que si, dans un partage du monde entier, l'Orient était échu à Alexandre, le fils de sa sœur Olympias, et l'Occident à lui-même, 2 s'apprêtant à avoir une non moindre étendue de possessions en Italie, en Afrique et en Sicile ;qu'Alexandre n'en aurait en Asie et chez les Perses. 3 À cela s'ajoutait le fait que, l'oracle delphique avait prédit à Alexandre des embûches en Macédoine, de même une prophétie du Jupiter de Dodone9 l'avait mis en garde contre la ville de Pandosie10 et le fleuve de l'Achéron11. 4 Comme l'un et l'autre se trouvaient en Épire, ne sachant pas qu'ils se trouvaient aussi en Italie12, il avait choisi avec empressement de faire campagne à l'étranger pour détourner les dangers prédits.

5 Donc, alors qu'il était venu en Italie, il fit sa première campagne contre les Apuliens, 6 et ayant appris le destin de leur ville, il conclut la paix et un traité d'amitié avec leur roi. 7 Les Apuliens avaient en effet à l'époque une ville, Brundisium, que les Étoliens ;avaient fondée après avoir suivi Diomède13, un général très noble et très illustre par la renommée de ses exploits à Troie ; 8 mais ces derniers, chassés par les Apuliens, avaient consulté l'oracle et reçu en réponse que ceux qui auraient revendiqué le lieu l'auraient en leur possession éternellement. 9 Pour cette raison, donc, ils avaient réclamé par des ambassadeurs aux Apuliens de leur rendre la ville, sous menace de guerre, 10 mais, quand l'oracle fut porté à la connaissance des Apuliens, ils avaient tué les ambassadeurs et les avaient ensevelis dans la ville, où ils auraient une demeure éternelle. Et donc, ayant accompli ainsi l'oracle, ils eurent longtemps la ville en leur possession. 11 Comme Alexandre avait pris connaissance de ce fait, il respecta les antiques prédictions et cessa de faire la guerre aux Apuliens.

12 Il fit aussi la guerre aux Bruttiens et aux Lucaniens et prit de nombreuses villes ; il conclut un traité d'amitié avec les Métapontins14, les Pédicules15 et les Romains16. 13 Cependant, alors que les Bruttiens et les Lucaniens avaient rassemblé des troupes auxiliaires venant de chez leurs voisins, ils reprirent la guerre plus âprement. 14 C'est là que le roi est tué, près de la ville de Pandosie et de l'Achéron, sans avoir connu le nom de l'endroit fatal avant d'être tué17, et il comprit en mourant que ce n'était pas dans sa patrie que se trouvait le péril de mort pour lequel il avait fui sa patrie. 15 Les gens de Thurium18 ensevelirent son corps qu'ils avaient racheté aux frais de la cité.

Échec de l'expédition de Zopyrion 16 Tandis que ceci se passe en Italie, Zopyrion, pour sa part, qu'Alexandre avait laissé comme préfet du Pont, ayant pensé qu'il était inutile s'il ne faisait pas aussi quelque chose lui-même, entra en guerre contre les Scythes après avoir rassemblé une armée de trente mille hommes 17 et, massacré avec toutes ses troupes19, il paya le prix d'être entré en guerre à la légère contre un peuple inoffensif20.

3,1 Quand ces événements21 furent annoncés à Alexandre en Parthie, après avoir simulé le chagrin à cause de sa parenté avec Alexandre, il prescrivit à son armée un deuil de trois jours.

Conquête du plateau iranien 2 Ensuite, la guerre étant considérée comme terminée, tous attendant le retour dans leur patrie et embrassant déjà d'une certaine façon en pensée leurs femmes et leurs enfants, il convoque l'armée en assemblée. 3 Là, il dit que rien n'a été acquis par de si nombreux combats si le pays barbare d'Orient est laissé intact ; ce n'est pas le cadavre de Darius, mais son royaume qu'ils avaient recherché ; il fallait poursuivre ceux qui avaient fait défection au royaume. 4 Le moral des soldats ayant été rétabli dans son état premier, en quelque sorte, par cette harangue, il soumit l'Hyrcanie et les Mardes. 5 Là, Thalestris, autrement appelée Minythyia22, la reine des Amazones, désireuse d'avoir des enfants du roi, accourut à sa rencontre avec trois cents femmes après un voyage de trente-cinq jours au milieu de populations très denses ; 6 son aspect comme sa venue furent un objet d'admiration pour tous à cause de sa tenue, inhabituelle pour les femmes et, d'autre part, de l'union qu'elle recherchait. 7 Pour cette raison, le roi s'accorda treize jours23 de délassement ; elle partit quand il lui parut avoir conçu.

Contagion des mœurs perses 8 Après cela, Alexandre prend la tenue des rois des Perses et le diadème, auparavant inusité par les rois macédoniens, comme s'il avait adopté les lois de ceux qu'il avait vaincus. 9 Afin que cela ne soit pas vu avec trop d'envie sur lui seul, il ordonne à ses amis aussi de prendre la robe longue de pourpre brodée d'or. 10 Afin que soit imitée aussi bien la débauche que la parure des Perses, il répartit ses nuits tour à tour entre les troupes des concubines royales d'une beauté et d'une naissance choisies. 11 Il ajoute à cela des banquets superbement apprêtés, et il rehausse le festin par des jeux correspondants à la magnificence du Roi24, de peur que le luxe ostentatoire ne semble amoindri et déstructuré, oublieux, à coup sûr de ce que de si grands biens sont d'habitude perdus par ces mœurs, et non pas recherchés.

4,1 Entre temps, dans l'ensemble du camp, tous manifestaient leur indignation de ce que le héros ait dégénéré de son père Philippe au point d'abjurer même le nom de sa patrie et d'adopter les mœurs des Perses qu'il avait vaincu à cause de telles mœurs.

Mariage des soldats 2 Cependant, afin de ne pas paraître être le seul à succomber aux vices de ceux qu'il avait soumis par les armes, il permit aussi à ses soldats, dans le cas où ils avaient une liaison avec des captives, de les épouser25, 3 estimant que ceux qui auraient dans le camp un semblant de foyer et de vie domestique auraient un moindre désir de revenir dans leur patrie ; 4 en même temps, les peines du service seraient adoucies par la tendresse de leurs épouses.

