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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre II

De l'histoire des Scythes aux guerres médiques, Illustration des Scythes, 1,1—Controverse sur l'ancienneté relative des Scythes et des Égyptiens 1,5—Localisation de la Scythie, 2,1—Mœurs des Scythes 2,3—Les exploits des Scythes, 3,1—La guerre contre Vezosis, 3,8—Origine des Amazones, 4,1—Les premiéres reines guerrières 4,12—Hercule et les Amazones 4,17—Orithyia, 4, 26—De la guerre de Troie à Alexandre le Grand, 4,31—Une révolte servile ?, 5,1—Expédition de Darius en Scythie, 5,8—Guerres de Darius, 5,12—Origines des Athéniens, 6,1—Les rois des Athéniens, 6,7—Solon, 7,4—Pisistrate, 8,1—Chute de la tyrannie à Athènes, 9,1—La premiére guerre médique, 8—La succession de Darius, 10,1—Histoire de Démarate, 10,12—La seconde guerre médique, 10,18—Léonidas aux Thermopyles 11,1—Thémistocle et la bataille de Salamine, 12,1—Retraite de Xerxès, 13,1—Campagne de Mardonios : Platées, 14,1—Bataille du cap Mycale 14,7—Thémistocle et les Spartiates, 15,1—Ambition et ruine de Pausanias 15, 13—Campagnes de Cimon, 15,17.


1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15

Illustration des Scythes 1,1 Dans le récit des actions d'éclat des Scythes1 qui furent assez amples et magnifiques, il faut prendre leur origine comme point de départ. 2 Ils n'eurent pas, en effet, des commencements moins illustres que ne le fut leur empire, et ils ne brillèrent pas plus par la valeur des hommes que par celle des femmes, 3 puisqu'ils fondèrent eux-mêmes les royaumes parthes2 et bactriens3, et leurs femmes celui des Amazones4, 4 si bien qu'à considérer les actions d'éclat des hommes et des femmes, on ne sait lequel des deux sexes s'illustra le plus chez eux.

Controverse sur l'ancienneté relative des Scythes et des Égyptiens 5 Le peuple scythe a toujours été tenu pour le plus ancien, bien qu'il y eût longtemps une contestation au sujet de l'ancienneté de la race entre les Scythes et les Égyptiens5 : 6 selon l'argument des Égyptiens, alors qu'au commencement, certaines terres brûlaient à cause de la chaleur excessive du soleil, d'autres gelaient sous la cruauté du froid, si bien que non seulement elles ne pouvaient, les premières, engendrer les hommes, mais qu'elles ne pouvaient même pas accueillir et abriter des gens venus d'ailleurs, avant que les vêtements ne fussent inventés contre la chaleur et le froid, ou encore que les inconvénients régionaux ne fussent atténués par des remèdes demandés à la technique, 7 l'Égypte a toujours été tempérée de telle manière que ni les froids hivernaux, ni les ardeurs du soleil estival n'accablent ses habitants, 8 avec un sol à ce point fécond que nulle terre ne fut plus fertile en aliments à l'usage des hommes ; 9 on doit donc considérer légitimement que les hommes sont nés en premier là où ils pouvaient se développer le plus facilement. 10 À l'opposé, les Scythes pensaient que la modération du climat n'était d'aucune valeur comme preuve d'ancienneté, 11 puisque la nature, quand elle différencia pour la première fois des degrés de chaleur et de froid pour les régions, engendra également des êtres vivants, immédiatement adaptés aux lieux, 12 mais aussi diverses espèces d'arbres et de céréales de façon appropriée, selon le climat de la région ; 13 et, autant le climat est plus rude pour les Scythes que pour les Égyptiens, autant leurs corps et leurs tempéraments sont plus résistants. 14 Au reste, s'il y a maintenant des parties du monde, un jour il y eut unité, soit que, à l'origine, les eaux répandues recouvrirent les terres, soit que le feu, qui engendra également le monde, possédât toutes choses6, dans les deux hypothèses les Scythes l'emportent en ancienneté. 15 En effet, si la première possession des choses appartint au feu qui, éteint peu à peu, donna une assise à la terre, aucune partie ne fut, avant la partie septentrionale, mise à l'abri du feu par une rigueur hivernale telle qu'encore maintenant aucune ne gèle davantage sous l'effet des frimas ; 16 au contraire, l'Égypte et l'Orient entier furent tempérés très tard, puisque même maintenant ils brûlent sous la chaleur desséchante du soleil. 17 Si, en revanche, toutes les terres furent jadis submergées par les hautes eaux, à coup sûr toutes les parties les plus élevées furent découvertes en premier par les eaux qui se retiraient, tandis que cette même eau s'attarda très longtemps sur le sol le plus bas ; 18 et d'autant plus tôt chaque partie des terres fut asséchée, d'autant plus tôt elle commença à engendrer des espèces vivantes. 19 Ajoutons que la Scythie est plus élevée que toutes les terres, au point que tous les fleuves qui y sont nés coulent vers le Palus Méotide, puis ensuite vers la mer Pontique et la mer d'Égypte ; 20 pour sa part, l'Égypte, qui a été sauvegardée avec soin et à grands frais par tant de rois et tant de générations et pourvue contre la force des eaux courantes de digues si grandes, entaillée de canaux si nombreux que, quand les eaux sont repoussées par les premières, elles sont recueillies par les seconds, et qui n'a pu néanmoins et ne peut être cultivée si ce n'est en rejetant les eaux du Nil, paraît la dernière sous le rapport de l'ancienneté des hommes, elle qui paraît la plus récente des terres en considération des atterrissements des rois ou du Nil, qui entraîne la boue. 21 Donc, les Scythes ont toujours paru plus anciens que les Égyptiens surclassés par ces arguments.

Localisation de la Scythie
2,1 Or la Scythie, étendue vers l'Orient, est limitée d'un côté par le Pont, de l'autre par les monts Riphées, à l'arrière par l'Asie et le Phase7. 2 Elle s'étend beaucoup en longueur et en largeur.

Mœurs des Scythes 3 Les hommes n'ont pas de frontières entre eux. En effet ils ne travaillent pas la terre, et il n'y a ni maison, ni toit, ni résidence fixe pour ces gens qui font toujours paître leurs troupeaux de gros et petit bétail et qui ont l'habitude d'aller au hasard à travers des steppes incultes. 4 Ils transportent avec eux leurs femmes et leurs enfants dans des chariots qui sont recouverts de peaux contre l'hiver et les pluies, et dont ils usent en guise de maisons. 5 La justice repose sur les dispositions innées du peuple, non sur des lois. 6 Aucun crime, chez eux, n'est plus grave que le vol, puisque que resterait-il au milieu des forêts à des possesseurs de gros et petit bétail qui n'ont ni toit ni enclos, s'il était permis de voler ? 7 Ils ne recherchent absolument pas l'or et l'argent comme le fait le reste des mortels ; 8 ils se nourrissent de lait et de miel ; 9 l'usage de la laine et des vêtements leur est inconnu et, bien qu'ils soient brûlés par les froids incessants, ils utilisent seulement des peaux de bêtes sauvages et de rats. 10 Cette tempérance leur a donné également la probité des mœurs, à eux qui ne convoitent pas le bien d'autrui, puisque là où il y a désir de richesses, il y a aussi usage des richesses 11 — et fasse le ciel qu'il y eût chez le reste des mortels une semblable modération et un semblable désintéressement du bien d'autrui ! 12 à coup sûr, tant de guerres ne se succéderaient pas sur toutes les terres au long de tous les siècles, 13 et le fer et les armes n'enlèveraient pas davantage d'hommes que les aléas naturels du destin ! — 14 si bien qu'il paraît absolument étonnant que la nature ait gratifié les Scythes de ce que les Grecs ne peuvent acquérir par le long enseignement des sages et les préceptes des philosophes, et que les mœurs civilisées sortent vaincues d'une comparaison avec la barbarie inculte. 15 Tant l'ignorance des vices fut plus profitable à ceux-là que la connaissance de la vertu ne le fut pour ceux-ci !8

Les exploits des Scythes
3,1 Ils cherchèrent trois fois à se rendre maîtres de l'Asie9 ; eux-mêmes restèrent continuellement soit à l'abri des attaques d'un empire étranger, soit invaincus. 2 Ils éloignèrent de Scythie, dans une fuite honteuse, le roi des Perses Darius10, 3 ils exterminèrent Cyrus avec toute son armée11, 4 ils détruisirent avec la même efficacité le général d'Alexandre, Zopyrion, avec l'ensemble de ses troupes12. 5 Ils entendirent parler des armes romaines, ils ne les éprouvèrent point. 6 Ils fondèrent eux-mêmes l'empire parthe13 et l'empire de Bactriane. 7 C'est un peuple dur à la peine, farouche à la guerre, d'une force physique démesurée ; ils ne se procurent rien qu'ils craindraient de perdre ; vainqueurs, ils ne désirent rien en dehors de la gloire.

