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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XXII

Agathocle, Les origines d'Agathocle, 1,1—Agathocle à Syracuse 1,6—Entente d'Agathocle avec les Carthaginois, 2,1—Agathocle, tyran de Syracuse, 2,9—Expansionnisme d'Agathocle, 3,1—Agathocle en lutte contre Carthage 3,8—Agathocle passe en Afrique, 4,1—Discours d'Agathocle à ses soldats, 5,3—Campagne victorieuse d'Agathocle en Afrique 6,5—Malheurs des Carthaginois 7,1—Agathocle et Ophellas 7,4—Histoire de Bomilcar, 7,7—Succès d'Agathocle en Sicile, 8,1—Révolte des soldats d'Agathocle en Afrique, 8,4—Fuite d'Agathocle, 8,8—Trahison des soldats, 8,13—Paix entre Agathocle et les Carthaginois 8,15.


1 2 3 4 5 6 7 8

Les origines d'Agathocle 1,1 Agathocle, tyran de Sicile1, qui succéda à la puissance de Denys l'Ancien, parvint à la majesté du pouvoir royal à partir d'une famille humble et vile. 2 De fait, né en Sicile d'un père potier2, son enfance ne fut pas plus honorable que son origine première, 3 puisque, remarquable par son apparence et la beauté de son corps, il vécut longtemps de ses charmes3. 4 Ensuite, au sortir des années de puberté, il passa ses appétits des hommes aux femmes. 5 Après cela, fameux auprès des deux sexes, il changea de vie en se faisant brigand4.

Agathocle à Syracuse 6 Comme, après un intervalle de temps, il avait gagné Syracuse, et que, inscrit dans la cité, il faisait partie des résidents5, il fut longtemps sans crédit, puisqu'il ne paraissait pas avoir des biens qu'il pourrait perdre, ni avoir honte de ce qu'il souillerait. 8 Au total, dans son sort de simple soldat, menant une vie non moins rebelle qu'elle n'avait été auparavant honteuse, il était entièrement disponible pour toute action ; 9 en effet, il passait pour être physiquement énergique et d'une grande aisance de parole dans les assemblées. 10 Ainsi, il devint rapidement centurion et, immédiatement après, tribun militaire6. 11 Pendant la première guerre contre les gens de l'Etna7, il donna aux Syracusains de grandes preuves de ses capacités. 12 Au cours de la guerre suivante contre les gens de Campana, il donna à tous tant d'espoir en sa personne qu'il fut élu à la place du défunt général Damascon ; 13 et, après la mort de ce dernier, il en épousa la femme, avec qui il avait eu une liaison8. 14 Non content d'être devenu riche après avoir été indigent, il exerça la piraterie contre sa propre patrie. 15 Il dut son salut au fait que ses alliés, faits prisonniers et torturés, nièrent à son propos. 16 Il voulut deux fois s'emparer du pouvoir sur les Syracusains, il fut deux fois envoyé en exil.

Entente d'Agathocle avec les Carthaginois
2,1 Les gens de Murgantia, chez qui il était en exil, le font d'abord préteur, puis général, par haine des Syracusains9. 2 Pendant cette guerre, il prend la ville de Léontinoi et il met le siège devant sa propre patrie, Syracuse ; 3 imploré de venir au secours de celle-ci, Hamilcar, le chef des Puniques, envoie des détachements de soldats, les haines des ennemis ayant été mises de côté. 4 Ainsi, à une seule et même époque, Syracuse fut défendue par l'ennemi, avec l'amour d'un concitoyen, et attaquée par un concitoyen avec la haine d'un ennemi. 5 Comme, cependant, Agathocle voyait qu'il était plus courageux de défendre la ville que de l'attaquer, par l'intermédiaire de messagers, il cherche à obtenir d'Hamilcar par des prières qu'il se charge des décisions de paix entre lui-même et les Syracusains, promettant à Hamilcar ses services personnels. 6 Empli de cette espérance, Hamilcar fait alliance avec lui pour leur puissance mutuelle afin de donner autant de forces à Agathocle contre les Syracusains qu'il n'en récupère lui-même pour l'accroissement de son pouvoir à Carthage. 7 Or ce n'était pas seulement la paix qui est ménagée à Agathocle mais il est établi préteur pour Syracuse10. 8 Alors, ayant exposé à la vue d'Hamilcar les emblèmes de Cérès11 et les ayant touchés, il jure hommage aux Puniques.

