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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XXI

Denis le Jeune. Agathocle, La première tyrannie de Denys le Jeune, 1,1—Hannon le Grand, 4,1—Nouvel exil de Denys, 5,1—Conduite de Denys à Corinthe 5,3—Histoire d'Hamilcar Rodanos 6,1.


1 2 3 4 5 6

La première tyrannie de Denys le Jeune 1,1 En Sicile, après la mort du tyran Denys1, les soldats mirent à sa place l'aîné de ses fils, nommé Denys ; 2 d'une part ils suivirent le droit naturel, d'autre part, ils pensaient que si le pouvoir royal demeurait aux mains d'un seul, il serait plus solide que s'il était fractionné entre de nombreux fils. 3 Cependant, dans les premiers temps de son règne, Denys brûlait de faire disparaître les oncles maternels de ses frères2, en tant que rivaux de son pouvoir et exhortant les enfants à la division du royaume.

4 C'est pourquoi, il applique d'abord son esprit dissimulé à se concilier la faveur populaire, pour faire de manière plus excusable ce qu'il avait décidé, dans la mesure où il aurait auparavant fait ses preuves devant tous. 5 Donc, il libère trois mille prisonniers pour dettes, il remet le tribut au peuple pour trois ans, il cherche à séduire les esprits de tous avec n'importe quelles mesures d'apaisement possibles.

6 Alors, s'étant tourné vers le crime projeté, il tue non seulement les parents de ses frères, mais aussi ses frères eux-mêmes3, 7 afin de ne pas même laisser la vie en partage à ceux à qui il devait le partage du pouvoir royal, ayant inauguré la tyrannie contre les siens avant de le faire sur les peuples extérieurs.

2,1 Ayant, ensuite, glissé dans l'apathie après avoir fait disparaître ses rivaux4, il devint obèse à la suite de trop grands excès, et contracta une maladie des yeux telle qu'il ne pouvait supporter ni le soleil, ni la poussière, ni enfin l'éclat de la lumière même. 2 Tandis qu'il pense être, à cause de cela, un objet de mépris, sa cruauté est en marche et il ne remplit pas, comme son père, la prison de condamnés pour dettes, mais la cité de meurtres ; 3 devant cela, il ne fut pas plus méprisé que haï par tous.

4 Alors que, de ce fait, les Syracusains lui avaient déclaré la guerre, il hésita longtemps à abdiquer le pouvoir ou à résister militairement. 5 Mais il est poussé à descendre combattre5 par les soldats qui espèrent du butin et le pillage de la ville.

6 Alors que, vaincu, il avait à nouveau tenté sa chance sans succès, il envoie des émissaires auprès des Syracusains, en s'engageant à abdiquer la tyrannie s'ils lui envoyaient des gens avec lesquels il pourrait faire un accord de paix. 7 Il retient en prison les premiers qui sont envoyés à cette fin, et tous étant de cette façon hors de leurs gardes et ne redoutant rien d'hostile, il envoie l'armée détruire la ville. 8 Il se livre donc, dans la ville même, un combat douteux au cours duquel Denys est repoussé par les citadins qui l'emportent par leur nombre. Comme il redoutait le siège de la citadelle, il s'enfuit silencieusement vers l'Italie avec tout l'attirail royal6.

Denys le Jeune à Locres 9 Exilé accueilli par ses alliés de Locres7, il occupe la citadelle comme s'il régnait de plein droit et se livre à sa cruauté habituelle. 10 Il faisait enlever les épouses des premiers citoyens pour leur déshonneur, ravissait les jeunes filles avant leurs noces et les rendait déshonorées à leurs prétendants ; il chassait tous les hommes les plus riches de la cité, ou bien ordonnait leur meurtre, et s'emparait de leurs biens.