La guerre contre Vezosis 8 Le roi égyptien Vezosis14 fut le premier à déclarer la guerre aux Scythes, après avoir envoyé d'abord des ambassadeurs pour notifier aux ennemis l'ordre de se soumettre. 9 Mais les Scythes, qui avaient été déjà auparavant informés de l'approche du roi par leurs voisins, répondent aux ambassadeurs 10 que le chef d'un peuple si opulent a pris de façon déraisonnable contre des gens sans ressources l'initiative d'une guerre qu'il aurait plutôt dû redouter dans son pays, 11 du fait que la lutte armée est hasardeuse, le butin de la victoire inexistant, les dommages évidents. 12 En conséquence, les Scythes n'allaient pas l'attendre tandis qu'il viendrait vers eux, alors qu'ils avaient tellement plus de choses à convoiter chez l'ennemi, et ils iraient d'eux-mêmes à la rencontre du butin15. 13 Sitôt dit, sitôt fait : quand le roi eut appris qu'ils venaient avec tant de rapidité, il prend la fuite ; et après avoir abandonné son armée avec tout son appareil de guerre, il se replia tremblant dans son royaume16. 14 Les marais interdirent aux Scythes l'accès de l'Égypte. 15 Ayant rebroussé chemin, ils rendirent tributaire l'Asie après l'avoir soumise ; le tribut imposé fut peu élevé, témoignage de souveraineté plus que butin de victoire. 16 Après s'être attardés quinze ans à pacifier l'Asie, ils sont rappelés par la demande pressante de leurs épouses : elles les prévenaient par des émissaires que, s'ils ne revenaient pas, elles chercheraient à avoir des enfants avec leurs voisins, et qu'elles ne souffriraient pas que la race des Scythes s'éteignît dans l'avenir par la faute des femmes. 17 Pendant mille cinq cents ans, l'Asie leur paya tribut. 18 Le roi des Assyriens, Ninus17, mit fin au versement du tribut.

Origine des Amazones
4,1 Mais entre temps, chez les Scythes, deux jeunes princes royaux, Plynos et Scolopitus, chassés de leur patrie par le parti aristocratique, entraînèrent avec eux une très nombreuse jeunesse : 2 ils s'établirent sur le rivage de Cappadoce18, près du Thermodon et occupèrent les plaines de Thémiscyre après les avoir soumises. 3 Après avoir passé là-bas de nombreuses années à piller leurs voisins, ils sont massacrés dans une embuscade par les populations coalisées. 4 Leurs épouses, voyant leur veuvage s'ajouter à l'exil, prennent les armes et défendent leur territoire, d'abord en en écartant la guerre, puis en la portant chez l'ennemi. 5 Elles renoncèrent aussi à épouser leurs voisins, nommant cela servitude, et non mariage. 6 Exemple unique dans tous les siècles : elles accrurent leur état sans hommes et voici même qu'elles le défendent au mépris des hommes. 7 Et de peur que certaines ne paraissent plus heureuses que d'autres, elles tuent les hommes qui étaient restés chez eux. 8 Elles poursuivent aussi la vengeance du massacre de leurs époux dans la destruction de leurs voisins. 9 Alors, s'étant procuré la paix par les armes, elles s'unissent à leurs voisins pour que la race ne périsse pas. 10 S'ils naissaient des enfants mâles, elles les tuaient. Les fillettes étaient formées, à leur propre manière, non pas à la vie tranquille et au travail de la laine, 11 mais aux armes, à l'équitation, à la chasse, le sein droit des bébés était brûlé pour ne pas gêner le tir des flèches : de là vient qu'elles furent appelées Amazones19.

Les premières reines guerrières 12 Elles eurent deux reines, Martesia20 et Lampeto : après avoir divisé l'armée en deux, célèbres déjà par leur puissance, elles faisaient tour à tour la guerre, défendant en alternance les frontières de leur territoire, 13 et afin que le prestige ne fasse pas défaut à leurs succès, elles proclamaient qu'elles avaient été engendrées par Mars21. 14 Après avoir ainsi soumis la plus grande partie de l'Europe, elles s'emparèrent également d'un certain nombre de cités d'Asie. 15 Après avoir fondé là-bas Éphèse et beaucoup d'autres villes22, elles renvoient chez elles une partie de l'armée avec un immense butin. 16 Les autres, qui étaient restées pour défendre l'empire d'Asie, sont tuées avec la reine Martesia, au cours d'un assaut des barbares.

Hercule et les Amazones 17 Sa fille Orithyia23 lui succéda sur le trône : outre une connaissance unique de l'art de la guerre, la virginité qu'elle sauvegarda toute sa vie suscita une vive fascination. 18 Sa valeur militaire ajouta tant à la gloire et à la réputation des Amazones que le roi à qui Hercule devait douze travaux, lui demanda, comme quelque chose de quasi impossible, de lui apporter les armes de la reine des Amazones24. 19 Donc, parti dans leur direction avec neuf navires de guerres, en compagnie de l'élite de la jeunesse de la Grèce, il les attaque par surprise. 20 Deux sœurs gouvernaient alors le royaume des Amazones : Antiope et Orithyia ; mais Orithyia faisait la guerre à l'extérieur. 21 Donc, quand Hercule aborda le rivage des Amazones, une foule dispersée se trouvait avec la reine Antiope qui ne craignait aucune entreprise ennemie. 22 Il en résulta qu'un petit nombre de femmes, éveillées par le tumulte soudain, prirent les armes et donnèrent aux ennemis une victoire facile. 23 Et ainsi beaucoup furent massacrées et faites prisonnières : parmi ces dernières, les deux sœurs d'Antiope ; Ménalippe25 fut prise par Hercule et Hippolytè, par Thésée. 24 Cependant Thésée, ayant obtenu sa captive en butin, la prit comme épouse et eut d'elle Hippolyte26. 25 Après la victoire, Hercule rendit sa captive Ménalippe à sa sœur et reçut en rançon les armes de la reine, et s'étant ainsi acquitté de l'ordre du roi, il retourne auprès de lui.

Orithyia 26 Mais, quand Orithyia apprend la guerre faite à ses sœurs, et que le ravisseur est le prince des Athéniens, elle exhorte ses compagnes à la vengeance et elle dit que c'est en vain que le golfe du Pont et l'Asie ont été entièrement soumis, s'ils sont ouverts non pas tant aux actions militaires des Grecs qu'à leurs brigandages. 27 Elle demande de l'aide à Sagylos, le roi de Scythie : elle dit son origine scythe, le massacre des hommes, l'obligation de prendre les armes, les motifs de la guerre, et qu'elles avaient obtenu par leur valeur militaire que les Scythes ne paraissent pas avoir des femmes moins entreprenantes que les hommes. 28 Le roi, ému de gloire patriotique, envoie à l'aide son fils Panasagoros avec une immense cavalerie. 29 Mais, avant la bataille, naquit un différend ; les Amazones, abandonnées par leurs auxiliaires, sont vaincues au combat par les Athéniens. 30 Elles trouvèrent cependant refuge dans le camp de leurs alliés, grâce au secours desquels elles reviennent dans leur royaume sans être molestées par d'autres peuples.

De la guerre de Troie à Alexandre le Grand 31 Penthésilée fut en possession du trône après Orithyia ; pendant la guerre de Troie, elle donna beaucoup de preuves de sa valeur militaire au milieu des hommes les plus courageux, alors qu'elle apportait son aide contre les Grecs. 32 Ensuite, Penthésilée ayant été tuée27 et son armée anéantie, le petit nombre de femmes qui était resté dans le royaume se maintint jusqu'à l'époque d'Alexandre le Grand, en se défendant péniblement contre leurs voisins. 33 Leur reine Minithyia, appelée aussi Thalestris, ayant réussi à partager la couche d'Alexandre pendant treize jours pour qu'il lui fasse un enfant28, périt peu de temps après être revenue dans son royaume, et avec elle périt toute la puissance des Amazones.

