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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XVII

Les diadoques et les épigones. Pyrrhos (284-281 a.C.), La fin du règne de Lysimaque, 1,1—Fin des derniers diadoques : Lysimaque et Séleucos 1,7—Les intrigues de Ptolémée Kéraunos 2,6—Les origines du royaume d'Épire, 3,1.


1 2 3

La fin du règne de Lysimaque 1,1 Vers la même époque, à peu près, il y eut un tremblement de terre dans les régions de l'Hellespont et de la Chersonèse ; 2 en fait, la principale destruction fut celle de la ville de Lysimachia1, fondée par Lysimaque vingt-deux ans auparavant.

3 Ce présage annonçait des choses terrifiantes pour Lysimaque et sa lignée, ainsi que la ruine du royaume2 avec le désastre des régions atteintes. 4 Et créance ne manqua pas aux prodiges car, peu après, il fit empoisonner son fils Agathocle3, qu'il avait prévu pour assurer sa succession et grâce auquel il avait fait beaucoup de guerres avec succès, en se servant d'Arsinoé4, la belle mère de ce dernier : il le détestait non seulement en passant les bornes paternelles mais encore au-delà des bornes humaines.

5 Ce fut pour lui la première attaque du malheur5, ce fut le début de la ruine qui le menaçait ! 6 En effet, le meurtre des princes suivit le parricide : ils subirent des supplices parce qu'ils pleuraient le jeune homme assassiné.

Fin des derniers diadoques : Lysimaque et Séleucos 7 C'est pourquoi ceux qui avaient survécu aux meurtres6 ainsi que ceux qui étaient à la tête des armées font défection à l'envi vers Séleucos 8 et le poussent à déclarer la guerre à Lysimaque, alors qu'il y était déjà enclin par rivalité de gloire.

9 Ce fut le dernier combat des compagnons d'armes d'Alexandre et comme un couple réservé en exemple des hasards la fortune. 10 Lysimaque avait soixante-quatorze ans, Séleucos soixante-dix-sept. 11 Cependant, à cet âge, ils étaient tous deux jeunes de cœur et avaient une insatiable avidité de pouvoir, 12 puisque, alors qu'ils possédaient à eux deux seuls le monde entier, il leur semblait être enfermés entre des bornes étroites, et ils estimaient la fin de leur vie non pas d'après le cours des années, mais d'après le terme de leur pouvoir.

2,1 Dans cette guerre7, Lysimaque, qui avait auparavant perdu quinze enfants dans des malheurs variés, mourant, non sans énergie, le dernier de sa maison, atteignit le comble de la ruine. 2 Séleucos, joyeux d'une si grande victoire, et — ce qu'il pense être plus grand que la victoire — de rester le seul de la cohorte d'Alexandre, et de se dresser, vainqueur des vainqueurs, se glorifie que ce n'est pas une œuvre humaine, mais un présent des dieux, 3 ignorant à coup sûr qu'il allait lui-même donner peu après un exemple de la fragilité humaine.

4 De fait, au bout d'environ sept mois, il est tué, pris dans une embuscade par Ptolémée8 dont Lysimaque avait eu la sœur en mariage9, 5 et il perd en même temps que la vie le royaume de Macédoine qu'il avait arraché à Lysimaque.

Les intrigues de Ptolémée Kéraunos 6 Donc, alors que Ptolémée cherchait à se gagner le peuple en faveur de la mémoire de son père Ptolémée le Grand et en faveur de la vengeance sur Lysimaque, il décida d'abord de se concilier les fils de Lysimaque 7 et il chercha à épouser Arsinoé, sa propre sœur et leur mère, ayant promis d'adopter les enfants10, 8 afin que, puisqu'il avait recueilli la succession à la place de leur père, ils n'osent rien machiner contre lui, soit par respect pour leur mère, soit à cause de l'appellation de père.

9 Il pria aussi par lettre son frère, le roi d'Égypte11 de s'entendre avec lui, l'assurant qu'il avait oublié l'offense qu'il lui avait faite en lui enlevant le royaume paternel, et qu'il ne réclamerait pas davantage à son frère que ce dont il s'était plus honorablement emparé aux dépens de l'ennemi de leur père, 10 et il lui adresse toute espèce de flatteries, afin qu'un troisième ennemi ne vienne s'ajouter contre lui à Antigone12, le fils de Démétrios, et à Antiochos13, le fils de Séleucos, avec lesquels il allait avoir la guerre.