Agathocle, tyran de Syracuse 9 Ensuite, ayant reçu de lui cinq mille Africains, il tue tous les citoyens les plus puissants 10 et, comme s'il était désireux d'organiser la constitution de l'état, il ordonne de convoquer le peuple en assemblée au théâtre, après avoir rassemblé le sénat au gymnase comme s'il voulait d'abord régler certaines questions. 11 Ayant ainsi organisé les choses, il assiège le peuple par l'entremise de soldats, égorge le sénat, 12 et une fois ce massacre accompli, il tue tous les plus riches et les plus décidés des gens de la plèbe12.

Expansionnisme d'Agathocle
3,1 Cela fait, il lève des soldats et enrôle une armée, et, pourvue de celle-ci, il attaque à l'improviste les cités voisines qui ne craignaient aucun acte d'hostilité13; il fait tort aussi aux alliés des Puniques avec la permission d'Hamilcar, en fonction du traité. 2 À cause de cela, les alliés portent leurs plaintes à Carthage non pas tant au sujet d'Agathocle qu'à celui d'Hamilcar14, 3 se plaignant du premier comme d'un maître et d'un tyran, du second comme d'un traître par lequel le sort des alliés aurait été abandonné à un ennemi implacable, en vertu d'un pacte ; 4 si, au début, Syracuse, une ville toujours hostile aux Puniques et une rivale de Carthage pour l'empire de Sicile, avait été livrée à Agathocle en gage d'alliance, maintenant, en outre, les cités des alliés avaient été annexées au même homme sous prétexte de paix. 5 Ils déclaraient donc que ces choses allaient vite déborder sur eux-mêmes et qu'ils se rendraient rapidement compte combien de malheur ils auraient eux-mêmes apportés, non pas tant à la Sicile, qu'à l'Afrique. 6 Ces plaintes enflamment le sénat contre Hamilcar, mais puisqu'il était dans son commandement, les sénateurs votèrent en secret à son propos et ordonnèrent que les votes soient réunis dans une urne et scellés avant d'être proclamés, jusqu'à ce que l'autre Hamilcar, le fils de Giscon, revînt de Sicile. 7 En fait, la mort d'Hamilcar15 devança les projets retors des Puniques et leurs décisions gardées secrètes, et celui que ses concitoyens avaient condamné illégalement sans l'entendre fut libéré par un présent du destin.

Agathocle en lutte contre Carthage 8 Cet événement donna à Agathocle l'occasion d'entrer en guerre contre les Puniques16. 9 Le premier engagement eut lieu contre Hamilcar, fils de Giscon : vaincu par lui17, Agathocle gagna Syracuse pour préparer de nouveau la guerre avec de plus grandes forces. 10 Mais l'issue du combat suivant18 fut la même que celle du précédent.

Agathocle passe en Afrique
4,1 Donc, alors que les Puniques victorieux avaient bloqué Syracuse par un siège19, Agathocle, considérant qu'il n'était, ni égal en forces, ni équipé pour soutenir un siège, et que de plus il avait été abandonné par ses alliés, choqués par sa cruauté, décida de transporter la guerre en Afrique : 2 audace étonnante, à coup sûr : porter la guerre contre ceux avec qui il n'était pas de même force, sur le sol de leur propre ville, et pour celui qui n'avait pas pu protéger son bien, attaquer le bien d'autrui, et, vaincu, de braver ses vainqueurs!

3 Le silence sur ce plan ne fut pas moins admirable que le projet. Il annonça ceci seulement au peuple : il allait trouver le chemin de la victoire ; qu'ils affermissent seulement leurs cœurs pour supporter peu de temps le siège, ou alors, pour celui à qui déplairait l'état actuel de la fortune, il lui donnait entière liberté de s'en aller. 4 Alors qu'il en était parti mille six cents20, il munit les autres de blé et d'argent pour les besoins du siège ; il emporte seulement cinquante talents avec lui pour un usage immédiat, préférant se procurer le reste auprès de l'ennemi plutôt qu'auprès de ses alliés. 5 Ensuite, il fait prêter serment à tous les esclaves, en âge de faire campagne, après leur avoir donné la liberté, embarque la plus grande partie approximativement des soldats, dans l'idée que, du fait de l'égalisation de la condition des deux ordres, ils rivaliseraient de valeur ; il laisse tous les autres pour protéger leur patrie.