Une révolte servile ?
5,1 Quant aux Scythes, alors qu'au cours de leur troisième expédition en Asie29 ils avaient été loin de leurs femmes et de leurs enfants pendant huit ans, ils sont accueillis chez eux par une guerre servile. 2 De fait, leurs épouses, lassées d'avoir longtemps espéré leurs maris, et estimant qu'ils n'étaient pas retenus par la guerre, mais qu'ils avaient été anéantis, épousent les esclaves qui avaient été laissés à la garde des troupeaux, 3 et ceux-ci, en armes, interdisent le territoire à leurs maîtres, revenus avec la victoire, comme s'il s'agissait d'immigrants. 4 Alors que les victoires se partageaient, les Scythes s'avisent de changer leur manière de combattre, en se rappelant qu'ils ne devaient pas combattre des ennemis, mais des esclaves, et qu'ils n'avaient pas à vaincre selon le droit de la guerre, mais selon le droit du maître : c'était des triques qu'il fallait apporter au front, non des armes et, après avoir renoncé à l'épée, il fallait préparer des verges, des fouets et les autres instruments qui inspirent la crainte aux esclaves. 5 L'idée ayant été approuvée, tous s'équipèrent comme il avait été prescrit ; après qu'ils furent arrivés au contact de l'ennemi, ils brandirent les triques contre les esclaves pris à l'improviste, et ils les bouleversèrent au point que ceux qu'ils n'avaient pu vaincre par l'épée, ils les vainquirent par la peur de la trique : ils ne prirent pas la fuite comme des ennemis vaincus, mais comme des esclaves fugitifs. 6 Tous ceux qu'ils purent attraper furent suppliciés sur la croix. 7 Quant aux femmes, qui se rendaient compte qu'elles avaient mal agi, elles mirent fin à leur vie, certaines par le fer, les autres en se pendant30.

Expédition de Darius en Scythie 8 Après cela, la paix régna chez les Scythes jusqu'à l'époque du roi Ianthyros31. 9 C'est à lui que le roi des Perses Darius, comme on l'a dit plus haut, déclara la guerre alors qu'il n'avait pas obtenu sa fille en mariage32, 10 et il attaqua la Scythie avec sept cent mille hommes en armes ; comme l'ennemi ne lui donnait pas la possibilité de livrer bataille, redoutant que la route du retour ne lui soit coupée une fois rompu le pont sur le Danube, il fit retraite en tremblant après avoir perdu quatre-vingt mille hommes33 ; 11 ce sacrifice ne fut pas mis au nombre des pertes, étant donné l'abondance des effectifs.

Guerres de Darius 12 Après cela, Darius soumit l'Asie34 et la Macédoine. Il l'emporte aussi sur les Ioniens en combat naval35. 13 Ensuite, ayant eu connaissance du fait que les Athéniens avaient apporté de l'aide aux Ioniens contre lui, il retourne contre eux toute la violence de la guerre.

Origines des Athéniens
6,1 Puisqu'on en est maintenant arrivé aux guerres des Athéniens, qui furent menées jusqu'au bout en outrepassant non seulement le résultat escompté, mais la foi qu'on peut ajouter à leur récit, et puisque les œuvres des Athéniens produisirent des résultats plus importants que ce qu'ils avaient souhaité, il faut revenir en peu de mots sur l'origine de la ville, 2 parce que, aussi, contrairement aux autres peuples, les Athéniens ne parvinrent pas au faîte de la puissance à partir d'humbles commencements. 3 Ils sont en effet les seuls à tirer gloire aussi de leur origine en plus de leur développement ; 4 puisque ce ne sont pas des immigrants, ni un ramassis de populations, collecté çà et là, qui a été à l'origine de la ville, mais au contraire des gens nés sur le même sol qu'ils habitent, et le lieu d'origine est le même pour eux que celui de leur établissement36.

5 Les premiers, ils apprirent à utiliser le travail de la laine, l'huile et le vin. De même, ils montrèrent à ceux qui se nourrissaient de glands à labourer et à semer les céréales. 6 À la vérité, les belles-lettres, l'art de la parole, et l'organisation civique actuelle ont Athènes comme sanctuaire.

Les rois des Athéniens 7 Avant l'époque de Deucalion37, les Athéniens eurent pour roi Cécrops dont ils racontèrent qu'il avait une double forme38 — toute l'histoire antique est pleine de fables — parce que le premier, il unit en mariage un homme à une femme. 8 Son successeur fut Cranaos, dont la fille, Atthis, donna son nom à la région. 9 Après lui régna Amphictyonide qui fut le premier à consacrer la ville à Minerve, et il donna le nom d'Athènes à la cité. 10 De son temps, un déluge détruisit la plus grande partie des peuples de Grèce. 11 Survécurent ceux qui se retirèrent dans les refuges des montagnes ou qui furent évacués sur des barques chez le roi de Thessalie Deucalion, dont on dit pour cette raison que le genre humain a été fondé par lui39. 12 Ensuite, selon l'ordre successoral, la royauté parvint à Érechtée sous lequel la manière de semer les céréales fut découverte à Éleusis par Triptolème : 13 en l'honneur de ce présent, les nuits sacrées des initiations furent instituées.

14 Égée, le père de Thésée, occupa également le trône à Athènes ; Médée s'en séparant par un divorce à cause de l'âge mûr de son beau-fils, se rendit chez les Colches avec son fils Médos40, qu'elle avait eu d'Égée. 15 Après Égée, Thésée fut en possession du royaume, et ensuite Démophon, le fils de Thésée, celui qui apporta son aide aux Grecs contre les Troyens.

16 Il y avait entre les Athéniens et les Doriens de vieux différends envenimés : désireux d'en tirer vengeance par les armes, les Doriens consultèrent les oracles sur l'issue de la guerre. 17 Il leur fut répondu qu'ils l'emporteraient à condition de ne pas tuer le roi des Athéniens. 18 Comme on en était arrivé au conflit, on recommande aux soldats de veiller avant tout sur le roi. 19 Chez les Athéniens, le roi était alors Codros, qui, au courant à la fois de l'oracle du dieu et des recommandations des ennemis, après avoir échangé sa tenue de roi, entre en guenilles dans le camp des ennemis, avec un fagot sur l'épaule. 20 Là, dans la foule agglomérée sur son passage, il est tué par un soldat qu'il avait profondément blessé à dessein avec sa serpe. Une fois reconnu le cadavre du roi, les Doriens s'en vont sans combat. 21 Et c'est ainsi que les Athéniens sont délivrés de la guerre grâce au courage d'un chef qui s'offrait à la mort pour le salut de sa patrie.

7,1 Après Codros, personne ne régna à Athènes, ce fut le tribut rendu à la mémoire de son nom. 2 Le gouvernement de l'état fut confié à des magistrats annuels. 3 Cependant la cité n'avait alors aucune loi, parce que le bon plaisir des rois tenait lieu de loi.

Solon 4 C'est pourquoi Solon41, un homme d'une immense justice, est choisi pour qu'il fonde par des lois une nouvelle cité, en quelque sorte ; 5 et il agit avec tant de mesure entre la plèbe et le sénat —étant donné que s'il avait légiféré en faveur de l'un des deux ordres, il aurait semblé prêt à déplaire à l'autre— qu'il s'attirait des deux côtés une faveur égale. 6 Parmi beaucoup d'actions remarquables de ce héros, celle-ci est particulièrement digne de mémoire : 7 les Athéniens et les Mégaréens s'étaient disputé par les armes la propriété de l'île de Salamine, presque jusqu'à leur perte ; 8 après bien des désastres, ce devint un crime capital chez les Athéniens de proposer un décret tendant à revendiquer l'île. 9 C'est pourquoi Solon, inquiet, soit de prendre trop peu soin de l'état en se taisant, soit trop peu soin de lui-même en exprimant son avis, simule une folie soudaine 10 à la faveur de laquelle il ne se bornerait pas à dire des choses interdites, mais encore il les ferait. 11 Négligé dans sa mise, à la manière des déments, il sort précipitamment en public, et après qu'un grand rassemblement d'hommes se fut produit, il commença — en vers, de manière inhabituelle pour lui, afin de dissimuler d'autant plus son projet — à conseiller aux citoyens ce qui était interdit, 12 et il s'empara des cœurs de tous à tel point que la guerre contre les Mégaréens fut décidée dans l'instant et que l'île devint possession des Athéniens, une fois les ennemis vaincus.

Pisistrate
8,1 Entre temps, les Mégaréens, se souvenant de la guerre entreprise contre les Athéniens, puis abandonnée42, de peur de paraître avoir pris les armes pour rien, s'embarquent pour surprendre de nuit les matrones d'Athènes au cours des cérémonies d'Éleusis. 2 Ayant appris ce projet, le chef des Athéniens Pisistrate place la jeunesse en embuscade, après avoir ordonné aux matrones de célébrer les cérémonies avec la clameur et le vacarme habituels, même à l'approche des ennemis, afin qu'ils ne se sentent pas devinés ; 3 et, ayant attaqué les Mégaréens à l'improviste au sortir de leurs navires, il les anéantit, et aussitôt, ayant installé des femmes au milieu de la flotte dont il s'était emparé afin de donner l'impression que les matrones avaient été faites prisonnières, il se hâte vers Mégare43. 4 Comme les gens de là-bas reconnaissaient la forme des navires et la proie recherchée, ils avancent vers le port à leur rencontre ; une fois qu'il les eut massacrés, Pisistrate ne fut pas loin de s'emparer de la ville. 5 Ainsi les Doriens donnèrent la victoire à l'ennemi du fait de leurs propres ruses.

