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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XIII

La succession d'Alexandre, Les réactions à la mort d'Alexandre, 1,1—La grandeur des amis d'Alexandre 1,10—Les diadoques et le problème de la succession d'Alexandre, 2,1—La révolte contre Perdiccas, 3,1—La répartition des satrapies, 4,9—La guerre Lamiaque, 5,1—Campagnes de Perdiccas en Asie mineure, 6,1—Perdiccas, aidé d'Eumène, contre les autres diadoques 6,8—La fin de Perdiccas et de son parti, 8,1.


1 2 3 4 5 6 7 8

Les réactions à la mort d'Alexandre 1,1 Alexandre le Grand s'étant éteint dans la fleur même de son âge et de ses victoires, tous, dans toute la ville de Babylone, gardèrent un morne silence. 2 Et cependant, les peuples vaincus n'eurent pas foi dans la nouvelle, par ce qu'ils avaient cru le roi immortel autant qu'invincible1, 3 se souvenant combien de fois il avait été arraché à une mort imminente, combien souvent, tenu pour perdu, il s'était présenté aux yeux des siens non seulement sain et sauf, mais encore vainqueur. 4 Mais quand on eut l'assurance de sa mort, tous les peuples barbares, vaincus par lui peu de temps auparavant, le pleurèrent non comme un ennemi, mais comme un père.

5 La mère de Darius, pour sa part, elle qui, après avoir perdu son fils, réduite à la captivité depuis le faîte d'une si haute majesté, n'avait pas, grâce à la bonté du vainqueur, regretté de vivre jusqu'à ce jour, se résolut elle-même à la mort après avoir appris la mort d'Alexandre, 6 non qu'elle eût préféré son ennemi à son fils, mais parce qu'elle avait éprouvé la piété d'un fils dans celui qu'elle avait redouté comme ennemi2.

7 En revanche, les Macédoniens, inversant les rôles, se réjouissaient comme s'ils avaient perdu un ennemi, et non un concitoyen et un roi d'une si grande majesté, maudissant à la fois sa trop grande sévérité et les dangers continuels de la guerre. 8 À cela s'ajoutait le fait que les princes considéraient le trône et les empires comme un butin inespéré, de même pour le simple soldat, les trésors et la grosse masse d'or ; les grands pensant à la succession au trône, les autres à l'héritage des biens et des richesses. 9 Il y avait en effet dans les trésors cinquante mille talents et trente mille talents pour les redevances réparties annuellement.

La grandeur des amis d'Alexandre3 10 De fait, les amis d'Alexandre n'aspiraient pas vainement au trône ; ils étaient en effet valeureux et vénérables au point que chacun pouvait être considéré comme un roi ; 11 et certes ils possédaient tous la beauté de l'apparence, la hauteur de la taille et la grandeur de la force physique aussi bien que de la sagesse, au point que celui qui ne les aurait pas connus aurait estimé qu'ils avaient été choisis non pas dans un seul peuple, mais dans tout le monde entier. 12 Jamais auparavant en effet, la Macédoine, non plus qu'aucun autre peuple, n'avait connu une floraison d'hommes si brillants, 13 eux que d'abord Philippe, et bientôt Alexandre, avaient choisi avec un si grand soin qu'ils ne semblaient pas tant avoir été distingués comme compagnons d'armes que comme successeurs au trône. 14 Qui donc s'étonnerait que le monde entier eût été vaincu avec de tels officiers, alors que l'armée des Macédoniens était régie, je ne dirais pas par tant de chefs, mais par tant de rois? 15 ils n'auraient jamais découvert leurs pairs s'ils ne s'étaient pas combattus entre eux, et Macédoine aurait eu nombre d'Alexandre au lieu d'un seul, si la Fortune ne les avait armés pour leur perte mutuelle par désir de rivaliser en valeur militaire.