3,1 Puis, comme les occasions de pillage manquaient, il abuse la cité tout entière au moyen d'un plan retors. 2 Alors que les Locriens étaient pressés par la guerre des Réginates du tyran Léophron, ils avaient fait le vœu de prostituer leurs jeunes filles, le jour de la fête de Vénus, s'ils étaient victorieux. 3 Et, ce vœu ayant été suspendu alors qu'ils faisaient contre les Lucaniens des guerres malheureuses, Denys les appelle en assemblée ; il les exhorte à envoyer au temple de Vénus leurs épouses et leurs filles, les mieux parées qu'ils peuvent : 4 cent d'entre elles, choisies par le sort, s'acquitteraient du vœu officiel, et se tiendraient dans le lupanar pendant un mois en considération du rite religieux ; auparavant, tous les hommes auraient juré qu'il n'y aurait personne pour s'attaquer à aucune d'elles. 5 Et afin qu'il n'y ait pas fraude de la part des jeunes filles qui acquittaient la cité de son vœu, Denys les exhorte à décréter qu'aucune jeune fille ne se marierait avant que celles-là eussent été livrées à leurs maris. 6 La proposition par laquelle on veillait à la fois à un scrupule religieux et à la pudeur des jeunes filles ayant été approuvée, toutes les femmes, parées à grands frais, se dirigent à l'envi vers le temple de Vénus, 7 et Denys, ayant lâché ses soldats, les dépouille toutes et fait son butin des parures des matrones. 8 Il assassine les maris de certaines, les plus fortunés, il en torture certaines pour qu'elles livrent l'argent de leurs maris.

9 Alors qu'il avait régné six ans avec ces procédés, il est chassé par une conjuration de la cité des Locriens8, et revient en Sicile. 10 Il y reprit Syracuse, grâce à une trahison, pendant que tous se sentaient en sécurité à cause du long intervalle de paix.

Hannon le Grand
4,1 Tandis que cela se passe en Sicile, en Afrique le premier des Carthaginois, Hannon9, utilisa ses richesses, par lesquelles il dominait les forces de la république, pour tenter de se rendre maître du pouvoir absolu, et il se prépara à s'emparer du pouvoir royal après avoir tué les membres du sénat10.

2 Pour exécuter ce crime, il choisit le jour solennel des noces de sa fille, afin que ses plans sacrilèges fussent couverts par le lien sacré des vœux. 3 Ainsi, il prépare des banquets, pour le peuple sous les portiques de la cité, pour le sénat dans sa propre maison, pour assassiner les membres du sénat avec des coupes empoisonnées, très discrètement et sans témoins, et pour s'emparer bien facilement de la république vacante. 4 Le projet ayant été dévoilé aux magistrats par des serviteurs, le crime fut déjoué, et non vengé, de peur que, dans le cas d'un homme si puissant, la connaissance du projet ne causât plus de trouble que sa préparation ; 5 satisfaits donc d'avoir fait empêchement, ils décident par décret une mesure aux dépenses des noces, et ordonnent qu'elle soit observée, non pas par une seule personne, mais par tous, de peur qu'une personne paraisse désignée, et non des vices corrigés.

6 Devancé par cette décision, il rameute ses esclaves une seconde fois et le jour des massacres ayant de nouveau été fixé, comme de nouveau il se voit trahi, craignant un procès, il occupe un château fortifié avec vingt mille esclaves en armes. 7 Tandis qu'il rameute les Africains et le roi des Maures, il y est capturé et frappé de verges, les yeux crevés, les mains et les jambes brisées, comme si le châtiment était exigé de chacun de ses membres un par un, il est tué à la vue du peuple ; son corps mis en pièces sous les coups est cloué sur la croix.

8 Ses enfants, pour leur part, ainsi que toute sa parenté, même les innocents, sont livrés au supplice, de peur que d'une maison si sacrilège il ne survive quelqu'un soit pour imiter son crime, soit pour venger sa mort.

Nouvel exil de Denys
5,1 Entre temps, alors que Denys, réinstallé à Syracuse11, était de jour en jour plus dur et plus cruel envers la cité, il est assiégé par une nouvelle conspiration. 2 Ayant alors déposé le pouvoir, il remit aux Syracusains la citadelle avec l'armée et ayant repris son train de maison privé, il part à Corinthe en exil.

Conduite de Denys à Corinthe 3 Là, jugeant que le plus humble était le plus sûr, il tomba dans le genre de vie le plus abject : il ne se contentait pas de vagabonder sur la voie publique, il y buvait ; il ne se contentait pas d'être vu dans les cabarets et les lupanars, il y passait toutes ses journées ; 5 il discutait de bricoles avec tous les pires voyous ; il se présentait en haillons et sale ; il faisait naître le rire plus volontiers qu'il ne le cherchait ; 6 il stationnait sur le marché : ce qu'il ne pouvait acheter, il le dévorait des yeux ; il cherchait querelle aux entremetteurs auprès des édiles ; 7 il faisait toutes ces choses pour paraître plus méprisable que redoutable.