6 Cependant Pisistrate, comme s'il avait remporté la victoire pour lui-même et non pour sa patrie, s'empare par ruse de la tyrannie44 : 7 après s'être fait volontairement frapper de coups de verges chez lui, il sort en public, le corps lacéré45 ; 8 il montre ses blessures au peuple, convoqué en assemblée, il se plaint de la cruauté des premiers citoyens dont il prétend avoir subi cela ; 9 il ajoute des larmes à ses paroles, et la foule crédule est enflammée par son discours plein de haine : il prétend être haï du sénat à cause de son amour du petit peuple. 10 Il obtient pour la protection de sa personne une troupe de gardes du corps ; s'étant, grâce à eux, emparé de la tyrannie, il régna trente-quatre ans46.

Chute de la tyrannie à Athènes
9,1 Après la mort de Pisistrate, l'un de ses fils, Dioclès, ayant fait violence à une vierge, est tué par le frère de la jeune fille47. 2 Comme l'autre fils de Pisistrate, appelé Hippias, était en possession du pouvoir paternel, il ordonne d'appréhender l'assassin de son frère 3 qui, alors qu'il était contraint par la torture de nommer les complices du meurtre, nomma tous les amis du tyran ; 4 après leur exécution, il dit au tyran qui s'enquérait s'il y avait encore d'autres complices, qu'il ne survivait personne qu'il brûlait de voir mourir en plus de ceux-là, si ce n'est le tyran lui-même, 5 et par ces paroles, il se montra le vainqueur du tyran, après avoir vengé l'honneur de sa sœur. 6 Comme, grâce à son courage, il avait rendu à la cité le souvenir de la liberté, Hippias, enfin chassé du trône, est envoyé en exil48, 7 et, parti chez les Perses, il s'offre comme général, contre sa propre patrie, à Darius qui faisait la guerre aux Athéniens, comme on l'a dit plus haut49

La première guerre médique 8 Donc les Athéniens, ayant appris l'approche de Darius, demandèrent de l'aide aux Lacédémoniens, alors une cité alliée ; 9 quand ils les virent retenus pour quatre jours pour une raison religieuse50, sans attendre les renforts, ayant équipé dix mille citoyens et mille auxiliaires de Platées, ils marchent au combat contre six cent mille ennemis, dans la plaine de Marathon51. 10 Miltiade était à la fois le commandant en chef et l'auteur de la décision de ne pas attendre les renforts ; tant de confiance s'était emparé de lui qu'il pensait qu'il y avait plus de garantie dans la rapidité que dans les alliés. 11 Grande fut donc la fougue pour ceux qui allaient au combat, à tel point que, alors qu'il y avait mille pas entre les deux lignes de bataille, ils arrivèrent au pas de course sur l'ennemi avant qu'il tire ses flèches. 12 Et le succès ne fit pas défaut à leur audace : on combattit en effet avec tant de courage qu'on aurait pensé qu'il y avait ici des hommes, là-bas du bétail. 13 Vaincus, les Perses se réfugièrent sur leurs navires, dont beaucoup furent coulés et beaucoup capturés.

14 Dans ce combat, il y eut tant de manifestations de courage individuel qu'il semblait difficile de juger qui méritait louange en premier. 15 Cependant, la gloire du jeune Thémistocle se signala parmi tous les autres : et en lui apparurent dès ce moment les qualités innées de son haut commandement futur. 16 La gloire du soldat athénien Cynégire, également, a été répandue par les grands éloges des écrivains52 : 17 après les innombrables massacres du combat, alors qu'il avait poursuivi les ennemis jusqu'aux navires, il retint un navire de transport de la main droite et ne le lâcha pas avant de perdre sa main ; 18 et alors, sa main droite tranchée, il saisit le navire de la main gauche : quand il eut perdu celle-ci également, à la fin il retint le navire avec les dents. 19 Il avait en lui tant de courage que, sans être épuisé par de si nombreux massacres, sans être vaincu par la perte de ses deux mains, mutilé à la fin, il combattit avec ses dents comme un fauve enragé. 20 Les Perses perdirent deux cent mille hommes au combat ou dans le naufrage53. 21 Le tyran athénien Hippias, auteur et fauteur de cette guerre, tomba également, car les dieux vengeurs de la patrie réclamaient son châtiment54.

La succession de Darius
10,1 Entre temps, Darius également mourut alors qu'il reprenait la guerre, au cours de ses préparatifs mêmes55 ; il laissait beaucoup de fils qu'il avait reconnus pendant son règne et avant son règne. 2 Parmi ceux-ci, l'aîné Ariaménès revendiquait le trône, au privilège de l'âge, droit que le rang de naissance et la nature elle-même ont donné aux peuples. 3 De plus, Xerxès rapportait le débat non pas au rang de naissance, mais à la fortune qui y avait présidé : 4 en effet Ariaménès était le premier enfant de Darius, certes, mais né quand ce dernier n'était qu'un simple particulier, quant à lui-même, il était le premier né du roi. 5 C'est pourquoi ses frères, qui avaient été engendrés avant lui, pouvaient revendiquer le patrimoine privé que Darius avait eu en ce temps-là, non pas le royaume ; il était, lui, le premier qu'avait reconnu le roi son père, alors sur le trône. 6 À cela s'ajoutait le fait qu'Ariaménès avait été procréé non seulement par un père mais encore par une mère qui était de condition privée, et son grand-père maternel également était de condition privée ; 7 quant à lui-même, d'une part il était né d'une mère qui était reine56, d'autre part il n'avait pas vu son père autrement que roi, de plus il avait eu comme grand-père maternel le roi Cyrus, qui n'avait pas été l'héritier, mais le fondateur d'un si grand royaume. 8 Ainsi, même dans le cas où leur père aurait laissé les deux frères avec les mêmes droits, il l'emportait cependant lui-même, à la fois par les droits de sa mère et par ceux de son grand-père. 9 Dans un esprit de concorde, ils portent le différend devant leur oncle paternel, Ariaphernès57, comme devant un arbitre familial 10 et ce dernier, ayant instruit la cause chez lui, donna la préférence à Xerxès58. Leur rivalité fut à ce point fraternelle que le vainqueur ne se montra pas insolent et le vaincu ne se plaignit pas, et que, à l'époque même de leur différend, ils s'envoyèrent mutuellement des présents et échangèrent également des festins, qui ne furent pas seulement confiants, mais encore agréables, et que le jugement lui-même eut lieu sans arbitres et sans réclamations. 11 Des frères divisaient alors entre eux de grands royaumes avec tellement plus de mesure que maintenant ils ne se partagent de minces patrimoines !

Histoire de Démarate 12 Or, Xerxès prépara pendant cinq ans la guerre commencée par son père contre la Grèce. 13 Dès qu'il l'apprit, le roi des Lacédémoniens, Démarate, en exil chez Xerxès, plus ami de sa patrie après sa fuite que du roi après les bienfaits reçus, de peur que les Lacédémoniens ne soient écrasés par une guerre inattendue, met tout par écrit à l'intention des magistrats sur des tablettes de bois et les efface en coulant la cire par-dessus, 14 de peur que, soit l'écriture non recouverte ne le dénonce, soit qu'une cire fraîche ne trahisse la ruse59 ; ensuite, il les remet à transporter à un esclave de confiance, avec l'ordre de les remettre aux magistrats des Spartiates. 15 Une fois les tablettes parvenues à Lacédémone, l'affaire resta longtemps en suspens dans la mesure où ils n'y voyaient rien d'écrit et qu'ils se doutaient qu'elles n'avaient pas été envoyées pour rien et qu'ils pensaient que l'affaire était d'autant plus importante qu'elle était plus cachée. 16 Tandis que les hommes se perdaient en conjectures, la sœur du roi Léonidas60 découvre le dessein du scripteur. 17 Une fois donc la cire enlevée, les desseins de guerre sont découverts.