Les diadoques et le problème de la succession d'Alexandre
2,1 Du reste, après le meurtre d'Alexandre, ils ne furent pas autant en sécurité qu'ils étaient joyeux, dans la mesure où ils briguaient tous la même place, 2 et ils ne craignaient pas moins les soldats, dont la licence se déchaînait et la faveur était incertaine, qu'ils ne se craignaient entre eux. 3 De fait, l'égalité entre eux augmentait la discorde, dans la mesure où personne ne surclassait les autres au point que quelqu'un se soumette à lui4. 4 C'est pourquoi, en armes, ils se rendent ensemble au palais royal pour prendre les dispositions relatives à la situation présente. 5 Perdiccas est d'avis d'attendre l'accouchement de Rhoxane5 qui était grosse d'Alexandre et proche de son terme, ayant dépassé son huitième mois, et, au cas où elle accoucherait d'un garçon, de le donner comme successeur à son père. 6 Méléagre6 dit qu'il ne faut pas différer les décisions dans l'attente de couches incertaines, et qu'il ne faut pas attendre que des rois leur naissent, alors qu'il leur est permis de tirer profit de ceux qui sont déjà nés ; 7 s'il leur plaît que ce soit un enfant, il y a à Pergame le fils d'Alexandre, né de Barsine7, qui s'appelle Hercule ; 8 s'ils préfèrent un jeune homme, il y a dans le camp le frère d'Alexandre, Arrhidée, aimable et tout à fait bien vu de tous non seulement du fait de son nom, mais aussi du fait de celui de son père Philippe. 9 Au reste, dit-il, Rhoxane était de souche perse et il n'était pas légitime que les Macédoniens établissent des rois du sang de ceux dont ils avaient détruit les trônes, 10 ce qu'Alexandre lui-même n'avait pas voulu ; enfin, en mourant, il n'avait fait aucune mention de l'enfant. 11 Ptolémée récusait comme roi Arrhidée, non pas à cause de la basse condition de sa mère — de fait, il était né d'une prostituée de Larissa —, mais à cause de la maladie assez grave dont il souffrait qui faisait craindre qu'il ne détienne la royauté, et un autre le pouvoir8; 12 mieux valait choisir parmi ceux qui avaient été les plus proches de leur roi sous le rapport de la valeur militaire, qui gouvernaient les provinces, à qui les guerres étaient confiées, plutôt que de se soumettre au pouvoir de gens indignes qui tiendraient le rôle du roi. 13 La proposition de Perdiccas remporta l'assentiment de tous. 14 Il fut donc décidé d'attendre l'accouchement de Rhoxane, et, pour le cas où un garçon naîtrait, ils établissent comme tuteurs Léonnatos, Perdiccas, Cratère et Antipatros et jurent aussitôt soumission aux tuteurs9.

La révolte contre Perdiccas
3,1 Alors que les cavaliers eux aussi avaient fait de même, les fantassins, indignés qu'aucune part à la décision ne leur eût été laissée, appellent roi le frère d'Alexandre, Arrhidée, lui choisissent des gardes du corps issu de leur troupe et lui enjoignent de se faire appeler du nom de son père Philippe10.

2 Comme cela avait été annoncé aux cavaliers, ils délèguent pour les apaiser deux des nobles, Attale11 et Méléagre, qui, recherchant la puissance dans l'adulation du vulgaire, se mettent d'accord avec les soldats en oubliant leur mission, 3 et la sédition gonfle, sitôt qu'elle commence à avoir une tête et un plan12. 4 Alors, pour détruire la cavalerie, les soldats en armes font tous irruption dans le palais royal, 5 ce qu'ayant appris, les cavaliers, inquiets, sortent de la ville et, après avoir établi leur camp, commencent eux-mêmes à effrayer les fantassins. 6 Les haines des grands entre eux ne cessaient pas pour autant.

7 Attale envoie des assassins tuer Perdiccas, le chef de l'autre parti ; 8 alors que ces derniers n'avaient pas osé l'approcher en armes et en outre les provoquant, Perdiccas se montra d'une telle fermeté qu'il vint vers les fantassins de son propre mouvement et montra à ceux qu'il avait appelés à une assemblée quel forfait ils préparaient. 9 "Qu'ils regardent contre qui ils avaient pris les armes : ce n'était pas des Perses, mais des Macédoniens, ce n'était pas des ennemis, mais des concitoyens, la plupart, même, était leurs parents, des compagnons d'armes, en tout cas, qui ont partagé les mêmes camps et les mêmes dangers ; 10 ils allaient donner un remarquable spectacle à leurs ennemis qui se réjouiraient du massacre mutuel de ceux par les armes desquels ils se désespèrent d'avoir été vaincus, et ils allaient offrir leur propre sang en sacrifice aux mânes des ennemis qu'ils avaient tués".