11 Et Pyrrhos n'avait pas été négligé non plus, d'un immense poids dans l'avenir selon qu'il s'associerait à l'un ou l'autre parti, lui qui, désireux également lui-même de dépouiller les uns et les autres, se vendait régulièrement à tous les partis. 13 Et ainsi, disposé à apporter son aide aux Tarentins contre les Romains14, il demanda en prêt à Antigone des navires pour transporter son armée en Italie, et de l'argent à Antiochos qui était mieux pourvu de richesses que de soldats. 14 Cependant Ptolémée, qui ne pouvait atermoyer en arguant de la faiblesse de ses troupes, prêta cinq mille fantassins, quatre mille cavaliers et cinquante éléphants pour deux ans, au plus. 15 Devant cela, Pyrrhos, ayant reçu en mariage la fille de Ptolémée15, laissa ce dernier comme gardien de son royaume16, après avoir traité avec tous ses voisins afin de ne pas laisser en proie aux ennemis son royaume, dont il avait emmené tous les jeunes gens en Italie.

Les origines du royaume d'Épire
3,1 Mais puisqu'on en est arrivé à mentionner l'Épire, il faut raconter quelques faits sur l'origine du royaume. 2 Il y eut d'abord dans cette région le royaume des Molosses.

3 Ensuite, Pyrrhos, le fils d'Achille s'installa en ces lieux après avoir perdu le royaume paternel par suite de son absence à l'époque de la guerre de Troie17:

et ils18 furent appelés d'abord Pyrrhides, puis Épirotes.

4 Or, comme Pyrrhos était venu au temple de Jupiter de Dodone pour consulter l'oracle, il y enleva Lanassa, nièce d'Hercule : de ce mariage, il eut huit enfants, 5 parmi ceux-ci, quelques jeunes filles qu'il donna en mariage à des voisins et il se ménagea de grandes ressources par le biais de ces alliances. 6 Il donna aussi à Hélénos, fils du roi Priam, en raison de son habileté rare19, le royaume de Chaonie ainsi que sa femme Andromaque, la veuve d'Hector, qu'il avait reçue dans le partage du butin de Troie 7 et, peu de temps après, il périt à Delphes au milieu des autels du dieu, sous les coups d'Oreste, le fils d'Agamemnon20.

8 Son successeur fut son fils Pialès, 9 puis, selon l'ordre successoral, le royaume descendit à Tharybas21 10 à qui, parce que mineur et l'unique survivant d'une noble famille, des tuteurs sont constitués par le soin très vigilant de tous pour le protéger et l'élever officiellement. 11 On l'envoya aussi à Athènes pour le dégrossir. Autant il fut plus savant que ses ancêtres, autant il fut plus en faveur auprès du peuple. 12 C'est pourquoi il fut le premier à instituer des lois, un sénat, des magistratures annuelles et la république, et de même qu'une installation plus civilisée avait été décidée par Pyrrhos, de même une vie plus civilisée le fut par Tharybas.

14 Son fils fut Néoptolème22, duquel naquirent la mère d'Alexandre le Grand, Olympias, 15 et Alexandre23, qui après lui tint le royaume d'Épire et périt en Italie au cours de la guerre contre les Bruttiens.

16 Après la mort de ce dernier, son frère Éacide lui succéda sur le trône24; en épuisant le peuple dans les combats incessants des guerres contre les Macédoniens, il s'attira la défaveur des citoyens 17 et envoyé en exil pour cette raison, il laissa sur le trône son fils Pyrrhos, un bébé de deux ans à peine25. 18 Alors qu'on le recherchait pour le tuer par haine de son père, il fut enlevé en cachette et apporté chez les Illyriens26; 19 il fut remis pour être élevé à Béroè, l'épouse du roi Glaucias27, qui était aussi elle-même de la famille des Éacides. 20 Soit qu'il eut pris pitié de son sort, soit qu'il eut été séduit par la gentillesse du bébé, le roi l'y protégea longtemps contre Cassandre, le roi de Macédoine, qui le réclamait sous menace d'une guerre ; il l'aida aussi en lui rendant le service de l'adopter.

21 Les Épirotes, émus par ces faits, changèrent leur haine en miséricorde et le rappelèrent dans le royaume quand il avait onze ans28; ils lui donnèrent des tuteurs pour veiller au royaume jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge adulte. 22 Ensuite, adolescent, il fit beaucoup de guerres et, du fait du succès de ses entreprises, il commença à être jugé si grand qu'il paraissait le seul à pouvoir défendre les Tarentins contre les Romains29.


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1 Sur la côte sud du golfe de Saros.

2 Lysimaque avait annexé toute la Macédoine en 285 a.C. (cf. supra,
16,3,2).

3 En 284/3 a.C.

4 Arsinoé II, fille de Ptolémée Ier et de Bérénice. À propos du rôle d'Arsinoé dans le meurtre de son beau-fils, cf. Pausanias, 1,10,3-5.

5 Citation de Virgile, Aen. 2,97-8.

6 Lysandra (veuve d'Agathocle), ses enfants, ses frères, Ptolémée Kéraunos et Alexandre (fils de Lysimaque et d'une concubine), se réfugient chez Séleucos.