Les enfants des soldats 5 Par ailleurs, il aurait la possibilité de moins épuiser la Macédoine pour compléter ses effectifs si aux pères vétérans succédaient comme recrues leurs fils, qui serviraient sur le retranchement où ils étaient nés, 6 et seraient plus constants dans la mesure où ils auraient fait leur apprentissage militaire dans le camp même où ils avaient eu leur berceau. 7 Et cette coutume demeura aussi chez les successeurs d'Alexandre. 8 Donc, on attribua des allocations de nourriture aux enfants, on donna des armes et des chevaux aux jeunes gens, et on attribua des primes aux pères selon le nombre de leurs enfants. 9 Si leurs pères étaient tués, les enfants mineurs n'en touchaient pas moins la solde de leurs pères et leur enfance se passait à l'armée dans des campagnes variées. 10 Endurcis de la sorte aux épreuves et aux dangers dès leur plus jeune âge, ils formaient une armée invincible, et ils considéraient qu'ils n'avaient d'autre patrie que le camp et qu'un combat n'était jamais rien d'autre qu'une victoire. 11 Ces enfants eurent comme nom les Épigones26.

12 Ensuite, les Parthes ayant été soumis, Andragoras, choisi parmi les nobles Perses, leur est donné comme préfet ; par la suite, les rois des Parthes tirèrent de lui leur origine.

Exécution de Parménion et de Philotas
5,1 Entre temps, Alexandre commença à sévir contre les siens non plus à la manière d'un despote, mais avec la haine d'un ennemi27. 2 Il s'indignait surtout d'être attaqué dans les conversations des siens pour avoir bouleversé les règles de conduite de son père Philippe et de sa patrie. 3 Et à cause de ces griefs, Parménion, un vieillard, le plus proche du roi en dignité, est mis à mort avec son fils Philotas, après avoir été l'un et l'autre soumis à la question28.

Duplicité d'Alexandre 4 De ce fait, tous commencèrent à trembler dans tous les camps, s'apitoyant sur le sort du vieillard inoffensif et de son fils, et se disant entre temps qu'eux non plus ne devaient pas espérer mieux. 5 Alors que cela avait été annoncé à Alexandre, craignant que cette opinion ne se répande même en Macédoine et que la gloire de sa victoire ne soit obscurcie par la tache de sa cruauté feint d'avoir l'intention d'envoyer certains de ses amis dans la patrie, en messagers de victoire. 6 Il engage les soldats à écrire aux leurs ; ils en auraient plus rarement l'occasion, à cause du plus grand éloignement de la campagne. 7 Il se fait apporter en secret les paquets de lettres qui avaient été remis : 8 y ayant pris connaissance du jugement que chacun portait sur lui, il incorpora dans une seule cohorte ceux qui avaient émis les opinions les plus sévères à son égard, décidé soit à les faire périr, soit à les répartir dans les colonies situées aux extrémités de la terre.

Suite de la conquête de l'Iran 9 Puis il soumit les Drances, les Évergètes appelés aussi Parimes, les Parapammènes, les Adaspes et les autres peuples qui demeuraient au pied du Caucase29. 10 Entre temps, est amené enchaîné Bessus30, l'un des amis de Darius, qui n'avait pas seulement trahi le roi mais l'avait tué ; 11 et Alexandre le livra au frère de Darius31 pour être mis à la torture32 afin de tirer vengeance de sa déloyauté, songeant que Darius n'avait pas tant été son ennemi que l'ami de celui par lequel il avait été tué. 12 Et afin de laisser son nom dans ces terres, il fonda la ville d'Alexandrie sur le Tanais33, un rempart de six mille pas ayant été achevé en dix-sept jours, les peuples de trois cités que Cyrus avait fondées ayant été transférés à cet endroit. 13 En Bactriane et en Sogdiane également, il fonda douze villes où il répartit tout ce qu'il y avait de séditieux dans son armée.

Meurtre de Clitos le Noir
6,1 Après avoir fait cela, un jour de fête, il invite ses amis à un banquet, 2 pendant lequel une conversation rappelant les exploits de Philippe s'engagea entre les hommes ivres ; il commença lui-même à se mettre au-dessus de son père et à exalter jusqu'au ciel la grandeur de ses propres exploits, avec l'approbation de la majeure partie des convives34. 3 Or, comme l'un des vieillards, Clitos35, avec confiance dans l'amitié du roi, dont il détenait la palme, défendait la mémoire de Philippe et louait ses exploits, il offensa le roi à tel point que celui-ci le tua au milieu du banquet avec une arme arrachée à un garde. 4 Et déchaîné par ce meurtre, il reprocha violemment au mort de s'être fait l'avocat de Philippe et ses louanges des campagnes paternelles. 5 Après que son esprit rassasié de meurtre se fut apaisé, et que la réflexion eut succédé à la colère, considérant tantôt la personnalité du mort, tantôt la cause du meurtre, il commença à se repentir de son acte ; 6 et certes il souffrait d'avoir accueilli les louanges paternelles avec une colère telle que même des injures ne l'auraient pas justifiée et de ce qu'un vieil ami inoffensif avait été tué par lui dans le feu du banquet. 7 Donc, jeté dans le repentir avec la même frénésie qu'il l'avait été auparavant dans la colère, il voulut mourir. 8 D'abord, se laissant aller aux pleurs, il étreignait le mort, touchait ses blessures et lui avouait sa folie comme s'il l'entendait ; et il tourne l'arme arrachée contre lui-même, et il aurait accompli l'acte si ses amis n'étaient intervenus. 9 Cette volonté de mourir persista même les jours suivants. 10 En effet, le souvenir de sa nourrice36, qui était la sœur de Clitos, ajoutait à ses remords ; bien qu'absente, il éprouvait de la honte à son égard : 11 tant était horrible la rétribution remise pour ses bons soins, au point que, jeune et victorieux, il renvoyait un cadavre, pour le prix de ses bienfaits, à celle dans les bras de laquelle il avait passé son enfance. 12 Il repensait ensuite combien il avait provoqué de racontars au sein de son armée et d'animosité chez les peuples vaincus, combien de peur et d'animosité chez le reste de ses amis, 13 combien il avait rendu son festin amer et sinistre, lui qui s'était rendu non moins redoutable en armes sur le front des troupes que dans un festin! 14 Alors Parménion et Philotas37, alors son cousin Amyntas38, alors sa marâtre39 et ses frères assassinés40, alors Attale41, Euryloque42, Pausanias43 et les autres princes de Macédoine exterminés se présentèrent à son esprit. 15 Pour cela, il resta quatre jours sans prendre de nourriture, jusqu'à ce qu'il fut imploré par les prières de toute l'armée, qui le priait de ne pas déplorer la mort d'un seul 16 au point de mener à leur perte tous ceux qu'il abandonne au milieu de peuples ennemis et excités à la guerre, après les avoir emmenés au plus profond du pays barbare. 17 Les prières du philosophe Callisthène furent très utiles ; ami intime d'Alexandre du fait qu'il avait été avec lui l'élève d'Aristote44, il se trouvait alors auprès du roi qui l'avait fait venir pour être son historiographe45. 18 Ayant donc repris intérêt pour les guerres, il reçut la capitulation des Chorasmes46 et des Dahes47.