4,1 Comme Perdiccas avait développé ces arguments avec son éloquence singulière, il émut à ce point les fantassins que, sa position ayant été approuvée, il fut choisi comme chef par tous. 2 Alors, les cavaliers, rappelés pour faire la paix, donnent leur accord au roi Arrhidée. 3 Une part du royaume fut réservée pour le fils d'Alexandre, au cas où il naîtrait13. 4 Ces mesures étaient prises avec le corps d'Alexandre placé au milieu d'eux, afin que la majesté de celui-ci soit le témoin de leurs décrets. 5 Les choses ayant été ainsi réglées, Antipatros est mis à la tête de la Macédoine et de la Grèce, la garde du trésor royal est remise à Cratère14, le soin de s'occuper du camp, de l'armée et des affaires est confié à Méléagre et à Perdiccas ; 6 on enjoint au roi Arrhidée15 de conduire le corps d'Alexandre au temple d'Ammon. 7 Alors Perdiccas, irrité contre les auteurs de la sédition, ordonne soudain, à l'insu de son collègue, la lustration du camp pour le jour suivant, à cause de la mort du roi. 8 Après qu'il eut rangé l'armée en armes dans la plaine, il ordonne en secret de livrer au supplice les soldats séditieux de chaque manipule qu'il appelle au passage, à l'assentiment de tous16.

La répartition des satrapies 9 Revenu ensuite parmi les princes, il répartit les provinces en même temps pour éloigner ses rivaux et pour faire de la charge de l'empire un bienfait personnel. 10 Au premier tirage au sort17, l'Égypte, l'Afrique et une partie de l'Arabie vinrent à Ptolémée, un ancien simple soldat qu'Alexandre avait promu à cause de sa valeur militaire, 11 et Cléomène18, qui avait bâti Alexandrie, a mission de lui livrer la province. 12 Laomédon de Mytilène reçoit la Syrie, qui touche à cette province, Philotas19, la Cilicie. 13 Peithon l'Illyrien est mis à la tête de la Médie majeure, Atropatès20, beau-père de Perdiccas, à la tête de la Médie mineure ; 14 le peuple de Susiane est assigné à Cœnos, la Phrygie majeure à Antigone21, fils de Philippe. 15 Le sort donne la Lycie et la Pamphylie à Néarque22, la Carie à Cassandre23, la Lydie à Ménandre24. 16 La Phrygie mineure vient à Léonnatos ; la Thrace et les régions de la mer Pontique sont données à Lysimaque25, la Cappadoce avec la Paphlagonie à Eumène26. 17 Le haut commandement du camp passe à Séleucos27, fils d'Antiochos. 18 À la tête de l'escorte du roi et de la garde est mis Cassandre, fils d'Antipatros. 19 En Bactriane ultérieure et dans les régions de l'Inde, les préfets antérieurs sont maintenus en place28. 20 Taxiles29 avait les Sères entre les fleuves Hydaspe et Indus. 21 Dans les colonies fondées aux Indes, est envoyé Pithon, fils d'Agénor. Ossiartes30 reçut les Parapamènes, extrémité du Caucase. 22 Les Arachosses et les Cédrosses sont remis à Sibyrtios ; les Drances et les Aréens à Stasanor31. 23 Amyntas tire au sort les Bactres, Staganor les Sogdiens Sichéens, Philippe32 les Parthes, Phrataphernès33 les Hyrcaniens, Tleptolème34 les Carmaniens, Peucestès35 les Perses, Archon de Pella36 les Babyloniens, Arcesilas la Mésopotamie.

24 Alors que cette répartition était échue à chacun d'eux tel un présent du destin, beaucoup éprouvèrent un grand désir37 d'accroissements, 25 et, à la vérité, peu après, comme s'ils s'étaient réparti des royaumes et non des gouvernements, de gouverneurs ils se firent rois, ils ne se procurèrent pas seulement une grande puissance, mais encore ils la laissèrent à leurs descendants.