La seconde guerre médique 18 Déjà Xerxès avait armé sept cent mille hommes pris dans son royaume et trois cent mille venant de ses alliés61, 19 si bien que l'on a raconté non sans raison que les fleuves furent asséchés par son armée et que toute la Grèce put à peine contenir son armée. 20 On dit qu'il avait un million de navires62. 21 À une si grande armée, il manqua un général. D'ailleurs, si on considère le roi, on louera ses richesses et non ses qualités de général ; 22 de ces richesses, si grande était l'abondance dans son royaume que, tandis que les fleuves étaient taris par la multitude des hommes, subsistaient cependant des ressources royales. 23 Le roi, quant à lui, apparut toujours le premier à la fuite, le dernier au combat : craintif dans les dangers, présomptueux dès que la peur le quittait ; 24 enfin, avant de faire l'épreuve de la guerre, avec confiance dans ses forces comme s'il était le maître de la nature elle-même, il aplanissait les montagnes, arasait les versants des vallées, couvrait de ponts certaines mers et en forçait d'autres dans des raccourcis pour la commodité de la navigation.

Léonidas aux Thermopyles
11,1 L'entrée du roi en Grèce fut aussi terrifiante que sa retraite fut honteuse et déshonorante. 2 En effet, alors que Léonidas, le roi des Spartiates, avait occupé le défilé des Thermopyles avec quatre mille soldats, Xerxès, avec mépris pour leur petit nombre, ordonne d'engager la bataille à ceux dont les parents avaient été tués à la bataille de Marathon ; 3 et tandis qu'ils cherchaient à venger les leurs, ils furent à l'origine d'un désastre ; ensuite, une foule inefficace se pressant après eux, un massacre plus important se produit. 4 On combattit là pendant trois jours pendant que les Perses manifestaient leur douleur et leur indignation. 5 Le quatrième jour, au moment où il avait été annoncé à Léonidas que vingt mille ennemis tenaient le haut de la crête, il incite les alliés à se retirer et à se réserver pour des temps meilleurs pour leur patrie : quant à lui et à ses Spartiates, il leur fallait faire l'épreuve de la Fortune ; 6 ils se devaient plus à leur patrie qu'à la vie, les autres devaient se sauver pour défendre la Grèce. 7 Ayant écouté l'ordre du roi, les autres partirent, seuls les Lacédémoniens restèrent là. 8 Au début de la guerre, il avait été répondu par l'oracle de Delphes à ses consultants qu'il fallait que succombe, soit le roi des Spartiates, soit leur ville. 9 Et, pour cette raison, quand le roi Léonidas était parti en guerre, il avait endurci les siens de telle manière qu'ils sachent qu'il marchait l'esprit préparé à mourir, 10 et il avait occupé le défilé afin, avec un petit nombre d'hommes, soit de vaincre avec une plus grande gloire, soit de tomber avec une moindre perte pour la république. 11 Donc, après avoir renvoyé ses alliés, il engage les Spartiates à se souvenir de quelle manière il convient à des guerriers de tomber : qu'ils prennent garde à ne pas paraître avoir montré plus de courage en restant qu'en combattant ; 12 et il ne fallait pas attendre d'être enveloppé par l'ennemi, mais, pendant que la nuit en donnait l'occasion, il fallait surprendre des gens en sécurité et à l'aise ; 13 ils ne seraient vainqueurs nulle part avec plus d'honneur que quand ils seraient sur le point de périr dans le camp des ennemis. 14 Il n'était nullement difficile de persuader des gens qui avaient été persuadés de mourir : 15 aussitôt ils prennent leurs armes et six cents hommes font irruption dans le camp de cinq cent mille, et aussitôt ils cherchent à atteindre le prétoire du roi, voulant mourir avec lui, ou bien, s'ils sont eux-mêmes écrasés, de préférence à l'endroit où il se trouve lui-même. 16 Un tumulte soulève le camp tout entier. Les Spartiates, après qu'ils ne découvrent pas le roi, vont au hasard à travers tout le camp ; ils massacrent et jettent tout à terre, en hommes qui savent qu'ils ne combattent pas dans l'espoir de la victoire, mais pour venger leur mort. 17 Le combat dura depuis le début de la nuit jusqu'à la plus grande partie de la journée63. 18 À la fin, non pas vaincus, mais épuisés par la victoire, ils succombèrent au milieu d'immenses amas d'ennemis étendus morts. 19 Xerxès, après avoir reçu deux blessures en combat terrestre64, décida d'éprouver la fortune de la mer.

Thémistocle et la bataille de Salamine
12,1 Cependant, alors que Thémistocle65, le chef des Athéniens, s'était rendu compte que les Ioniens, à cause desquels il avait entrepris la guerre contre les Perses, étaient venus en renfort dans la flotte du roi, il décida de les attirer dans son parti, 2 et, comme il n'avait pas la possibilité de s'entretenir avec eux, il fait placer en évidence des signes de reconnaissance là où ils allaient aborder et prend soin de faire écrire sur les rochers : 3 "Ioniens, quelle folie vous tient ? quel forfait accomplissez-vous ? méditez-vous de faire la guerre à ceux qui furent autrefois vos fondateurs, et qui sont aujourd'hui vos vengeurs ? 4 Avons-nous fondé vos cités66 pour qu'elles soit celles qui détruisent la nôtre ? 5 Que feriez-vous si la cause de notre guerre, d'abord contre Darius, maintenant contre Xerxès, n'était pas le fait que nous ne vous avons pas abandonnés lors de votre rébellion ? 6 Pourquoi ne passez-vous pas dans ce camp qui est le vôtre, en sortant du blocus qui vous presse ? 7 ou bien, si cela vous paraît trop peu sûr, du moins, une fois le combat engagé, ramez en cédant du terrain, battez en arrière et retirez-vous de la lutte.67"

8 Avant que la bataille navale ne s'engage, Xerxès avait envoyé à Delphes quatre mille hommes en armes pour piller le temple d'Apollon, 9 exactement comme s'il ne faisait pas seulement la guerre aux Grecs, mais aussi aux dieux immortels ; 10 et cette troupe fut tout entière détruite par les orages et par la foudre, afin qu'il comprenne que les forces humaines n'étaient rien en face des dieux68.

11 Après cela, il incendie Thespies, Platées et Athènes évacuées par les hommes, et puisqu'il ne pouvait pas s'attaquer aux hommes par le fer, il s'attaque aux édifices par le feu. 12 Et en effet, après la bataille de Marathon, les Athéniens avaient construit deux cents navires, sur le conseil de Thémistocle qui disait que cette victoire sur les Perses ne serait pas la fin de la guerre, mais la cause d'une guerre plus importante69. 13 Or, à l'approche de Xerxès, la réponse de l'oracle de Delphes aux consultants avait été de pourvoir à leur salut par des murs de bois. 14 Thémistocle, ayant pensé que cela désignait la protection des navires, persuade à tous que la patrie, c'était les habitants, non les remparts, et que la cité ne reposait pas sur ses édifices, mais sur ses citoyens ; 15 pour cette raison, il était préférable qu'ils confient leur salut aux navires, plutôt qu'à la ville : un dieu était, de plus, l'auteur de cette proposition. 16 Ayant approuvé le projet, ils confient à des îles écartées, après avoir abandonné la ville, leurs femmes et leurs enfants avec ce qu'ils avaient de plus précieux ; ils embarquent eux-mêmes sur des navires armés. 17 Les autres villes suivent également l'exemple des Athéniens. 18 C'est pourquoi, alors que toute la flotte des alliés avait été assemblée et qu'elle était prête pour un combat naval, et qu'ils avaient pris position dans les défilés du détroit de Salamine pour ne pas risquer d'être enveloppé par la multitude, la discorde naît parmi les chefs des cités. 19 Comme ces derniers voulaient se disperser en abandonnant la lutte pour protéger les leurs, Thémistocle redoutant que les forces des alliés ne soient amoindries par les départs, fait savoir à Xerxès par un esclave digne de confiance qu'il peut très facilement s'emparer de toute la Grèce rassemblée en un seul lieu. 20 Si les cités, qui déjà voulaient s'en aller, se dispersaient, il lui faudrait, avec une plus grande peine, les tailler en pièces une par une. 21 Par cette ruse, il pousse le roi à donner le signal du combat. Quant aux Grecs, devancés par l'approche des ennemis, ils engagent la bataille avec leurs forces réunies70. 22 Pendant ce temps, le roi reste sur le rivage avec une partie des navires, en spectateur de la bataille. 23 Pour sa part, Artémisia, la reine d'Halicarnasse, qui avait porté renfort à Xerxès, animait la lutte avec beaucoup d'ardeur au milieu des généraux de haut rang, si bien que l'on pouvait voir chez un homme, une peur féminine, chez une femme, une audace virile71. 25 Alors que le combat était incertain, les Ioniens, suivant la recommandation de Thémistocle, commencèrent à se retirer peu à peu du combat72 ; et leur défection brisa le courage des autres. 26 C'est pourquoi les Perses, qui cherchaient des yeux alentour un moyen de fuir, sont repoussés et, bientôt vaincus au combat, ils prennent la fuite. 27 Dans cette déroute beaucoup de navires sont pris, beaucoup sont coulés ; davantage, cependant, se dispersent pour rentrer chez eux, craignant non moins la cruauté du roi que l'ennemi.