La proskynèse
7,1 Ensuite, ce que d'abord il avait écarté de la coutume perse de l'arrogance royale, afin que toutes ne soient pas également trop haïssables, il ordonne d'être adoré, et non plus salué. 2 Le plus âpre à s'y refuser fut Callisthène, et cette attitude fut sa perte et celle de beaucoup de princes macédoniens, puisque tous furent assassinés sous prétexte de complots. 3 Cependant la manière coutumière de saluer le roi fut conservée par les Macédoniens, l'adoration ayant été mal accueillie.

Campagnes en Inde 4 Après cela, il se dirige vers l'Inde afin de donner l'Océan et l'Extrême-Orient comme bornes à son empire48. 5 Afin que même la parure de son armée s'accorde à cette gloire, il fit recouvrir d'argent les phalères des chevaux et les armes des soldats et appela son armée "les Argyraspides" à cause de ses boucliers d'argent49.

6 Alors qu'il était venu près de la ville de Nysa, les habitants ne lui opposèrent pas de résistance, par confiance dans le culte de Liber Pater, le fondateur de la ville50; il ordonna de les épargner, heureux d'avoir suivi non seulement l'expédition du dieu, mais encore ses traces. 7 Alors il conduisit son armée contempler le mont sacré, couvert de végétation naturelle, de vigne et de lierre, aussi bien que s'il avait été orné à force de culture et avec l'habileté des cultivateurs. 8 Mais, quand son armée arriva près du mont, poussée par un soudain élan spirituel à proférer les hurlements consacrés au dieu, elle se mit, sans causer aucun dommage, à courir en tous sens à la stupeur du roi, si bien qu'il comprit qu'en épargnant les habitants, il n'avait pas tant pris soin de leurs intérêts que de ceux de sa propre armée.

9 De là, il se dirige vers les monts Dédale et les états de la reine Cléophis51. Et alors que celle ci s'était rendue, elle racheta son royaume par ses complaisances et le reçut d'Alexandre, ayant acquis par des caresses ce qu'elle n'avait pu avoir par les armes ; 10 et elle nomma Alexandre le fils qu'elle conçut du roi et il fut par la suite le maître du royaume des Indes. 11 De ce fait, la reine Cléophis fut appelée par les Indiens la courtisane royale. 12 Alors qu'après avoir parcouru l'Inde, il était arrivé à un rocher, étonnant par son escarpement et sa hauteur52, vers lequel beaucoup de peuples avaient fui, il apprit qu'Hercule avait été empêché de s'en emparer par un tremblement de terre. 13 C'est pourquoi, pris du désir de surpasser les actions d'Hercule, il se rendit maître de ce rocher avec beaucoup de peine et de danger ; il reçut la soumission de tous les peuples de la région.

8,1 Il y avait parmi les rois de l'Inde un nommé Porus, également remarquable par sa force physique53 et sa grandeur d'âme, 2 qui ayant déjà depuis un certain temps entendu parler de la renommée d'Alexandre, préparait la guerre pour son arrivée. 3 Donc, le combat s'étant engagé, il ordonne à son armée de marcher sur les Macédoniens, pour sa part, il défie leur roi comme un ennemi personnel. 4 Alexandre n'hésite pas non plus à combattre ; mais, alors que, son cheval ayant été blessé au cours du premier engagement, il était tombé à terre la tête la première, il est sauvé par ses gardes qui accourent. 5 Accablé de nombreuses blessures, Porus est fait prisonnier54, 6 et il souffrit d'avoir été vaincu au point que, alors que son ennemi lui avait fait grâce, il ne voulut pas prendre de nourriture et ne souffrit pas que ses blessures fussent soignées, et on obtint difficilement de lui qu'il ait la volonté de vivre. 7 Et Alexandre, en honneur de son courage, le renvoya sain et sauf dans son royaume.

8 Il fonda là-bas deux villes ; il appela l'une Nicée55, l'autre Bucéphalia, du nom de son cheval56. 9 Puis, il s'empara des Adrestes, des Catènes, des Présides et des Gangarides après avoir taillé en pièces leurs armées.

10 À l'arrivée chez les Cufites où l'attendaient deux cent mille cavaliers ennemis57, toute l'armée, qui n'était pas moins épuisée par le nombre de ses victoires que par ses peines, le supplia, en larmes, de mettre enfin un terme aux batailles ; 11 qu'il se souvienne pour une fois de la patrie et du retour58, qu'il considère l'âge de ses soldats, à qui il restera à peine assez de vie pour le retour. 12 L'un montrait ses cheveux blancs, un autre ses blessures, un autre son corps épuisé par l'âge, un autre son corps raviné par les cicatrices ; 13 ils sont les seuls à avoir servi sans trêve dans l'armée de deux rois, Philippe et Alexandre. 14 Ils le priaient, enfin, de rendre au moins aux tombes de leurs pères les dépouilles de ceux à qui ce n'est pas le zèle qui faisait défaut, mais les années, 15 et, s'il ne ménageait pas ses soldats, qu'il se ménage au moins lui-même, de peur de lasser sa propre fortune en lui en imposant trop. 16 Ému par de si justes prières, il ordonna, comme pour marquer la fin de la victoire, d'établir un camp plus imposant qu'à l'accoutumée afin, par la mise en œuvre de ces constructions, de terrifier l'ennemi et de laisser à la postérité l'admiration de ce qu'il avait fait. 17 les soldats ne firent aucun travail avec plus de joie, si bien qu'après avoir massacré les ennemis, ils retournèrent dans ce camp en se félicitant.