La guerre Lamiaque
5,1 Tandis que cela se passe en Orient, en Grèce les Athéniens et les Étoliens organisaient avec toutes leurs forces la guerre qu'ils avaient déjà mise en branle du vivant d'Alexandre. 2 Les causes de la guerre étaient que, de retour de l'Inde, Alexandre avait écrit des lettres à la Grèce par lesquelles les exilés de toutes les cités, mis à part les condamnés pour meurtre, étaient restitués dans leurs droits38. 3 Et celles-ci, lues à la foire d'Olympie en présence de toute la Grèce39, avaient causé de grands troubles, 4 parce que le plus grand nombre avait été chassé de sa patrie non en vertu de lois, mais par la faction des premiers citoyens ; ces derniers craignaient que les hommes rappelés ne deviennent plus puissants qu'eux dans l'état. 5 C'était donc désormais ouvertement que beaucoup de cités grondaient qu'il fallait revendiquer la liberté par la guerre. 6 Cependant les premiers de tous furent les Athéniens et les Étoliens40. 7 Quand cela avait été annoncé à Alexandre, il avait ordonné de commander aux alliés mille navires de guerre, avec lesquels il ferait la guerre en Occident, et il avait été prêt à accourir avec une forte troupe pour détruire Athènes.

8 Donc, après avoir réuni une armée de trente mille hommes et deux cents navires, les Athéniens font la guerre à Antipatros à qui la Grèce était échue par le sort, et comme il refusait le combat, et se protégeait derrière les remparts d'Héraclée41, ils le bloquent par un siège.

9 À la même époque, l'orateur athénien Démosthène, qui, chassé de sa patrie sur l'accusation d'avoir reçu l'or d'Harpage42, avait fui la cruauté d'Alexandre parce qu'il avait poussé la cité à faire la guerre à ce même Alexandre, se trouvait en exil à Mégare. 10 Quand il sut qu'Hypéride avait été envoyé en ambassadeur par les Athéniens afin d'inviter le Péloponnèse à une alliance militaire, il le suivit et, par son éloquence, lia aux Athéniens Sicyone, Argos, Corinthe et les autres cités. 11 Pour ce qu'il avait fait, il est rappelé d'exil par les Athéniens qui envoient un navire à sa rencontre.

12 Entre temps, au siège d'Antipatros, Léosthénès, le chef des Athéniens, est tué par un trait lancé du haut des murs à son passage43. 13 Cela donna tant de cœur à Antipatros qu'il osa même ouvrit le retranchement. 14 Ensuite, il demande du renfort à Léonnatos44 par des envoyés ; à l'annonce qu'il arrivait avec une armée, les Athéniens allèrent au devant de lui avec des troupes sur le pied de guerre45 et là, dans un combat de cavalerie, il est grièvement blessé et meurt46. 15 Bien qu'Antipatros vît ses renforts vaincus, il se réjouit cependant de la mort de Léonnatos, puisqu'il se félicitait de se voir enlevé un rival47 et que ses forces se soient ajoutées aux siennes. 16 Ayant donc aussitôt pris en mains l'armée de Léonnatos, comme il lui paraissait être de force égale avec les ennemis, même au combat, il gagna la Macédoine après avoir rompu le siège.

17 Quant aux troupes des Grecs, elles se dispersèrent vers leurs villes, une fois l'ennemi chassé des territoires de la Grèce48.

Campagnes de Perdiccas en Asie mineure
6,1 Entre temps, Perdiccas, étant entré en guerre contre l'inoffensif Ariarathe, roi de Cappadoce49, fut vainqueur au combat et n'en tira aucun butin sauf des blessures et des dangers ; 2 puisque les ennemis, s'étant repliés dans la ville au sortir de la bataille, incendièrent leurs maisons avec toutes leurs richesses après avoir tué leurs femmes et leurs enfants ; 3 et, y ayant rassemblé aussi leurs esclaves, ils se jettent eux-mêmes dans le feu, afin que l'ennemi vainqueur ne jouisse d'aucun de leurs biens, en dehors du spectacle de l'incendie50.

Intrigues de Perdiccas 4 Ensuite, afin d'ajouter à sa puissance l'autorité royale, il essaye d'obtenir la main de Cléopâtre, sœur d'Alexandre le Grand et un temps épouse de l'autre Alexandre51, sans qu'Olympias, la mère de celle-ci ne rejette sa demande52; 5 cependant, il désirait d'abord se gagner Antipatros sous prétexte d'une alliance. 6 Il feint donc de demander en mariage la fille de ce dernier53, pour obtenir plus facilement de cette façon un complément de recrues venant de Macédoine. 7 Antipatros s'étant douté de la ruse, Perdiccas en recherchant deux épouses en même temps, n'obtint ni l'une ni l'autre.