8 En dernier lieu, ayant fait profession de maître d'école, il instruisait les enfants sur la place publique, afin soit d'y être toujours vu par des êtres qui le craignaient, soit d'être plus facilement méprisé par des êtres qui ne le craignaient pas. 9 En effet, bien que les tyrans soient toujours abondamment pourvus de ces vices, cependant c'était une simulation de vices, non pas des vices de nature, et Denys agissait ainsi par artifice et non pas parce qu'il avait perdu la pudeur royale, ayant éprouvé combien les noms des tyrans, même sans ressources pouvaient être haïs. 10 C'est ainsi qu'il travaillait à se débarrasser de la haine des gens d'autrefois grâce au mépris des gens du présent, et il ne recherchait pas des projets honorables, mais des projets sûrs. 11 Cependant, au milieu de ces feintes artificieuses, il fut trois fois accusé d'aspirer à la tyrannie, et il ne fut pas libéré autrement que dans la mesure où il était méprisé.

Histoire d'Hamilcar Rodanos
6,1 Pendant ces événements, les Carthaginois, épouvantés par le succès des entreprises d'Alexandre le Grand, redoutant qu'il ne veuille ajouter l'Afrique au royaume perse, envoient pour sonder ses dispositions Hamilcar, surnommé Rodanos, un homme remarquable entre tous par son adresse et son éloquence. 2 Leur peur était augmentée par la prise de Tyr, la ville de leurs fondateurs, 3 et la fondation d'Alexandrie, rivale de Carthage, à la frontière de l'Afrique et de l'Égypte, 4 ainsi que le bonheur constant du roi, chez lequel ni l'avidité, ni la bonne fortune n'avaient, en aucune manière, de bornes.

5 Donc, Hamilcar, ayant été introduit par Parménion auprès du roi, raconte que, chassé de sa patrie, il est venu se réfugier auprès du roi, et il se propose comme soldat de son expédition. 6 Et, ayant ainsi découvert ses projets, il les consigne intégralement à l'intention de ses concitoyens, sur des tablettes de bois, recouvertes de cire vierge12.

7 Cependant, les Carthaginois, d'un cœur non seulement ingrat mais encore cruel, le tuèrent quand il revint dans sa patrie après la mort du roi, sous prétexte qu'il aurait vendu la ville au roi.


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1 En 367 a.C.

2 Dion, le disciple de Platon, était le frère de la seconde épouse de Denys l'Ancien, Aristomache, si bien qu'il n'était que l'oncle par alliance de Denys le Jeune ; sa vie par Cornelius Nepos, fait partie des Vies des grands généraux des nations étrangères, la section conservée des Vies des hommes illustres. Plutarque lui a consacré une des biographies des Vies parallèles. Justin a sauté le passage où Trogue Pompée développait sans doute son rôle dans l'expulsion de Deny le Jeune (voir le texte de
Prol. 21, où, toutefois, la mention per Dionem est une correction des éditeurs).

3 Denys le Jeune avait un frère germain et une sœur germaine (nés de la Locrienne Doride), qui étaient ses cadets, ainsi que deux frères consanguins, Hipparinos et Niseos, et deux sœurs consanguines, Sophroynè et Arétè, les enfants d'Aristomache.

4 Cf. Diodore, 16,5.

5 C'est à dire en sortant de la citadelle vers la ville qui est en bas.

6 Cf. Diodore, 16,6 ;9 ; Nepos, Dion, 5.

7 En 355 a.C.

8 En 347 ou 345 a.C.

9 Hannon III le Grand.

10 Peut-être en 345 a.C.

11 Denys le Jeune a exercé à nouveau la tyrannie à Syracuse de 346 à 344.

12 Cf. supra,
2,10,13-18, la ruse du roi Démarate, et la note ad loc., Diodore, 17,113.

13 Donc, après 323 a.C. Introduit par Parménion (mort en 330), Hamilcar serait resté au moins sept ans auprès d'Alexandre le Grand. Ce long séjour justifie sans doute les soupçons de ses compatriotes.


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