Le retour d'Alexandre
9,1 Ensuite, Alexandre gagna le fleuve Acésine59 sur lequel il se laissa porter jusqu'à l'Océan. 2 Il y reçut la soumission des Agensones, et des Sibes qui avaient Hercule pour fondateur. 3 De là, il navigue vers les Mandres et les Sugambres60 et ces peuples le reçoivent avec quatre-vingt mille fantassins et soixante mille cavaliers. 4 Comme il était vainqueur au combat, il conduit son armée vers leur ville, 5 et comme, depuis le rempart où il avait pris position le premier, il avait remarqué qu'elle était vide de défenseurs, il sauta d'en haut dans la place sans aucun garde du corps. 6 C'est pourquoi, comme les ennemis avaient vu qu'il était seul, ils accourent de toute part en poussant des grands cris, au cas où ils pourraient en terminer sur une seule tête avec les guerres du monde entier et d'offrir une vengeance à tant de peuples. 7 Néanmoins, Alexandre résista obstinément et, à lui seul, il lutte contre tant de milliers d'hommes. 8 Récit incroyable : ni la multitude des ennemis, ni la grande puissance des traits, ni la si grande clameur de ceux qui le harcelaient, ne l'effraya! seul il frappa et mit en fuite tant de milliers d'hommes! 9 Quand il se vit, à la vérité, submergé par la multitude, il s'adossa à un tronc d'arbre qui se trouvait près du rempart ; 10 alors qu'il avait soutenu longtemps l'attaque grâce à la protection que lui apportait ce tronc, , ses amis, informés de sa situation critique, sautèrent enfin auprès de lui ; beaucoup d'entre eux furent massacrés ; 11 la lutte resta indécise jusqu'à ce que l'armée arrive en renfort après avoir abattu les remparts. 12 Au cours de cette lutte, il fut percé sous le sein par une flèche et, comme il défaillait sous l'effet de la perte de sang, il combattit un genou en terre jusqu'à ce qu'il tue celui par qui il avait été blessé. 13 Le traitement de sa blessure fut plus pénible que sa blessure même.

10,1 Ainsi, revenu enfin à la santé depuis un état quasi-désespéré, il envoie Polyperchon61 à Babylone avec l'armée ; lui-même, s'étant embarqué avec une troupe d'élite, longe les rives de l'Océan. 2 Comme il était arrivé près de la ville du roi Ambiger62, les habitants entendant dire qu'il était invincible par les armes empoisonnent leurs flèches et, repoussant l'ennemi de leurs remparts par une blessure doublement mortelle, tuent un très grand nombre d'hommes. 3 Comme, Ptolémée63 avait été également blessé, parmi beaucoup d'autres, et qu'il paraissait déjà sur le point de mourir, une plante, remède au poison, fut montrée au roi pendant son sommeil ; et, l'ayant prise dans une boisson, Ptolémée fut aussitôt hors de danger et la plus grande partie de l'armée fut sauvée par ce remède64. 4 Ensuite, après la prise de la ville, il fit, de retour sur son navire, des libations à l'Océan, après avoir demandé dans ses prières un retour heureux dans sa patrie ; 5 et comme un char ayant viré la borne au cirque, une fois établies les limites de son empire aussi loin que les déserts de la terre avaient accepté qu'il avance ou que la mer avait été navigable, il est porté par un flot favorable dans l'embouchure de l'Indus. 6 Là, il fonda la ville de Barcè pour témoigner de ses exploits et éleva des autels, après avoir préposé un de ses amis au gouvernement des rivages indiens. 7 Ensuite, décidé à faire route par terre, comme on disait que la route passait au milieu de lieux arides, il ordonna de faire des puits à des endroits appropriés ; et une grande quantité d'eau douce y ayant été trouvée, il revint à Babylone65. 8 Là, beaucoup de peuples vaincus accusèrent leurs préfets que, sans considération d'amitié, Alexandre ordonna de tuer devant les yeux des ambassadeurs. 9 Après cela, il prit comme épouse Statyra, la fille de Darius et, de plus, il donna aux meilleurs des Macédoniens de très nobles jeunes filles, choisies dans tous les peuples afin que le grief contre le roi fut allégé par une conduite commune66.

Mutinerie des soldats et "discours d'Opis"
11,1 Alors, il convoque l'armée à une assemblée67 et promet d'acquitter à ses frais les dettes de tous, afin qu'ils apportent chez eux l'intégralité de leur butin et de leurs primes. Cette libéralité fut remarquable non seulement par la somme mais encore par le titre du bienfait, et elle ne fut pas reçue avec plus de reconnaissance par les débiteurs que par les créanciers, puisque le recouvrement aussi bien que l'acquittement était difficile pour les uns et les autres. 3 Vingt mille talents furent déboursés pour ces dépenses. 4 Les vétérans ayant reçu leur congé, il complète l'armée avec de jeunes recrues. 5 Mais ceux qu'il garda, supportant avec peine le départ des vétérans, réclamaient eux-même leur congé et exigeaient qu'il soit tenu compte de leurs années de services et non de leur âge, estimant équitable que recrutés en même temps, ils soient déliés de leur serment militaire en même temps. 6 À présent, ils n'usaient plus de prières, mais d'invectives, exigeant qu'il aille seul en guerre avec son père Ammon68, dans la mesure où il repoussait avec dédain ses soldats. 7 Le roi, face à eux, tantôt châtiait les soldats, tantôt les engageait avec des mots apaisants à ne pas ternir par des séditions leur service glorieux. 8 À la fin, comme il n'obtenait rien avec des paroles, il sauta lui-même sans armes du haut de son tribunal au sein de l'assemblée armée pour saisir les meneurs de la sédition, et sans que personne ne l'en empêche, il en conduisit lui-même treize au supplice après les avoir attrapés de sa propre main69. 9 Tant était grande ou pour ceux-ci l'acceptation de la mort que donnait la peur inspirée par le roi, ou pour le roi la fermeté d'exiger le supplice que donnait la discipline militaire.