Perdiccas, aidé d'Eumène, contre les autres diadoques 8 Après cela, la guerre naît entre Antigone54 et Perdiccas. 9 Cratère et Antipatros apportaient leur aide à Antigone et ils mettent Polyperchon à la tête de la Grèce et de la Macédoine après avoir fait la paix avec les Athéniens55. 10 En Cappadoce, Perdiccas, la situation lui échappant, fait participer au conseil sur la direction de la guerre Arrhidée56 et le fils d'Alexandre le Grand57, dont la garde lui avait été confiée. 11 Il convenait à certains de transférer la guerre en Macédoine, près de l'origine même du royaume et de sa capitale, où se trouvait également Olympias, la mère d'Alexandre, 12 qui avait une importance pour les partis qui n'était pas mince et la faveur des citoyens à cause des noms de Philippe et d'Alexandre ; 13 mais pour la circonstance il parut bon de commencer par l'Égypte de peur que, eux partis pour la Macédoine, l'Asie ne fût occupée par Ptolémée58. 14 Aux provinces qu'Eumène avait reçues, s'ajoutent la Paphlagonie, la Carie, la Lycie et la Phrygie59; 15 on lui ordonne d'y attendre Cratère et Antipatros ; on lui donne comme appui le frère de Perdiccas, Alcetas, et Néoptolème avec leurs armées ; 16 la conduite de la flotte est remise à Clitos ; la Cilicie, ôtée à Philotas, est donnée à Philoxène ; Perdiccas lui même gagne l'Égypte avec une immense armée. 17 Ainsi, tandis que les généraux se divisent en deux partis, la Macédoine s'arme contre sa propre chair et elle détourne son glaive du combat contre l'ennemi pour faire couler le sang de ses concitoyens : à l'exemple des fous furieux, elle se dispose à couper elle-même ses mains et ses membres. 18 Mais, en Égypte, Ptolémée préparait de grandes forces avec une activité énergique. 19 Certes, il s'était procuré la faveur des Égyptiens par une remarquable modération, en même temps qu'il s'était gagné les rois voisins par des bienfaits et des témoignages de respect ; 20 d'autre part, il avait agrandi les limites de son empire en ayant acquis la ville de Cyrène et il était désormais devenu si grand qu'il ne redoutait pas autant ses ennemis qu'il n'était lui-même redoutable pour ses ennemis60.

Les origines de Cyrène
7,1 Quant à Cyrène, elle fut fondée par Aristée, nommé Battos parce qu'il avait un frein à la langue61. 2 Alors que son père Grinus, roi de l'île de Théra, honteux d'avoir un fils adolescent qui ne parlait pas encore, était venu au siège de l'oracle de Delphes implorer le dieu, il reçut une réponse de l'oracle : ordre était que son fils Battos gagne l'Afrique et fonde la ville de Cyrène ; là-bas, il recevrait l'usage de la parole. 3 Comme la réponse de l'oracle avait l'air semblable à une moquerie à cause de la stérilité de l'île de Théra, d'où il était ordonné que des colons s'en aillent fonder une ville dans une Afrique au territoire démesuré, on renonça à l'affaire.

4 Puis, après quelque temps, les Théréens sont contraints par une pestilence, comme des rebelles, d'obéir au dieu ; si manifeste fut leur petit nombre qu'ils remplissaient à peine un navire. 5 Alors qu'ils étaient venus en Afrique, ils occupèrent le mont Cyra après en avoir chassé les occupants, à cause du charme de l'endroit et de l'abondance de l'eau de source. 6 C'est là que leur chef, Battos, se mit à parler pour la première fois, le frein de sa langue s'étant dénoué, et cet événement enflamma leurs esprits, une partie déjà des promesses du dieu ayant été éprouvée, pour l'espoir du reste : fonder une ville.

7 Ayant donc établi le camp, ils entendent parler d'une ancienne légende : Cyrène62, une jeune fille d'une beauté extraordinaire, enlevée par Apollon et emportée sur la crête de ce même mont dont ils avaient occupé un épaulement, engrossée par le dieu, avait mis au monde quatre enfants, Nomios, Aristée, Autuchos, Agrée ; 8 les gens envoyés par son père Hypsée, roi de Thessalie, pour rechercher la jeune fille, conquis par l'agrément du lieu, s'étaient installés avec la jeune fille sur ces mêmes terres ; 9 trois des enfants, étant revenus une fois adultes en Thessalie, avaient repris le royaume de leur grand-père ; 10 Aristée avait régné en Arcadie sur un vaste territoire et avait été le premier à enseigner aux hommes à se servir des abeilles et du miel et à faire cailler le lait et le premier à déterminer le lever solsticial du soleil. 11 Après avoir entendu cela, Battos fonda la ville de Cyrène, du nom de la jeune fille, selon la réponse de l'oracle du dieu.

