La fin d'Olympias
6,1 Cependant, Olympias ne régna pas longtemps. En effet, alors qu'elle s'était livrée à l'aventure au massacre des princes24, d'une manière qui était plus féminine que royale, elle fit tourner en haine la faveur dont elle jouissait.
2 C'est pourquoi, après avoir entendu parler de l'arrivée de Cassandre, se défiant des Macédoniens, elle se rendit dans la ville de Pydna avec sa bru Rhoxane et son petit-fils Hercule25. 3 Deidamia, fille du roi Éacide, et sa belle-fille Thessalonicè26, elle-même illustre par le nom de son père Philippe, ainsi que beaucoup d'autres épouses princières, troupe plus brillante qu'utile, furent ses compagnes de route. 4 Comme ces choses avaient été annoncées à Cassandre, aussitôt il vint à Pydna à marches forcées et mit le siège devant la ville. 5 Alors qu'Olympias était pressée par la faim et le fer, lassée par la longueur du siège, elle se livra au vainqueur après avoir stipulé qu'elle serait saine et sauve.
6 Cependant, Cassandre ayant appelé les citoyens à une assemblée, dans l'idée de leur demander ce qu'ils voulaient que l'on fasse à propos d'Olympias, suborne les parents de ses victimes pour que, en vêtements de deuil, ils se portent accusateurs de la cruauté de la femme. 7 Enflammés par ceux-ci, les Macédoniens décident, sans égard à son ancienne dignité royale, qu'il faut tuer Olympias, 8 oublieux à coup sûr que grâce à son fils et à son époux ils vivaient non seulement eux-mêmes en sécurité au milieu de leurs voisins, mais qu'ils avaient de plus acquis tant de richesses ainsi que l'empire du monde entier.
9 Mais quand Olympias les voit, résolus, venir vers elle en armes, elle avance d'elle même à leur rencontre, en vêtements royaux, appuyée sur deux suivantes. 10 À sa vue, les assassins s'arrêtent stupéfiés par le sort de la dignité royale antérieure, en même temps qu'affluent à leur mémoire les noms de tant de leurs rois qu'elle représente, 11 jusqu'à ce que soient envoyés par Cassandre ceux qui allaient percer de coups Olympias, qui ne fuit pas le glaive et ne hurle pas sous les blessures ou comme une femme, mais succombe à la mort à la manière des hommes courageux au nom de la gloire d'une ancienne lignée, afin que l'on puisse reconnaître aussi Alexandre dans sa mère qui meurt. 12 On dit qu'en expirant, elle disposa sa chevelure au-dessus d'elle et entoura ses jambes de sa robe afin que sur son cadavre on ne puisse voir quelque chose d'indécent.
13 Après cela, Cassandre prit pour épouse Thessalonicè, la fille du roi Arrhidée27; il envoie le fils d'Alexandre avec sa mère dans la citadelle d'Amphipolis pour y être gardés.
1 Cf. supra, 13,8,9.
2 Ces événements se passent en 320 a.C., dans le nord-ouest de l'Asie mineure.
3 Cléopâtre, sœur germaine d'Alexandre le Grand, s'était installée l'année précédente (321 a.C.) à Sardes (cf. supra, 13,6,4 et la note ad loc.).
4 Elle était mise à prix pour cent talents d'après Plutarque (Eum. 8,6).
5 Bataille d'Orcynii au début de 319 a.C. Eumène se réfugia à Nora, une forteresse sur le Taurus, à la frontière de la Cappadoce et de la Lycaonie (cf. Nepos, Eum., 3-7 et Plutarque, Eum., 18).
6 Le chef de l'ambassade (Diodore, 18,42,1) était l'ancien archiviste d'Alexandre, Hiéronymos de Cardia (c.350-260), compatriote et historiographe d'Eumène, puis d'Antigone.
7 Le siège dura un an. Pendant ce temps, Antipatros était mort, ce qui changeait les données du problème : Cassandre entra en lutte contre le successeur désigné par son père Antipatros, le vieux Polyperchon, qui s'allia à Eumène.
8 Cf. supra, 12,7,5. Les Argyraspides étaient commis à la garde du trésor royal en Cilicie ; Polyperchon leur avait ordonné par lettre d'obéir à Eumène (cf. Diodore, 18, 57-58).
9 Justin a sauté le récit des deux ou trois ans qu'a duré le conflit, depuis 318.
10 Justin résume dans cette phrase un long développement de Trogue Pompée qui devait raconter, entre autres péripéties, la prise du camp des Argyraspides.
11 Bataille de Gabiène en 316/5.
12 Cf. supra, 13,8,10.
13 Allusion à la sédition de Triparadeisos de 321, suscitée par Eurydice, femme d'Arridée (cf. Diodore, 18,39,3-4 ; Arrien, Succ. (FgrHist. 156 F 9 par. 33).
14 Ce long discours est en style direct, ce qui est exceptionnel chez Trogue Pompée qui condamne ce procédé d'écriture (cf. infra, 38,3,11). Plutarque (Eum. 17) met dans la bouche d'Eumène un discours différent, autre exposé rhétorique de la situation désespérée du diadoque.
15 Justin passe sous silence le fait qu'Antigone fit exécuter Eumène (cf. Nepos, Eum., 12 ; Diodore, 19, 44).
16 Cf. supra, 13,6,10 et la note ad loc.
17 Selon Diodore (18,58,2-4), il lui aurait écrit de rentrer en Macédoine et promis la co-régence des rois. Olympias aurait consulté Eumène qui lui aurait répondu de rester en Épire.
18 Notons cet emploi du verbe scribere suivi du subj. sans ut, comme chez César.
19 Justin l'avait fait disparaître prématurément en le confondant avec Cratère (cf. supra, 13,8,7).
20 Au printemps 317, Eurydice se gagne Cassandre, qui avait espéré succéder à son père Antipatros ( 319) comme stratège d'Europe et épimélète du roi, mais Antipatros avait désigné avant de mourir Polyperchon.
21 Entre autres, Athènes qui doit se doter d'une constitution oligarchique en 318/7, sous l'autorité de Dèmètrios de Phalère.
22 Le roi, père de Pyrrhos, était le cousin et le beau-frère d'Olympias.
23 Automne 317 a.C. Philippe III Arrhidée régnait, au moins nominalement, depuis la mort d'Alexandre en 323 a.C..
24 Olympias fit tuer, entre autres, Nicanor, le frère de Cassandre (Diodore, 19,11).
25 Hercule est le nom du fils de Barsine ; le fils de Rhoxane est Alexandre IV.
26 Fille de Philippe II et de Nicésipolis
27 La princesse n'est pas la fille d'Arridée (Philippe III), mais celle de Philippe II et de Nikèsipolis ; c'est la sœur consanguine d'Alexandre et ce mariage rapproche Cassandre de la dynastie argéade.