12,1 Puis, il s'adresse séparément dans l'assemblée aux troupes auxiliaires perses ; 2 il loue leur fidélité ininterrompue d'une part pour lui, d'autre part pour les rois d'autrefois ; il rappelle ses bienfaits pour eux, comment il ne les a jamais traités comme des vaincus mais comme des compagnons de victoire, enfin qu'il a adopté leurs coutumes, non eux celles de son peuple, qu'il a mêlé les vainqueurs aux vaincus par les liens des mariages. 3 À ce moment aussi, il dit que pour sa garde personnelle il ne fera plus seulement confiance aux Macédoniens, mais à eux également. 4 Et ainsi, il choisit parmi eux mille jeunes gens qu'il met au nombre de ses gardes et il amalgame à son armée une part des auxiliaires formée à la discipline macédonienne. 5 Les Macédoniens prirent mal cette décision : ils proclamaient que leurs ennemis avaient été mis à leur place par le roi. 6 Alors tous, en pleurs, vont trouver le roi ; ils le prient de se satisfaire en les livrant au supplice plutôt qu'en les insultant. 7 Par leur retenue, ils obtinrent qu'Alexandre donne congé à onze mille vétérans.

8 Par ailleurs furent également libérés ceux de ses amis qui étaient âgés : Polypercon70, Clitos71, Gorgias72, Polydamas73, Amadas74, Antigénès75. 9 Cratère76 est mis à la tête des libérés, avec l'ordre de gouverner les Macédoniens à la place d'Antipatros, et il appelle à sa place Antipatros avec un renfort de recrues77. 10 On donna une solde à ceux qui s'en retournaient, comme s'ils combattaient.

Mort d'Héphaestion 11 Pendant que cela se passe, l'un de ses amis, Héphæstion, meurt78; sa beauté et sa jeunesse, d'abord, ses complaisances, ensuite, l'avaient fait chérir du roi. 12 Alexandre porta longtemps son deuil, de façon contraire à l'honneur royal ; il lui fit un tombeau de douze mille talents79 et ordonna qu'il fût honoré comme un dieu après sa mort.

Retour d'Alexandre à Babylone
13,1 On annonce à Alexandre qui revient vers Babylone depuis les rives ultimes de l'Océan que des ambassades des Carthaginois et d'autres cités d'Afrique, et encore des Espagnes, de Sicile, de Gaule, de Sardaigne, et quelques unes aussi venues d'Italie, attendent son arrivée à Babylone80. 2 La terreur inspirée par son nom avait envahi la totalité du monde entier à tel point que tous les peuples l'adulaient comme le roi qui leur serait destiné. 3 En conséquence, il se hâtait vers Babylone, comme pour y tenir un congrès du monde entier, quand l'un des mages le prévint de ne pas entrer dans la ville, en l'assurant que ce lieu lui serait fatal. 4 Pour cette raison, ayant évité Babylone, il se rendit de l'autre côté de l'Euphrate, dans la ville de Borsippa, jadis abandonnée. 5 Là, il fut poussé par le philosophe Anaxarchos81 à mépriser, à l'inverse, les prédictions des mages, en tant que trompeuses et équivoques, et, disait celui-ci, si les choses prédites sont conformes à la destinée, elles sont inconnues des mortels, si elles dépendent de la nature, elles sont immuables.

Le banquet fatal 6 Revenu donc à Babylone, après avoir consacré plusieurs jours au repos, Alexandre organisa un banquet, selon la coutume interrompue jadis ; 7 alors que, s'étant tout entier abandonné à la joie, il avait prolongé une nuit blanche jusqu'au jour, le Thessalien Médios82, au moment où il quittait le banquet, l'invite lui et ses compagnons, à une nouvelle beuverie. 8 Il accepta une coupe et après en avoir bu la moitié, il poussa soudain un gémissement comme s'il avait été transpercé par un trait ; emporté du banquet à demi-inanimé, il fut torturé par une douleur si grande qu'il demanda une épée pour antidote, et un attouchement humain le faisait souffrir comme des blessures. 10 Ses amis répandirent que la cause de sa maladie était une ivresse démesurée, mais, à la vérité, ce fut une machination ; la puissance de ses successeurs en empêcha la divulgation.

Les assassins d'Alexandre
14,1 L'auteur de la machination fut Antipatros, attendu qu'il voyait que les plus chers amis du roi avaient été assassinés, que son gendre, Alexandre des Lyncestes, avait été tué83, 2 que lui-même, après avoir accompli en Grèce tant de hauts faits, n'était pas tant bienvenu auprès d'Alexandre que jalousé par celui-ci, 3 et qu'il était harcelé d'accusations variées par Olympias, la mère du roi. 4 Il s'y ajoutait les supplices cruellement exercés peu de jours auparavant sur les préfets des nations vaincues. 5 En fonction de cela, il pensait avoir été, quant à lui, appelé de Macédoine non pour être associé à l'expédition, mais pour être châtié. 6 Donc, pour devancer le roi, il suborne son fils Cassandre84 à qui il avait remis un poison — avec ses frères Philippe et Iolas, ce dernier avait l'habitude de servir le roi —, 7 et si grande était la force de ce poison qu'il ne se gardait ni dans le bronze, ni dans le fer, ni dans la terre cuite, et qu'il ne put être apporté que dans un sabot de cheval85. 8 C'est donc pour cette raison qu'un banquet fut apprêté et repris chez le Thessalien. 9 Philippe et Iolas, habitués à goûter en premier et à mélanger la boisson du roi, mirent le poison dans l'eau froide qu'ils ajoutèrent à la boisson après l'avoir goûtée86.

Les derniers instants d'Alexandre
15,1 Le quatrième jour, Alexandre, sentant sa mort certaine, dit qu'il reconnaissait le destin de la maison de ses ancêtres, en effet la plupart des Éacides étaient morts dans la trentaine.