La fin de Perdiccas et de son parti
8,1 Donc, Ptolémée, accru par les forces de cette ville, préparait la guerre pour l'arrivée de Perdiccas. 2 Quant à Perdiccas, c'était plus la haine inspirée par son arrogance que les forces des ennemis qui lui faisait tort, et mêmes ses alliés, qui avaient pris en haine cette arrogance, s'enfuyaient en groupe auprès d'Antipatros. 3 Quant à Néoptolème, laissé pour renforcer Eumène, il voulut non seulement changer de camp, mais encore livrer l'armée de son parti. 4 Comme Eumène s'était douté de la chose, il fut dans la nécessité de livrer bataille au traître. 5 Vaincu, Néoptolème se réfugie auprès d'Antipatros et de Polyperchon63 et les persuade de tomber à marches forcées sur Eumène, joyeux de sa victoire et insouciant à cause de sa fuite. 6 Mais le projet ne fut pas inconnu d'Eumène. Ainsi, le piège ayant été retourné contre ceux qui l'avaient tendu et qui pensaient qu'ils allaient attaquer quelqu'un d'insouciant, le combat se livra contre des gens insouciants en chemin et fatigués par une nuit de veille. 7 Dans cette bataille, Polyperchon64 est tué. 8 Néoptolème, pour sa part, ayant rencontré Eumène, lutta longtemps au corps à corps avec lui, chacun ayant reçu des blessures ; à la fin, vaincu, il succombe. 9 Vainqueur ainsi dans deux combats de suite, Eumène renforça quelque peu son parti, qui avait été affaibli par la défection de ses alliés. 10 À la fin, cependant, Perdiccas ayant été tué65, Eumène est déclaré ennemi public par l'armée, avec Peithon, dit l'Illyrien et Alcetas, frère de Perdiccas, et Antigone est chargé de leur faire la guerre.


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1 "Le monde serait plein de l'odeur de son cadavre", aurait dit l'orateur Démade, cité par Plutarque (Phocion, 22).

2 Cf. supra,
11,9,12-16.

3 En 325 a.C., les sept sômatophylaques sont Perdiccas, Léonnatos, Ptolémée, Lysimaque, Peithon, Aristonios et Peucestas ; cette dignité aulique ne s'accompagne pas obligatoirement d'un commandement effectif.

4 Selon les usages de la monarchie macédonienne, le roi doit appartenir à la dynastie des Argéades, sans être nécessairement le plus proche parent de son prédécesseur. Ce n'est qu'après la mort d'Arrhidée et des enfants d'Alexandre que les diadoques prendront le diadème, la famille royale étant éteinte (cf. infra,
15,2,10-14).

5 Alexandre avait épousé en 327 a.C., en Sogdiane, la princesse Rhoxane, fille d'Ossiartès.

6 Fils de Néoptolème, taxiarque d'une phalange. L'un des commandants de l'aile gauche à Issos.

7 Sur Barsine, cf.
11,10,2.

8 Arridée, qui était un peu plus âgé qu'Alexandre, souffrait d'épilepsie et ne jouissait pas de toutes ses facultés.

9 Selon ce premier partage des responsabilités en attendant, selon l'avis du chiliarque Perdiccas, la naissance de l'enfant de Rhoxane, Cratère, prosta/ths de l'empire, a la tutelle des rois, mais, étant alors en Cilicie, sur le chemin de la Macédoine où il a été envoyé par Alexandre, il ne peut l'exercer effectivement ; Perdiccas a le commandement en chef des troupes, avec le titre d'épimélète (Diodore, 18,2,4) ou de chiliarque (Arrien, Succ. 1), le taxiarque Méléagre commande l'infanterie, Séleucos la cavalerie des e(tai=roi, Cassandre les Hypaspistes ; Antipatros garde la Macédoine et la Grèce.

10 Arrhidée règna sous le nom de Philippe III.

11 Fils d'Andromène, taxiarque, puis triérarque de la flotte indienne en 326.

12 Cf. Diodore, 18,2,2-3.

13 Le récit de Diodore (18,2-3), très peu développé, ne mentionne pas la grossesse de Rhoxane. Arrien (Succ., 1) parlait, comme Justin de la réserve faite au profit d'un éventuel fils postume d'Alexandre.