Retraite de Xerxès
13,1 Mardonios73 va trouver le roi, bouleversé par ce désastre et ne sachant quelle décision prendre. 2 Il lui conseille de s'en aller dans son royaume de peur que la rumeur d'une guerre malheureuse ne suscite quelque révolte — la rumeur, de plus, amplifiant tout, comme de coutume — et de lui laisser trois cent mille hommes choisis dans toutes les troupes : avec ce corps d'armée, soit il asservirait complètement la Grèce pour la gloire du roi, soit, si la fortune en décidait autrement, il s'inclinerait devant les ennemis, sans déshonneur pour le roi. 4 Le projet ayant été approuvé, l'armée est remise à Mardonios ; le roi lui-même se prépare à ramener le reste des troupes dans son royaume. 5 Mais les Grecs, ayant entendu parler de la fuite du roi, prennent la décision de couper le pont que ce dernier, en vainqueur de la mer, avait fait faire à Abydos, de telle façon que, sa retraite coupée, il soit détruit avec son armée, ou bien que, désespérant de la situation, il soit obligé, vaincu, de demander la paix. 6 Mais Thémistocle, redoutait que les ennemis bloqués ne transforment leur désespoir en valeur militaire, et qu'ils ne s'ouvrent à l'épée un chemin, dans la mesure où il ne s'ouvrirait pas autrement — il répétait sans cesse qu'il restait en Grèce beaucoup d'ennemis et qu'il ne fallait pas en augmenter le nombre en les retenant —; 7 comme il ne pouvait pas faire prévaloir son avis, il envoie le même esclave à Xerxès et l'informe de la décision prise, et il l'engage à occuper le passage après avoir hâté sa fuite.

8 Le roi, bouleversé par la nouvelle, confie à ses généraux les soldats à conduire ; lui-même gagne Abydos avec quelques hommes. 9 Alors qu'il y avait trouvé le pont désassemblé par les tempêtes de l'hiver, il traversa en tremblant dans une barque de pêche. 10 C'était une chose digne d'être regardée et qui donnait la mesure des hasards de la destinée humaine, une chose qui poussait à s'étonner des changements de situation : voir, en train de se cacher dans une barque étroite, celui qui peu de temps auparavant occupait presque toute l'étendue liquide, voir, manquant même de toute assistance d'esclaves, celui dont l'armée, du fait de son grand nombre, pesait lourdement sur les terres. 11 Et la route ne fut pas plus heureuse pour les troupes à pied qu'il avait attribuées à ses généraux, puisque la faim aussi s'était ajoutée à leur peine quotidienne : il n'y a en effet aucun repos pour ceux qui ont peur. 12 Ensuite, la famine, qui dura bien des jours, avait également amené une pestilence, et l'horrible amas de ceux qui mouraient fut si grand que les routes étaient saturées de cadavres et qu'oiseaux et bêtes sauvages, attirés par l'appât de la nourriture, suivaient l'armée.

Campagne de Mardonios : Platées
14,1 Pendant ce temps, Mardonios s'empare d'Olynthe en Grèce. 2 Il fait des ouvertures aussi aux Athéniens en leur faisant espérer la paix et l'amitié du roi, promettant la reconstruction de leur ville incendiée, et même en plus grand. 3 Après qu'il voit que leur liberté n'est à vendre à aucun prix, ayant incendié ce qu'il avait commencé à bâtir, il fait passer ses troupes en Béotie. 4 L'armée des Grecs, forte de cent mille hommes, l'y suivit et le combat s'engagea là74. 5 Cependant la fortune du roi ne changea pas avec le chef. De fait, Mardonios, vaincu, s'enfuit avec quelques hommes, comme au sortir d'un naufrage75. 6 Le camp, surabondant de faste royal, fut pris. En suite de quoi, pour la première fois, le goût du luxe s'empara des Grecs, après qu'ils se furent partagé l'or perse.

Bataille du cap Mycale 7 Il se trouva par hasard que le même jour où les troupes de Mardonios furent détruites, on combattit les Perses dans une bataille navale au pied du mont Mycale en Asie. 8 Là, avant la rencontre, alors que les flottes étaient en position face à face, une rumeur gagna les deux armées : les Grecs avaient été vainqueurs et les troupes de Mardonios avaient succombé dans le carnage ; 9 la propagation de la rumeur avait été si rapide que, alors que la bataille avait été engagée le matin en Béotie, on avait eu la nouvelle de la victoire, portée en un si court laps de temps à travers tant de mers et un si grand espace, vers l'Asie au milieu de la journée76.

10 La guerre achevée, alors qu'on s'occupait du butin des cités, la valeur militaire des Athéniens fut mise au-dessus des autres, de l'avis de tous ; 11 et parmi les généraux, Thémistocle, estimé le premier au témoignage des cités, augmenta la gloire de sa patrie.

Thémistocle et les Spartiates
15,1 Donc les Athéniens, grandis à la fois par le butin de guerre et la gloire de la guerre, projettent de fonder leur ville sur de nouvelles bases. 2 Comme ils avaient circonscrit une enceinte plus grande, ils commencèrent à être suspects aux Lacédémoniens qui se demandaient combien une cité fortifiée donnerait d'accroissement de puissance à des gens à qui la ruine de leur ville en avait tant donné. 3 Ils envoient donc des ambassadeurs leur conseiller de ne pas bâtir des remparts et des refuges pour les ennemis au cours d'une future guerre. 4 Quand Thémistocle voit qu'il était haï à cause de la ville en projet, n'estimant pas qu'il fallait se conduire avec intransigeance, il répond aux ambassadeurs qu'iraient à Lacédémone des gens qui discuteraient de cette affaire sur un pied d'égalité avec eux. 5 Les Spartiates ayant été ainsi congédiés, il engage ses concitoyens à hâter les travaux. 6 Ensuite, un certain temps s'étant écoulé, il part lui-même en ambassade et, tantôt feignant en chemin une indisposition, tantôt incriminant la lenteur de ses collègues, sans lesquels il ne pourrait rien faire légalement, il cherchait en atermoyant de jour en jour à gagner du temps pour l'achèvement de l'ouvrage, 7 quand, pendant ce temps, on annonce aux Spartiates que l'ouvrage est hâté à Athènes : à cause de cela, ils envoient à tout le moins des ambassadeurs pour vérifier la chose. 8 Alors, Thémistocle écrit, par l'intermédiaire d'un esclave, aux magistrats d'Athènes qu'ils enchaînent les ambassadeurs, qu'ils les gardent en caution, pour qu'on ne prenne pas des mesures très graves contre lui. 9 Ensuite il se présente à l'assemblée des Lacédémoniens, déclare qu'Athènes est complètement fortifiée et qu'elle peut désormais, non seulement par les armes, mais encore grâce à ses murs, soutenir une guerre qu'on lui ferait ; 10 "si, pour cette raison, ils décidaient quelque chose de trop cruel à son égard, leurs ambassadeurs étaient retenus à Athènes pour servir de caution." 11 Il leur reproche ensuite avec sévérité le fait que, selon lui, ils recherchaient la puissance dans la faiblesse de leurs alliés, et non dans leur valeur militaire. 12 Laissé ainsi libre de s'en aller, il est accueilli par ses concitoyens comme s'il célébrait un triomphe sur les Spartiates77.

Ambition et ruine de Pausanias 13 Après cela, les Spartiates, de peur que leurs forces ne se corrompent dans la paix, et afin de tirer vengeance de la guerre déclarée deux fois à la Grèce par les Perses, prennent l'initiative de ravager leurs territoires. 14 Ils choisissent Pausanias78 comme commandant de leur armée et de celle de leurs alliés ; ce dernier, briguant le règne sur la Grèce à la place de son commandement, négocie avec Xerxès la main de sa fille pour prix de sa trahison, après avoir rendu ses prisonniers de façon à ce que la loyauté du roi soit liée par quelque générosité. 15 Il écrit en outre à Xerxès de mettre à mort tous les messagers qu'il lui a envoyés, de peur que l'affaire ne soit trahie par le bavardage des hommes. 16 Cependant Aristide79, le général des Athéniens, élu pour faire la guerre avec lui, en contrant les entreprises de son collègue en même temps qu'il prenait de sages dispositions, brisa les projets de trahison. Peu de temps après, Pausanias, mis en accusation, est condamné80.