2 Ensuite, il apaisa lui-même l'agitation des soldats qui soupçonnaient que le roi périssait des suites d'un attentat ; alors qu'il s'était fait porter à l'endroit le plus élevé de la ville, il les laissa tous venir le voir et leur tendit, en pleurs, sa main droite à baiser. 3 Comme ils versaient tous des larmes, lui-même fut non seulement sans larmes mais encore sans aucune manifestation d'un esprit plus triste, au point qu'il en consola certains qui s'affligeaient sans se résigner, et qu'il donna à d'autres des messages pour leurs parents ; 4 bien plus, son âme fut invincible devant la mort comme elle l'avait été devant l'ennemi.

5 Une fois les soldats éloignés, il demande à ses amis qui l'entourent s'ils pensent qu'ils retrouveront un roi semblable à lui. 6 Tous se taisant, alors il dit lui-même qu'il ne le savait pas, mais qu'il savait bien, qu'il prédisait et qu'il voyait presque de ses yeux combien de sang la Macédoine verserait dans cette lutte, par combien de massacres, par quelle quantité de sang elle apaiserait ses mânes, une fois qu'il serait mort. 7 À la fin, il ordonne de placer son corps dans le temple d'Hammon.

8 Au moment où ses amis le voyaient trépasser, ils demandent qui il fait héritier de l'empire. Il répondit "le plus digne"87. 9 Telle fut sa grandeur d'âme que, alors qu'il laissait un fils, Hercule88, un frère, Arrhidée89, une épouse, Rhoxane, qui était enceinte90, ayant oublié sa parenté, il institua héritier le plus digne : 10 comme si à coup sûr il était sacrilège que succède à un homme courageux quelqu'un d'autre qu'un homme courageux, ou bien que soient laissées les richesses d'un si grand royaume à d'autres que des hommes éprouvés. 11 Comme si, par cette parole, il avait chanté le signal du combat entre ses amis ou bien qu'il leur avait lancé la pomme de la Discorde91, tous se dressent, pris du désir de rivaliser et recherchent sans le dire la faveur des soldats en manœuvrant la foule.

12 Le sixième jour, ayant perdu la parole, il remit à Perdiccas92 un anneau qu'il ôta de son doigt, et cet acte apaisa la discorde qui augmentait entre les amis. 13 En effet, même si l'héritier n'avait pas été institué verbalement, il semblait cependant avoir été choisi de façon délibérée.

Conclusion sur Alexandre
16,1 Alexandre mourut à l'âge de trente-trois ans et un mois93; ce fut un homme doté d'une grandeur d'âme surhumaine. 2 La nuit où sa mère Olympias le conçut, elle se vit pendant son sommeil enroulée avec un serpent immense, et elle ne fut pas trompée par le songe : à coup sûr en effet, elle porta dans son ventre un chef d'oeuvre94 plus grand que la condition mortelle95 humaine96 ; 3 et, alors que l'avaient mise en lumière la famille des Éacides, qui remontait à la nuit des temps, et les règnes de son père, de son frère, de son époux et de tous ses ancêtres à la suite, aucun nom cependant ne l'illustra davantage que celui de son fils. 4 Un certain nombre de prodiges qui annonçaient la grandeur de ce dernier se manifestèrent à sa naissance même. 5 En effet, à la date où il naquit, deux aigles restèrent perchés toute la journée sur le faîte de la maison de son père, offrant le signe prémonitoire du double empire d'Europe et d'Asie. 6 À la même date, son père reçut l'annonce de deux victoires, l'une dans la guerre d'Illyrie, l'autre aux jeux Olympiques où il avait envoyé des quadriges, et ce signe prémonitoire présageait pour le bébé la victoire sur toutes les terres. 7 Enfant, il fut formé par des études littéraires très solides. 8 Passée l'enfance, il profita pendant cinq ans97 des leçons d'Aristote, célèbre entre tous les philosophes. 9 Ensuite, ayant reçu l'empire, il ordonna qu'on l'appelle roi de toutes les terres et du monde, et il donna à ses soldats une si grande confiance que, lui présent, ils ne craignirent les armes d'aucun ennemi, même s'ils étaient sans armes. 11 Et ainsi, il ne rencontra jamais d'ennemi qu'il ne vainquit, il n'assiégea aucune ville dont il ne s'empara, il n'attaqua aucun peuple qu'il ne foula aux pieds. 12 Enfin il fut vaincu pour terminer, non par la valeur d'un ennemi, mais par une machination des siens et la perfidie d'un concitoyen.


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1 Selon Diodore (17,64), Alexandre se serait emparé de trois mille talents d'argent à Arbèles.

2 Antipatros (400-319 a.C.) gouvernait la Macédoine et la Grèce avec le titre de stratège d'Europe.

3 Par un artifice de composition, Trogue Pompée regroupe les événements marquants qui se sont déroulés en Occident depuis le départ d'Alexandre et qui ne sont pas exactement contemporains.

4 Agis III (338-331), de la dynastie des Eurypontides.

5 C'est sans doute le terme grec stivcoi qui est traduit agmina par Trogue Pompée. Le sti/xos (file ou rangée), composé de seize phalangites, est la plus petite unité de l'infanterie de ligne macédonienne.

6 Agis fut vaincu et tué à Mégalopolis, ainsi que 5300 Lacédémoniens ; son armée était forte de 20000 fantassins et 2000 cavaliers ; Antipatros, pour sa part, avait environ 40000 soldats et ne perdit que 3500 hommes (cf. Diodore, 17, 62-63).

7 Alexandre le Molosse, fils de Néoptolème Ier et frère d'Olympias. Cf. supra
7,6,10-12 et 8,6,5.

8 334 a.C.

9 Le sanctuaire oraculaire de Dodone était en Épire, au SW de l'actuelle Jannina.

10 Pandosia de Thesprôtie, près de l'actuelle Kastri.

11 De nos jours l'Achéron se jette dans la mer Ionienne au Nord du golfe d'Ambracie. Pline dit qu'il se jette dans le golfe même (H.N. 4,4).

12 Il y a dans le Bruttium une ville de Pandosia et un petit fleuve appelé Achéron.

13 Héros étolien, fils de Tydée et de Déipyle, fille d'Adraste, compagnon d'Ulysse, qui se réfugia en Italie à cause des intrigues de sa femme Aegialé à Argos; il y aurait fondé de nombreuses cités.