7 Séleucos envahit l'Asie mineure en 282 a.C. La bataille décisive, où Lysimaque trouva la mort eut lieu à Kouropédion, près de Sardes, l'année suivante.

8 En août-sept 281, Séleucos, en chemin pour se faire proclamer roi de Macédoine, est assassiné à Lysimacheia par Ptolémée Kéraunos, le fils d'Eurydice. Ptolémée se fit acclamer roi de Macédoine par l'armée de Lysimaque.

9 Arsinoé II, la sœur consanguine de Ptolémée Kéraunos et la sœur germaine de Ptolémée Philadelphe, qu'elle épousera plus tard.

10 Arsinoé II avait eu trois fils de Lysimaque : Ptolémée, Lysimaque et Philippe.

11 Ptolémée II Philadelphe.

12 Antigone Gonatas, le futur roi de Macédoine (276-239 a.C.).

13 Antiochos Ier Sôter, qui avait été investi par son père de la régence sur les satrapies à l'est du Tigre, avec Séleucie pour capitale.

14 Appelé au secours par les Tarentins en 281 a.C., entre la mort de Lysimaque et celle de Séleucos, Pyrrhos débarqua l'année suivante en Italie.

15 Plutarque (Pyr. 9), qui énumère les épouses de Pyrrhos, ne mentionne pas ce mariage ; selon lui, Pyrrhos avait épousé successivement Antigonè, fille de Bérénice (épouse de Ptolémée) et du premier mari de Bérénice, Philippe, un Macédonien inconnu par ailleurs, qui mourut peu après la naissance de son fils Ptolémée, puis une princesse péonienne, dont le nom est inconnu ; ensuite Pyrrhos épousa Lanassa, fille d'Agathocle de Syracuse, qui le quitta en 290 pour épouser Dèmètrios : elle fut la mère d'Alexandre. En dernier lieu, Pyrrhos s'unit à Bircenna, la fille de Bardyllis, roi des Illyriens, qui fut la mère d'Hélénos, le plus jeune fils du roi.

16 Plus loin, Justin dit que Pyrrhos laissa la garde de son royaume à son propre fils Ptolémée (18,1,3) ; l'homonymie est la cause de la confusion faite ici.

17 Appelé aussi Néoptolème, il régnait sur Phtia en Thessalie. Le surnom Pyrrhos (le Roux) rappelle que l'enfant, fils de Déidamie, la fille de Lycomède, fut engendré par Achille, au temps où, caché dans le harem du roi sous des habits féminins, il était appelé Pyrrha. Après la prise de Troie Pyrrhos tua Astyanax et prit Andromaque pour concubine ; il en eut trois enfants, ce qui suscita la jalousie d'Hermione, sa femme légitime. Pélée, le père d'Achille, s'était fait enlever son royaume par Acaste.

18 Le relatif de liaison qui n'a pas d'antécédent identifiable : les lieux ? les rois? les habitants ? ce qui indique que Justin a procédé ici à une coupure sans grand soin dans le texte de Trogue Pompée.

19 Hélénos, le célèbre devin (Cic. Diuin. 1,89).

20 Oreste avait été fiancé, ou marié, à sa cousine Hermione avant que Ménélas ne donne sa fille au fils d'Achille, Pyrrhos-Néoptolème. Après avoir tué ce dernier, Oreste épousa Hermione, qui lui donna un fils, Tisaménos, qui fut, selon la légende, roi de Sparte et d'Argos

21 On connaît par Thucydide (2,80,6) un Qaru/pas roi des Molosses et de l'Atintanie (430-c.390). Voir la généalogie, un peu différente, donnée par Plutarque au début de la Vie de Pyrrhos, qui est la meilleure source sur la vie du roi.

22 Justin, en abrégeant, a sauté une génération, c'est le fils de Tharybas (ou Tharypas), Alcetas, qui fut le père de Néoptolème.

23 Alexandre le Molosse, cf. supra
12,1-2.

24 Éacide était le cousin d'Alexandre le Molosse († 330).

25 En 317 a.C. Éacide, allié à Polyperchon contre Cassandre, avait aidé Olympias à revenir en Macédoine. chassé par Cassandre, il s'enfuit en Étolie. Pyrrhos, né en 319, avait alors effectivement deux ans.

26 Voir Plutarque, Pyr. 3.

27 Glaucias était roi des Taulantins.

28 En 307 a.C., après le meurtre de son oncle d'Alcétas, roi depuis 312, par ses sujets.

29 Il est vrai que Pyrrhos a été considéré par les Anciens comme le plus grand général après Alexandre, mais ce stratège et tacticien remarquable n'a jamais remporté que des succès sans lendemains et il avait perdu, à l'époque, la Macédoine et la Thessalie. Son rêve de reconstituer l'empire d'Alexandre, en s'assurant d'abord de l'hégémonie sur la Méditerranée occidentale l'entraîne en Italie et en Sicile, où il ne pourra pas se maintenir.


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