Campagnes de Cimon 17 Donc, comme Xerxès voyait le crime de trahison rendu public, il décida de reprendre la guerre. 18 Pour leur part, les Grecs prennent comme commandant Cimon d'Athènes81, fils de Miltiade sous la conduite duquel on avait combattu à Marathon, un jeune homme dont la grandeur future avait été annoncée par les témoignages de piété filiale qu'il avait donnés : 19 de fait, il avait racheté pour lui donner une sépulture, en se chargeant de ses chaînes, son père qui avait été jeté en prison sur l'accusation de péculat et y était mort82. 20 Et, au cours de la guerre, le jugement de ceux qui avaient choisi Cimon ne fut pas pris en défaut, puisque, ne se montrant pas inférieur à son père en vertus militaires, il obligea Xerxès, dominé sur terre et sur mer, à se réfugier dans son royaume.


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1 L'auteur ancien qui traite le plus abondamment des Scythes est Hérodote au
livre 4.

2 Sur les Parthes, cf.
infra, livres 41-42.

3 Trogue Pompée avait traité des origines du royaume bactrien à la fin du
livre 41, mais la digression a été sautée par Justin.

4 La légende des Amazones est développée infra (
2,4).

5 Selon Hérodote (
2,2), jusqu'à l'époque de Psammétique, les Égyptiens se considéraient comme les plus anciens des peuples ; ensuite, ils ont admis l'antériorité des Phrygiens. D'autre part, au cours de sa description des Scythes, Hérodote juge qu'ils sont les plus jeunes des peuples (4,5). Diodore (1, 9,3—10,7) expose les arguments des Égyptiens.

6 Dans la discussion sur l'ancienneté comparée des Égyptiens et des Scythes interviennent maintenant des arguments fondés sur la théorie des éléments. La recherche de l'élément primordial, principe de toutes choses, est le fait des philosophes présocratiques et prend naissance à Milet avec Thalès (1ère moitié du VIe s. a.C.) qui explique l'univers comme une création de l'eau, qui engendre la terre, l'air et le feu. Un peu plus tard Anaximandre est d'accord avec Thalès, mais son disciple Anaximène enseigne que l'air est le principe premier. Pour Héraclite d'Éphèse (c. 540-c.480 a.C.) et plus tard pour les Stoïciens, c'est du feu que tout est né et à lui que tout retournera.

7 Hérodote limite l'Europe et l'Asie par les cours du Phase et de l'Araxe (
4,36. 42. 45.) et voit dans le Tanais la frontière orientale du quadrilatère scythe (4,101), dont la base sud (4000 stades) est le Pont-Euxin ; le Boristhène, dont le cours est parallèle à celui du Tanais, coule au milieu du quadrilatère.

8 Après une première digression sur l'ancienneté comparée des Scythes et des Égyptiens (
1,5—21), Justin localise vaguement la Scythie (2,1—2), puis sous le prétexte de décrire les mœurs des Scythes (2,3—15), il développe le topos du bon sauvage, avec des considérations morales fondées sur le mythe de l'âge d'or (cf. supra  1,1,1). Notons qu'en fait une partie des Scythes est sédentaire et que plusieurs passages des chapitres suivants contredisent ce tableau idyllique. Ensuite, le chapitre 3 reprend le fil du récit interrompu après 1,4. Ce montage révèle l'utilisation de deux sources au moins par Trogue Pompée, à moins que Justin n'ait procédé à des enrichissements personnels.

9 1°: expédition d'Égypte, en réponse à la provocation de "Vezosis", puis l'Asie paye un tribut pendant 1500 ans, jusqu'à Ninus (
infra 3,8—18) ; 2°: expédition des Amazones (infra 4,14-16) ; 3°: allusion à une troisième expédition en Asie en 5,1, mais seul la situation au retour des Scythes est évoquée : les conséquences de l'infidélité des femmes qui induisent un développement du topos du mariage avec les esclaves, actualisation d'une peur primale des sociétés antiques. Les raids historiques sur le Proche-Orient des Scythes et des Cimmériens prennent place au cours des VIIIème — VIIème s. Après avoir écrasés les Cimmériens en Asie mineure (c. 635 a.C.), les Scythes furent eux-mêmes chassés d'Asie par les Mèdes, qui les avaient utilisés un temps comme auxiliaires contre les Assyriens.

10 Allusion à l'échec de l'expédition de Darius en Scythie (513 a.C.), qui sera développée par la suite (cf.
infra, 2,5,9-11).

11 Cf.
supra, 1,8.

12 Cf. infra,
12,2,16-17; 37,3,2.

13 Cf. infra,
41,1,1-2; 2,3-4.

14 Cf.
supra, 1,1,6 et la n. ad loc.

15 Les § 8-12 ressemblent à l'argument, ou au résumé, d'une controuersia d'école.

16 Selon Hérodote (
2,103), c'est le contraire qui s'est produit : le pharaon Sésostris soumit les Scythes.

17 Cf. supra,
1,1,4 et la note ad loc.

18 Orose (1,15,1) précise : Cappadoce Pontique, d'où la restitution de certains éditeurs.

19 Dans son développement sur les Amazones de Libye, Diodore (3,52-55) fait allusion aux Amazones du Pont, près du Thermodon (3,52,1-3). La description des mœurs des Amazones de Libye est comparable à celle des Amazones scythes, à ceci près qu'elles sont moins brutales : les hommes ne sont pas tués systématiquement ; ils élèvent les enfants et se consacrent aux tâches domestiques...

20 Marpesia chez Orose (1,15,4), Martesia dans les mss de Justin, sauf dans D qui a pu être contaminé par Orose : cf. infra Orithyia/Sinope.

21 Selon Phérécide (FGH, 3 F 15), les Amazones étaient les filles d'Arès et de la nymphe Harmonie; dans d'autres légendes, Harmonie est elle-même fille d'Arès et unie à Kadmos, le roi fondateur de Thèbes.

22 Les Amazones auraient fondé Smyrne, Cymè, Myrinè, Paphos et Éphèse. Elles avaient des statues dans l'Artémision d'Éphèse (
Pline, H.N. 34,19). Ces fondations sont attribuées à la reine Myrina des Amazones de Libye par Diodore (3,55,6-7). Cf. P. Devambez, Les Amazones et l'Orient, dans R. Arch., 1976, p. 267-276.

23 Sinope  chez Orose (1,15,6), Orithyia dans les mss de Justin que le copiste de D corrige en marge Synope.

24 C'est le neuvième des "Travaux d'Hercule". Le héros devait rapporter au roi Euristhée les armes, ou selon une autre version, la ceinture de la reine.

25 Menalippe  est la leçon des mss de Justin et de la majorité des mss d'Orose ; dans les autres auteurs anciens, le nom de la princesse légendaire est Melanippe / Melani/pph (= celle qui a une jument noire).

26 Le malheureux beau-fils de Phèdre, deuxième épouse de Thésée.

27 Penthésilée fut tuée par Achille, selon Diodore, 2,46. Homère était muet à son sujet.

28 Cf.
infra  12,3,5-7 et Quinte-Curce 6,5,24-32. Si l'anecdote est vraie, cela a pu se passer en 330 a.C.

29 D'après Hérodote (
1,103-106), l'invasion eut lieu à l'époque du roi mède Ciaxare (625-585 a.C.)

30 Récit différent dans Hérodote (
4,1-4).

31 I)danqu/rsos chez Hérodote (
4,76; 120; 127).

32 Le casus belli devait être développé dans Trogue Pompée, soit à cet endroit du récit, soit plus probablement à la fin du livre Ier.

33 Cf.
supra, 2,3,2.

34 La leçon des mss : Asiam est une erreur de Justin ou de Trogue Pompée, que certains éditeurs corrigent en Thraciam; car il ne peut s'agir que de la campagne de Mégabaze en 512 a.C., cf.
infra, 7,3,1-9 et les notes ad loc.

35 Bataille navale de Ladè, livrée devant Milet, en 494 a.C. Les Perses avaient six cents navires, les Grecs, trois cent cinquante-trois trières, si l'on en croit Hérodote (
6,8-9).

36 Cf. Cicéron : Athenarum urbs ea uetustate est ut ipsa ex se ciues suos genuisse dicitur (
Pro Flacco, 26).

37 Deucalion, fils de Prométhée, et son épouse Pyrrha, fille d'Épiméthée et de Pandore, furent les seuls survivants du Déluge.

38 Il était mi-homme, mi-serpent, selon la légende habituelle ; ici, Justin semble vouloir dire qu'il possédait les deux sexes. La phrase n'a pas grand sens, sans doute parce que l'abréviateur a fait des coupes claires dans le texte de Trogue Pompée.