14 Colonie achéenne, fondation de Sybaris,sur le golfe de Tarente.

15 Peuple d'Apulie, d'origine illyrienne, établi près de Brundisium (cf. Pline H.N. 3,5,38; 3,11,102).

16 Cf. Tite-Live, 8,17,9-10.

17 En 331/0 a.C.

18 La colonie panhellénique de Qouvrioi avait été fondée en 444/3 a.C. sur l'emplacement de l'ancienne Sybaris qui avait été détruite par Milon de Crotone c. 510 a.C.

19 Stratège de Thrace, Zopyrion traversa le Danube et poussa jusqu'au Dniepr (cf. Curtius 10,1,44). Il fut tué par les barbares en 325 a.C.

20 Sur les Scythes, voir supra
2,1,1-5,11.

21 La mort d'Alexandre le Molosse seulement ; celle de Zopyrion est postérieure.

22 Halestris siue Minothea écrit Orose (3,18,5) ; sur cette reine, cf. supra,
2,4,33.

23 Diodore (57,2,3) donne la même précision.

24 Justin veut dire qu'Alexandre, ayant détruit l'empire achéménide, ne voulait pas que l'apparat dont s'entouraient les rois perses semble diminué par leur successeur, voire détruit.

25 En 327 a.C., en Sogdiane, Alexandre épousa Rhoxane, la fille d'Ossiartès, et autorisa ses soldats à épouser des femmes du pays.

26 Les Épigones, oi( )Epi/gonoi, c'est à dire ceux qui sont nés après.

27 Le texte de ti D : non regio sed hostili odio n'a guère de sens et est sans doute à corriger ; si on garde cette leçon, comme la plupart des éditeurs, on a un zeugma, l'appellatif odium pouvant avoir le sens de conduite, prise péjorativement. On pourrait écrire non more regio sed hostili odio, la chute de more s'expliquant paléographiquement et ce mot ayant été conservé, déplacé dans p, ce qui donnerait un beau chiasme. La correction minimale de A. von Gutschmid, regie, que j'édite, est la plus acceptable : la faute transversale regio de tiD est entraînée par les deux ablatifs qui suivent (assimilation progressive) ; l'ajout de more par p est une correction ad sensum ; l'adverbe regie fait partie du vocabulaire de la rhétorique cicéronienne, avec un sens péjoratif et son emploi ici correspond bien au contexte sur l'évolution d'Alexandre.

28 Philotas, le commandant des e(tai=roi, accusé de ne pas avoir dénoncé un complot, fut condamné à mort en Drangiane par l'armée ; Parménion fut tué à Ecbatane, où il avait la garde du trésor (supra,
12,1,3) ; il avait environ soixante-dix ans.

29 Cf. Orose, 3,18,7 : Inde Drancas, Euergetas, Parimas, Parapamenos, Adaspios ceterosque populos qui in radice Caucasi morabantur subegit. Les noms de ces peuples avaent été transcrits de manière approximative par les sources de Trogue Pompée et des historiens postérieurs, puis par ces mêmes utilisateurs, d'où les variantes qu'on rencontre dans tous ces ethniques.

30 Bessus fut pris au printemps 329 a.C. par Ptolémée, fils de Lagos.

31 Plutarque parle d'un frère de Darius, Exathrès, qu'Alexandre admit parmi les Hétaires.

32 On lui coupa le nez et les oreilles avant de le crucifier, cf. Arrien, An. 4,7,3. Un supplice plus original est mentionné par Plutarque (Alex. 43,6).

33 Alexandria Vltima (Kodschent) sur l'Iaxartès (Syr-Daria).

34 L'épisode se passa à Samarcande en 328.

35 Cf. Curtius, 8,1 ; Arrien, 4,8 ; Plutarque, Alex., 50-51.

36 Elle s'appelait Laonice, ou Hellanice (Curtius, 8,1,21).

37 Cf. supra,
12,5,3.

38 Fils de Perdiccas III, le frère de Philippe II, Amyntas était le cousin germain d'Alexandre. Son assassinat a eu lieu dès le début du règne, en 336 a.C. Justin y fait allusion (
11,5,2), toutefois sans nommer Amyntas.

39 C'est Olympias qui fut responsable de la mort de Cléopâtre, cf. supra,
9,7,12.

40 Cf. supra,
9,8,3 et 11,2,3.

41 Oncle de la reine Cléopâtre, cf. supra
9,5,8.

42 Ancien général de Philippe, tué au début du règne d'Alexandre.

43 Il s'agit sans doute du commandant (e)pimelhth/s) de la forteresse de Sardes en 334. Cf. Arrien, Alex. 1,17,7.

44 Cf. infra,
12,16,8. À propos des motifs qui ont poussé Philippe à engager Aristote, sur les relations entre Alexandre et Aristote, et la lettre (apocryphe?) d'Alexandre à Aristote, voir Plutarque, Alex. 7,2-8,1.

45 Né à Olynthe c.370 a.C., Callisthène était le petit-neveu d'Aristote. Il écrivit des )Ellhnika/, couvrant la période 387-356, et les Pra/ceis )Alexa/ndrou, dont il ne reste que quelques fragments ; sur sa mort, en 327 a.C., cf. infra
12,7,1-2 et 15,3,3-6.

46 Peuple vivant dans la vallée de l'Oxos, au sud de la mer d'Aral (cf. Hérodote, 3,93).

47 Peule scythe nomadisant à l'est de la Caspienne.

48 Sur ces dernières campagnes d'Alexandre, voir Diodore, 17, 84-104).

49 Des mots grecs h( a)/spis, bouclier, et a)rgu/reos (a)rgurea= au féminin), en argent.

50 On hésite sur la localisation de cette ville (Jelahabad ou Koh-i-Mor-Tal), fondée selon la légende par Dionysios/Bacchus (identifié par les Romains à Liber Pater), lors de son expédition de conquête aux Indes (cf. infra,
14,2,9 et 42,3,2).

51 Cléophis était reine des Assaceni de la région du fleuve Swat ; quelques détails dans Curtius, 8,10,22).

52 Le mont Aornos (Curtius, 8,11,2) dans le Gandhara (basse vallée du Kaboul).

53 Sa grande taille a frappé les auteurs anciens qui lui donnent deux mètres de haut et plus (Plutarque, Alex. 60,12 ; Diodore, 17,88,4 ; Curtius, 8,14,13 ; Arrien, An. 5,19,1).