5,1 Donc, la septième année de son pouvoir, en compagnie de ses deux fils adultes, Archagathos et Héraclide, 2 il dirige sa course vers l'Afrique sans qu'aucun des soldats ne sache où il était conduit, dans la mesure où tous croyaient qu'ils allaient faire du butin en Italie ou en Sardaigne21. Il découvre son plan à tous pour la première fois après le débarquement de l'armée sur le rivage de l'Afrique.

Discours d'Agathocle à ses soldats 3 Il montre dans quelle situation s'est trouvée placée Syracuse, à qui il ne restait aucun autre moyen de secours que de faire aux ennemis ce qu'eux-mêmes enduraient. 4 Certes, c'était autre chose de faire des guerres chez soi ou à l'extérieur. Chez soi, les seuls secours étaient ceux que ménageaient les forces de la patrie ; à l'extérieur, l'ennemi était vaincu aussi par ses propres forces, pendant que ses alliés l'abandonnaient et cherchaient autour d'eux des secours étrangers, par haine d'une longue domination. 5 À cela s'ajoutait le fait que les villes et les châteaux d'Afrique n'étaient pas entourés de murailles et qu'ils n'étaient pas situés sur des hauteurs mais qu'ils s'étendaient dans des plaines plates, sans aucunes fortifications, et qu'on pouvait facilement les attirer dans une alliance de guerre, par crainte de leur destruction.

6 C'est pourquoi, à partir de l'Afrique même, une plus grande guerre que celle de Sicile allait s'embraser contre les Carthaginois, et les troupes auxiliaires de tous allaient marcher ensemble contre une seule ville, plus imposante par son nom que par ses ressources, et les forces qu'il n'avait pas amenées, il les titrerait de là. 7 Et, au milieu de la crainte soudaine des Puniques, qui, bouleversés par l'audace si grande de leurs ennemis, allaient se mettre à trembler, l'influence de la victoire ne serait pas mince. 8 Il s'y ajouterait aussi l'incendie des propriétés, la mise à sac des châteaux et des villes rebelles, puis le siège de Carthage elle-même : 9 par tout cela, ils se rendraient compte que les guerres n'étaient pas seulement praticables pour eux chez les autres, mais pour les autres chez eux. 10 Non seulement il leur était possible de vaincre les Carthaginois, mais aussi de délivrer la Sicile : en effet, les ennemis ne s'attarderaient pas au siège de cette dernière alors que leurs possessions étaient serrées de près.

11 Donc, on ne pouvait trouver nulle part ailleurs une guerre plus facile, non plus qu'un butin plus riche ; en effet, une fois prise Carthage, toute l'Afrique et la Sicile seraient la récompense des vainqueurs. 12 À coup sûr, la gloire d'une si honorable expédition serait si grande en tout temps qu'elle ne pourrait prendre fin à aucune époque dans le silence de l'oubli, au point de dire qu'ils étaient les seuls humains à avoir transféré chez les ennemis une guerre qu'ils ne pouvaient endurer chez eux, et en outre à avoir poursuivi les vainqueurs et avoir assiégé les assiégeants de leur ville. 13 Pour tous, donc, il fallait aller d'un cœur courageux et joyeux à une guerre là où rien d'autre ne pouvait donner, soit un butin plus riche aux vainqueurs, soit un monument plus illustre aux vaincus.

6,1 À ces exhortations, le cœur des soldats s'affermissait, certes, mais la crainte religieuse, due à un présage, les terrifiait : pendant qu'ils naviguaient, le soleil s'était éclipsé22. 2 De cela, le roi23 donnait des explications avec non moins de soin qu'à propos de la guerre : il déclarait que si cela s'était passé avant qu'ils ne partent, il aurait fallu croire que le prodige était dirigé contre ceux qui se disposaient à partir ; maintenant, puisque cela était arrivé à ceux qui arrivaient, il fallait croire que le présage s'adressait à ceux chez lesquels on allait. 3 De plus, les éclipses des astres de la nature changeaient toujours l'état actuel des choses, et il était certain que c'était signe d'un retournement de situation, d'une part pour les ressources florissantes des Carthaginois, d'autre part pour leur propre position, pénible et contraire. 4 Ayant ainsi réconforté les soldats, il ordonne, avec l'accord de l'armée, de brûler tous les navires afin que tous sachent qu'il fallait vaincre ou mourir, le recours à la fuite ayant été ôté.