14 Il était à ce moment en Cilicie, ayant été chargé par Alexandre de ramener les vétérans en Macédoine et d'y remplacer Antipatros (supra,
12,12,9).

15 Erreur de Justin qui a confondu le jeune souverain avec un homonyme, le général Arridée.

16 Justin ne mentionne pas l'exécution de Méléagre, ordonnée par Perdiccas à ce moment.

17 Voir la liste des satrapies chez Diodore (18,3), Curtius (10,10) et Arrien (Succ. , 5-7).

18 Grec de Naucratis, satrape d'Égypte sous Alexandre, exécuté par Ptolémée.

19 Il y avait plusieurs Philotas dans l'entourage d'Alexandre ; on ne sait duquel il s'agit ici.

20 Général mède, commandant à Arbèles, rallié à Alexandre après la mort de Darius ; il donna son nom à la Médie du nord-ouest "Atropatène".

21 Antigone le Borgne (Mono/ftalmos), 381-301.

22 La mention, ici, de Néarque le Crétois, le navarque d'Alexandre, résulte d'une erreur de Justin ; c'est Antigone qui reçut la Lycie et la Pamphylie, avec la Phrygie majeure.

23 Erreur de Justin et de toute la tradition ancienne : le fils d'Antipatros, né c. 358 a.C., qui sera roi de Macédoine de 395 à 297, est alors commandant des Hypaspistes (cf. infra,
§18). Le nom véritable du gouverneur de Carie serait Asandros : son existence est attestée par les inscriptions (Syll.3 311; 320).

24 Il est appelé Méléagre dans les mss de Diodore

25 Sur Lysimaque (361-281), cf. infra,
15,3,1 sq.

26 Eumène de Cardia (362/1-316), avait été le secrétaire des rois Philippe et Alexandre.

27 Seleucos Ier (c. 358/4-281)

28 Diodore donne la même information sur le maintien en place des gouverneurs des satrapies de Haute Asie nommés ou confirmés par Alexandre.

29 Roi indien, nommé Mophis chez Diodore (17,86,4-7) et Omphis chez Curtius (8,12,5).

30 Le père de Rhoxane

31 Compagnon d'Alexandre, satrape des Aréens depuis 329 et de la Drangiane depuis 328.

32 Général d'Alexandre, satrape de Bactriane et Sogdiane à partir de 325. Au partage de Triparadeisos en 321, il reçut la Parthie à la place de la Bactriane. Anticipation de Justin. Assassiné en 318.

33 Satrape de Parthie et d'Hyrcanie sous Darius.

34 Il était satrape depuis 325.

35 Triérarque de la flotte de l'Inde en 325, reçoit la Perside

36 Ancien triérarque de la flottte de l'Inde.

37 La leçon memoria tpi corrigé materia par D, n'a guère de sens : on peut supposer un cs ou un hellénisme de Trogue Pompée sur une forme de mna/omai (se souvenir, mais aussi désirer, ambitionner) et je traduis dans ce sens.

38 Cet édit (dia/gramma), donné à Suse en 324, violait l'autonomie reconnue aux cités grecques de la ligue de Corinthe.

39 Nicanor de Stagire, fils adoptif d'Aristote, donna lecture de la lettre du roi aux Jeux olympiques de 324 (cf. Diodore, 18,8,34).

40 En 323, les Athéniens refusent d'abandonner leur clérouquie de Samos et commencent la guerre sous la conduite de l'orateur Hypéride et du stratège Léosthenès, chef d'une troupe de mercenaires ; leurs alliés étaient les Étoliens qui refusaient de rendre Œniades à ses habitants, les Phocidiens et les Locridiens.

41 En fait, Antipatros fut battu à Héraclée de Thessalie et assiégé dans Lamia, d'où le nom de "guerre Lamiaque", comme le dit le prologue, ce qui montre que Justin a abrégé sauvagement et confondu les deux villes.

42 Erreur de Justin pour Harpale : le trésorier d'Alexandre était arrivé à Athènes avec six mille mercenaires et sept cent talents ; après que les Athéniens eurent longtemps hésité sur la conduite à suivre, Harpale fut emprisonné et son trésor remis à l'Aréopage. On ne trouva alors que trois cent cinquante talents et Harpale, mal surveillé, s'étant enfui en Crète, Démade et Démosthène, accusés de corruption passive furent condamnés. Démosthène s'exila à Égine, puis à Trézène.