54 En mai-juin 326 a.C. Alexandre combattit de façon déloyale ; le fait n'est pas développé par Justin.

55 Du grec ni/kh, la victoire.

56 L'histoire de Bucéphale est développée par Plutarque (Alex. 6), qui fait également allusion à la fondation de la ville de Bucephalia, après la mort de l'animal. (Alex. 61,2).

57 Cufites ou Cofites dans les mss. L'accord du texte de Justin avec celui d'Orose (3,19,5) contra CC milia equitum hostium, montre que la correction par l'addition de <peditum et XX milia> proposée par Haverkamp, d'après Curtius (9,2,3) et adoptée généralement par les éditeurs, est abusive.

58 Hendiadyn.

59 Affluent de l'Indus.

60 La plupart des éditeurs corrigent le nom de ce peuple en Sudracas, qui semble être le nom grécisé des Indiens Xudraca ; Arrien parle des Oxydraques. L'erreur remonte nécessairement à Trogue Pompée qui a confondu le nom de ces Indiens du bout du monde avec celui d'une nation gauloise qu'il connaît.

61 Général macédonien (c.390-302), Polyperchon joua un rôle très mal connu dans la conquête d'Alexandre ; il fut libéré par Alexandre, pour raison d'âge (infra,
12,12,8). Sur son histoire après la mort du roi, cf. infra, 13,6,9 ; 8,5 ; 14,5,1 ; 8,7 ; 15,1,1.

62 Le roi Ãambhu, cf. Diodore, 17,102-103. Les mss d'Orose (3,19,11) portent Ambira rex.

63 Ptolémée Swth/r, fils de Lagos (367/6-283 a.C.), le futur fondateur de la dynastie des Lagides.

64 Selon Plutarque (Alex. 8), le goût de la médecine (to\ filiatrei=n), tant théorique que pratique, avait été donné à Alexandre par Aristote : le roi ou) ga\r mo/non th\n qewri/an h)ga/phsen a)lla\ kai\ nosou=sin e)boh/qei toi=s fi/lois kai\ sune/tatte qerapei/as tina\s kai\ diai/tas.

65 En fait, Alexandre n'alla à Babylone qu'au printemps 323. Il quitta Pattala en septembre 325, longea la côte vers le nord, puis traversa le désert de Gédrosie ; au début de 324, il fit sa jonction avec Cratère qui était passé par l'Arachosie et la Drangiane, et avec l'amiral Néarque qui avait suivi la côte ; Alexandre passa l'été 324 à Opis, puis à Ecbatane.

66 "Noces de Suse", en février 324, au cours desquelles quatre-vingt Hétaires et dix mille soldats épousèrent des femmes indigènes.

67 À Opis, pendant l'été 324.

68 Cf. supra,
11,11,2-9.

69 Cf. Curt. 10,2,30.

70 Cf. supra,
12,10,1.

71 Un homonyme de Clitos le Noir, futur navarque.

72 Inconnu par ailleurs.

73 Compagnon d'Alexandre, assassin de Parménion (cf.
12,6,14).

74 Inconnu, ou doublet avec le précédent résultant d'une dittographie, corrigée par D. La correction de Vossius Amyntas est intéresante.

75 Futur commandant des Argyraspides et satrape de Suse ; il sera tué en 316 a.C. Les incunables et la plupart des très anciennes éditions corrigent sans nécessité Antigonus ou Antigonas

76 Le futur régent (prosta/ths) de l'empire d'Alexandre.

77 Le rappel d'Antipatros marque, en fait, la méfiance d'Alexandre à son égard.

78 Octobre 324, à Ecbatane ; ami d'enfance d'Alexandre, il était chiliarque au moment de sa mort ; Perdiccas lui succéda dans cette fontion.

79 Le tombeau fut érigé à Babylone.

80 Cf. Arrien, 7,15,4

81 Anaxarchos d'Abdère, disciple de Démocrite.

82 Triérarque de la flotte de l'Indus, il écrivit une histoire d'Alexandre.

83 Il avait été incarcéré auparavant (cf.
11,7,2).

84 Le futur roi de Macédoine.

85 Sur l'éventualité d'un empoisonnement d'Alexandre, et le rôle d'Aristote dans le crime, cf. Diodore, 17,118, Plutarque, Alex., 77,2-5, et Arrien, An. 7,27,1.

86 Le même procédé est connu pour avoir été utilisé pour l'assassinat de Britannicus, sur l'ordre de Néron en 55 p.C.

87 Diodore donne deux versions de ces dernières paroles d'Alexandre : dans son récit de la fin du roi, il lui fait dire (16,117) : tw=| krati/stw| (au plus puissant), tandis que plus loin, développant le topos de la mort du conquérant en lui faisant prévoir l'avenir, c'est à dire les luttes des diadoques, il écrit : tw=| a)ristw=| (au meilleur).

88 Le fils de Barsine (cf.
11,10,3).

89 Fils de Philippe et de Philinna, le futur Philippe III.

90 L'enfant sera le fils postume d'Alexandre le Grand, le futur Alexandre IV.

91 Éris, fille de la Nuit, avait lançée entre les déesses "pour la plus belle" la fameuse pomme qui fut l'origine indirecte de la guerre de Troie.

92 Chiliarque depuis la mort d'Héphæstion.

93 Né dans la seconde quinzaine de juillet 356 a.C., peut-être le 20, mort en juin 323, Alexandre vécut, en fait, trente-trois ans moins un mois.

94 Le terme latin opus est bizarre pour signifier enfant, même si cet enfant est considéré comme un chef-d'œuvre. La source grecque pouvait porter te/knon et Trogue Pompée a fait une confusion avec te/xnhn, ou alors il y avait un jeu de mot voulu par la source entre tevknon et te/xnhn que Trogue Pompée n'a pas pu, ou pas su rendre.

95 qnhto/s, h/, o/n (mortel), qnhtogenh/s (né d'un mortel), qnhtoeidh/s (de nature mortelle).

96 Confusion, je pense, de Trogue Pompée entre a)nqrw/pion (petit homme) et a)nqrw/pinos (humain), compl. du comparatif.

97 En fait un peu moins de quatre ans, de 343/2 à 340 a.C.


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