39 Rationalisation de la fameuse légende de Deucalion selon laquelle, protégé du déluge par Jupiter, il aurait par la suite recréé l'humanité, en lançant avec sa femme Pyrrha des pierres derrière lui.

40 Médos est dans la légende le fondateur éponyme de la nation mède, cf.
infra, 42,2-3.

41 Archonte éponyme en 594/3.

42 La leçon de D (et ueriti) est séduisante et rend la traduction plus facile, mais doit être une correction amenée par la difficulté de comprendre la construction inlati ... belli et deserti et la présence de ne.

43 Cf.
Frontin, Str. 2,9,9.

44 En 561/0 a.C.

45 Cf. la ruse de Zopyros (1, 10,15).

46 Pisistrate mourut en 528/7 a.C., mais sa tyrannie fut interrompue de 556 date où il s'exile et part pour la Thrace, jusqu'à 546/5 année où il fait un retour en force après avoir débarqué à Marathon.

47 Une première erreur de Justin qui nomme "Dioclès" le fils cadet de Pisistrate, Hipparque, tué en 514/3 par Harmodios et Aristogiton (
Hérodote, 5,55) ; une seconde erreur sur la cause de l'assassinat, celle-là peut-être volontaire, pour dramatiser le récit et établir un parallèle avec le viol de Lucrèce, qui amena l'expulsion des Tarquins à Rome : la jeune fille en question, sœur d'Harmodios, ne fut pas violée mais, choisie d'abord comme canéphore pour la procession des Panathénées, elle fut renvoyée comme indigne de cet honneur, ce qui laissait supposer qu'elle n'était plus vierge (cf. Thucydide, 6,54).

48 En fait, Hippias, assiégé sur l'Acropole en 511/0 a. C., capitula devant les forces spartiates du roi Cléomène, allié de la puissante famille des Alcméonides.

49 Cf.
supra, 2,5,13.

50 La célébration des Carnéia, fêtes d'Apollon

51 La bataille eut lieu le 10 août ou le 12 sept. 490 a.C.

52 Cf.
Eschyle, Les Perses. Hérodote (6,114) rend compte de manière plus vraisemblable de la bravoure du frère d'Eschyle.

53 Comme l'histoire de Cynégire, le nombre des morts perses résulte d'une exagération rhétorique : Hérodote (
6,117) dit qu'il y eut six mille Perses et cent quatre-vingt-douze Athéniens tués ; les Perses ne perdirent que sept navires.

54 Selon N. G. L. Hammond, The Campaign..., p. 51-57, la tradition de la bataille de Marathon provient de trois sources différentes : le récit d'Hérodote, le seul qui ait survécu, les Atthidographes, dont dépendent
Cornelius Nepos et Plutarque, et une autre source, non identifiée, dont dériverait Trogue-Pompée.

55 Novembre 486 a.C.

56 Atossa, la fille de Cyrus, que Darius avait épousé au début de son règne pour se rattacher à la dynastie des Achéménides (cf.
supra, 1,10,14).

57 Artaphernès, appelé par Justin "Ariaphernès", satrape de Sardes, était l'un des frères de Darius et le père de l'Artaphernès (appelé Tissaphernès dans
Prol. 2) qui avait commandé avec Datis l'expédition de 490 a.C.

58 On note plusieurs divergences avec le récit d'Hérodote (
7,2-3) pour qui : — la discussion se passe avant la mort de Darius ; — le frère consanguin de Xerxès s'appelle Artobazanès et est le fils de la première épouse de Darius, la fille de Gobryas ; — c'est le roi Démarate, alors en exil à Suse, qui propose, à l'imitation des lois de Sparte de désigner comme futur roi le "porphyrogénète". Hérodote et Trogue Pompée se sont fait l'écho de deux traditions différentes qui ont bâti après coup une explication du règlement de la succession de Darius. Au reste, Hérodote ajoute : À mon avis, d'ailleurs, Xerxès aurait hérité du pouvoir sans même invoquer cet argument  (la naissance royale) car sa mère Atossa était toute-puissante.

59 Démarate a écrit son message directement sur le support en bois des tablettes, puis il l'a masqué en coulant de la cire dessus ; la ruse est classique, mais pour qu'elle soit indécelable, il faut écrire quelque chose sur la cire fraîche : cette dernière étape du stratagème de Démarate a été sautée par Justin, ou peut-être par Trogue Pompée lui-même, ce qui explique l'incohérence de la phrase. On note la même ruse incomplètement développée, attribuée au Carthaginois Hamilcar
infra 21,6,6.

60 Elle s'appelait Gorgo et était, selon Hérodote (
7,239) la fille de Cléomène et l'épouse de Léonidas.

61 Un million sept cent mille fantassins et quatre-vingt mille cavaliers selon Hérodote (
7,60-88) qui en décrit les différents corps.

62 Cette phrase fait difficulté : la leçon des mss, que je traduis ici, donne un effectif si déraisonnable à la flotte de Xerxès que Rühl (Die Textesquellen... p.128), suivi par Seel2 avait proposé de corriger d'après le texte d'Orose (2,9,2) : rostratas mille ducentas onerarias autem tria milia. Mais Orose a utilisé Trogue Pompée dans l'abrégé de Justin, y a inséré des compléments tirés d'Hérodote et a entièrement recomposé certains passages (voir en annexe quelques exemples de la manière dont Orose a récrit le texte de Justin). L'absurdité du § 20 résulte à mon sens de la contraction abusive d'un développement de Trogue Pompée. L'effectif de la flotte de Xerxès était de mille deux cent sept trières selon Hérodote (
7,89), et de trois mille autres navires selon une phrase d'Hérodote considérée comme interpolée (7,97).

63 Août 480 a.C.

64 Justin veut sans doute parler de la mort de deux frères consanguins de Xerxès, Abrocomès et Hypéranthès, les fils de Phratagune, qui tombèrent au cours de la bataille des Thermopyles (cf.
Hérodote 7,224-5).

65 Thémistocle (c.525-c.460 a.C.) est alors stratège.

66 Synecdoque classique (moenia, les remparts = urbs ou ciuitas). La figure est tellement usée que son inadéquation dans le second membre de phrase ne choque pas.

67 Trogue Pompée utilise ici le discours direct, ce qui est extrêmement rare chez lui : écrit sur un ton cicéronien, il sonne comme un fragment de suasoire d'école de rhétorique.

68 Cf.
Hérodote, 8,35-39

69 En 483, Thémistocle fait ostraciser Aristide ; Hérodote serait ici la source indirecte de Justin, via Éphore, selon U. Cozzoli, Le naucrarie..., p. 95.

70 Bataille de Salamine, fin sept. 480 a.C.

71 Voir dans Hérodote (
8,87-88) l'anecdote qui justifie ce jugement moral, dérivé d'une réflexion de Xerxès.

72 Ils furent peu nombreux à faire défection selon Hérodote (
8,85) ; cf. aussi Diodore (11,19) qui impute la responsabilité de la défaite aux Phéniciens et aux Chypriotes.

73 Mardonios, fils de Gobryas et d'une sœur de Darius, époux d'Artozostra, une fille de Darius, était le cousin germain et le beau-frère de Xerxès.

74 Bataille de Platées le 27 août 479 a.C., gagnée par le régent de Sparte, Pausanias.

75 En réalité, Mardonios fut tué dans la bataille. C'est Artabaze, fils de Pharnace, qui ramena en Asie les troupes perses, quarante mille hommes environ qu'il avait tardé, à dessein, d'engager dans la bataille (cf.
Hérodote, 9,64-66).

76 Une explication rationnelle de ce miracle chez Diodore (11,34,3-5) : le roi Léotychidas, qui commandait l'escadre, aurait fait courir le bruit d'une grande victoire pour démoraliser l'ennemi, et, par une heureuse coïncidence, la bataille de Platées aurait été remportée à la même époque.

77 Le chap. 15 dérive de Thucydide, peut-être directement, ou à travers Éphore (cf. L. Holzapfel, Untersuchungen.... p. 47-50).

78 Pausanias est le fils du roi Cléombrote ; il est régent pour son cousin Pleistarchos, fils de Léonidas et successeur de Cléombrote.

79 Aristide commande la flotte confédérée, à partir de 478 (fondation de la ligue de Délos).

80 Pausanias, accusé de trahison par les éphores, s'échappa et se réfugia dans le téménos d'Athéna Chalkioikos qui jouissait du droit d'asile. Il y fut emmuré vivant et au moment où il entrait en agonie, on le retira du sanctuaire pour éviter qu'il fût souillé par un cadavre (477 a.C.).

81 504-449/8

82 489 a.C.


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