Campagne victorieuse d'Agathocle en Afrique 5 Ensuite, alors qu'ils dévastaient tout, où qu'ils aillent, et qu'ils incendiaient fermes et châteaux, Hannon vint à leur rencontre avec trente mille paysans, mais, une fois le combat engagé, deux hommes parmi les Siciliens24 et trois mille Puniques, avec leur général lui-même, tombèrent25. 7 Cette victoire affermit le courage des Siciliens et brisa celui des Puniques.

8 Après la défaite des ennemis, Agathocle prend d'assaut villes et châteaux, fait un énorme butin, massacre beaucoup de milliers d'ennemis. 9 Ensuite, il établit son camp à cinq milles de Carthage, afin que, depuis les murailles de leur ville même, les Carthaginois contemplent la perte des biens qui leur étaient les plus chers, la dévastation de leurs champs et les incendies de leurss propriétés. 10 Pendant ce temps, une rumeur immense se répand dans toute l'Afrique : l'armée des Puniques a été anéantie et les villes vont être prises d'assaut. 11 C'est pourquoi, la stupeur et l'étonnement s'emparent de tous, à partir du fait qu'un si grand empire ait déjà été, à présent, vaincu par l'ennemi au cours d'une guerre si soudaine ; ensuite, l'étonnement se change peu à peu en mépris des Puniques.

12 Peu après, ce ne sont pas seulement les Africains qui passent à Agathocle, mais aussi les villes les plus connues, suivant la nouveauté, et ils fournirent au vainqueur du blé et un tribut.

Malheurs des Carthaginois
7,1 À ces malheurs des Puniques s'ajouta aussi, comme le comble des misères, l'anéantissement de l'armée avec son généralissime en Sicile. 2 En effet, on annonçait qu'après le départ d'Agathocle de Sicile, les Puniques, rendus plus négligents dans le siège de Syracuse, avaient été taillés en pièces par Antandros, le frère du roi Agathocle26. 3 De ce fait, alors que, la fortune des Carthaginois était la même à l'intérieur et à l'étranger, ce n'était pas seulement les villes tributaires qui leur faisaient défection, mais aussi les rois alliés, mesurant les obligations des alliances à l'aune du succès, non pas de la loyauté.

Agathocle et Ophellas 4 Il y avait, parmi d'autres, le roi de Cyrène, Ophellas27, qui, dans l'espoir malhonnête d'inclure toute l'Afrique dans son royaume, avait conclu alliance avec Agathocle par l'intermédiaire d'ambassadeurs, et avait fait un pacte avec lui, selon lequel, une fois les Carthaginois vaincus, l'empire de Sicile reviendrait à Agathocle, et celui d'Afrique à lui-même28. 5 Comme, de ce fait, il était venu lui-même avec une immense armée pour se joindre à la guerre29, Agathocle l'accueillit avec un discours charmeur et d'humbles compliments ; alors qu'ils avaient souvent dîné ensemble et que le fils d'Agathocle30 avait été adopté par Ophellas, Agathocle tue Ophellas31 qui n'était pas sur ses gardes 6 et, s'étant rendu maître de l'armée de ce dernier, il écrase les Carthaginois, qui relançaient la guerre de toutes leurs forces, dans une grande bataille, lourdement ensanglantée pour les deux armées.

Histoire de Bomilcar 7 L'issue de ce combat provoqua un tel désespoir chez les Puniques que, si une sédition n'était pas née dans l'armée d'Agathocle, le chef des Puniques, Bomilcar32, serait passé à lui avec son armée. 8 En raison de ce forfait, il fut attaché au gibet par les Puniques au milieu du forum afin que soit témoin de ses supplices33 le lieu qui avait été auparavant le décor de ses honneurs.