43 Cf. l'éloge du statège d'Athènes par Hypéride (Oraison funèbre, 10-19).

44 Le satrape de Phrygie mineure “hellespontique”, cf. supra,
13,4,16.

45 Le statège Antiphilos avait remplacé Léosthénès

46 Printemps 322 a.C.

47 Pour se rallier Léonnatos, Antipatros lui avait proposé la main d'une de ses filles, mais le jeune stratège semblait préférer une alliance matrimoniale avec la fille d'Olympias, Cléopâtre, ce qui le faisait soupçonner de visées personnelles sur la royauté en Macédoine.

48 Justin ne parle pas de la fin de la guerre lamiaque et de l'arrivée de Cratère, venu de Cilicie ; les Athéniens perdirent la bataille navale d'Évétion, près d’Amorgos (été 322 a.C.), Antipatros battit à Crannon en Thessalie les Athéniens et leurs alliés (août 322) et imposa à Athènes une paix sans condition, en même temps que l'abolition de la démocratie et une garnison macédonienne à Munychie ; Démosthène se suicida à Calauria et Hypéride fut exécuté.

49 La Cappadoce faisait partie du lot d'Eumène mais était en réalité aux mains d'Ariarathe, un ancien satrape de Darius, qu'Alexandre avait laissé en place. Trogue-Pompée (
Prol. ) rapportait sa mort (crucifié, cf. Diodore, 18,16,3), Justin a sauté l'épisode.

50 Ce topos est traité par Diodore (18,22,4-6) à propos de la cité d'Isaura palaia en Pisidie, prise après la guerre contre Ariarathe. Justin a amalgamé des éléments des deux campagnes.

51 Alexandre le Molosse, tué pendant sa campagne du Bruttium en 331/0 (cf. supra,
12,2).

52 En fait, Olympias, par haine d'Antipatros, essayait d'obtenir de Perdiccas qu'il vienne en Macédoine, transfère à Ægées le corps d'Alexandre, et épouse Cléopâtre. Ensuite, les princesses ne veulent plus de cette union parce que Perdiccas a trop attendu.

53 Antipatros avait trois filles, Nicæa, Phila et Eurydice ; la première devait épouser Perdiccas, les deux autres Cratère et Ptolémée.

54 Antigone a refusé d'aider Eumène de Cardia à prendre le contrôle de la Cappadoce et de rendre compte à Perdiccas de l'administration de sa satrapie de Lycie ; il s'enfuit en Macédoine auprès d'Antipatros et de Cratère, alors occupés par la guerre Lamiaque.

55 Cf. supra,
13,5,17 et la n. ad loc.

56 Le roi était fiancé à la nièce d'Alexandre, Adea Eurydice, fille d'Amyntas IV et de Cynanè (la fille de Philippe) ; Perdiccas fit tuer Cynanè, mais fut obligé par les soldats d'accepter le mariage d'Arrhidée et d'Eurydice.

57 Alexandre IV, le fils de Rhoxane (323-310 a.C.).

58 Ptolémée s'était emparé du corps d'Alexandre et l'avait transporté en Égypte ; voir la description du cortège et du tombeau dans Diodore, 18,26-28.

59 Eumène avait déjà la Paphlagonie et la Cappadoce que Perdiccas avait conquise ; les autres satrapies faisaient partie du lot d'Antigone.

60 Ptolémée arrive en Égypte en automne 323, fait exécuter Cléomène, qui était haï des Égyptiens à cause de ses multiples exactions, et envoie son ami Ophélas s'emparer de Cyrène, tenue par le spartiate Thimbron contre une partie de ses habitants.

61 Cf. battari/zw (bredouiller, bégayer), battolo/gos (qui bredouille ou qui bavarde).

62 La nymphe thessalienne Cyrène (Kurh/nh), fille du roi des Lapithes Hypsée, descendante par son père d'Océan et de Gaia.

63 Erreur de Justin pour Cratère.

64 En fait, il s'agit toujours de Cratère qui fut tué au cours d'une bataille contre Eumène, livrée en Asie mineure ; Polyperchon, pour sa part, est mort vers 302 a.C..

65 Perdiccas fut assassiné en 321 en Égypte par un groupe d'officiers, mené par Antigénès, dont faisait partie Seleucos. Antipatros († 319 a.C.) devint régent au partage de Triparadeisos (321 a.C.), dont Justin ne parle pas.


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