9 Mais Bomilcar supporta avec un grand courage la cruauté de ses concitoyens, au point que, du haut de la croix, comme du haut du tribunal, il discourrait contre les crimes des Puniques, leur reprochant tantôt Hannon34 accablé sous la fausse accusation, inspirée par la haine, d'aspirer à la royauté, tantôt l'exil de l'innocent Giscon35, tantôt reprochant à son oncle Hamilcar d'avoir dit en secret qu'il préférerait faire d'Agathocle leur allié que leur ennemi. 11 Comme il avait hurlé cela au cours d'une très grande assemblée du peuple, il expira.

Succès d'Agathocle en Sicile
8,1 Pendant ce temps, Agathocle, ayant bien avancé ses affaires en Afrique, revient rapidement en Sicile après avoir remis son armée à son fils Archagatos36, estimant que rien n'avait été fait en Afrique si Syracuse était assiégée plus longtemps ; 2 de fait, après la mort d'Hamilcar, fils de Giscon, une nouvelle armée y avait été envoyée par les Puniques. 3 Donc, dès le début de son approche, les villes de Sicile qui avaient entendu parler de ses exploits en Afrique, se livrent à lui à l'envi et, les Puniques ayant été ainsi chassés de Sicile, il s'empara du pouvoir sur toute l'île.

Révolte des soldats d'Agathocle en Afrique 4 Ensuite, revenu en Afrique, il est accueilli par une révolte des soldats, due au fait que le versement des soldes avait été différé par le fils jusqu'à l'arrivée du père.

5 Les ayant donc convoqués en assemblée, il les apaise avec des paroles aimables : leurs soldes, il ne fallait pas les lui réclamer, mais se les procurer du côté de l'ennemi ; la victoire serait commune, le butin serait commun. 6 Qu'ils fassent un petit effort, jusqu'à ce que les restes de la guerre soient accomplis, dans la mesure où ils savaient que la prise de Carthage comblerait les espérances de tous. 7 L'agitation militaire une fois apaisée, il conduit l'armée au bout de quelques jours vers le camp des ennemis ; en engageant imprudemment le combat, il perdit là la plus grande partie de son armée.

Fuite d'Agathocle 8 Alors que, en conséquence, il s'était enfui dans son camp, et qu'il voyait se tourner contre lui la haine pour avoir engagé la guerre à la légère, et qu'il craignait le mécontentement ancien de la solde impayée, il s'enfuit du camp, à l'heure du premier sommeil, seul avec son fils Archagathos. 9 Quand les soldats le surent, ils tremblèrent tout comme s'ils avaient été faits prisonniers par l'ennemi ; ils clamaient qu'ils avaient été abandonnés deux fois par leur roi au milieu des ennemis, et que celui-ci avait délaissé leur sauvegarde à eux, dont il ne resterait pas même une sépulture. 10 Alors qu'ils voulaient poursuivre le roi, ils retournent au camp après avoir été surpris par des Numides ; ils avaient cependant attrapé et ramené Archagathos qui s'était écarté de son père, pendant leur course de nuit.

11 Quant à Agathocle, il est transporté à Syracuse sur les navires avec lesquels il était revenu de Sicile, avec les gardiens de ces mêmes navires, singulier exemple de forfaiture : un roi déserteur de sa propre armée, un père traître à ses fils!

Trahison des soldats 13 En Afrique, entre temps, après la fuite du roi, les soldats se livrèrent aux Carthaginois, après avoir traité avec les ennemis et assassiné les enfants d'Agathocle. 14 Quand Archagathos fut mis à mort par Arcésilas, auparavant un ami de son père, il lui demanda ce qu'il pensait qu'Agathocle ferait aux enfants de celui par lequel il était lui-même privé d'enfants. Il répondit alors qu'il lui suffisait de savoir qu'ils survivaient aux enfants d'Agathocle.

Paix entre Agathocle et les Carthaginois 15 Après cela les Puniques envoyèrent des généraux en Sicile pour poursuivre les restes de la guerre ; Agathocle fit la paix avec eux avec des clauses équitables37.


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1 Justin a sauté ce que Trogue Pompée racontait au livre précédent sur le gouvernement à Syracuse du corinthien Timoléon (344-337), dont la vie est connue par Nepos et par Plutarque, et sur les nouvelles hostilités avec les Carthaginois qui, après leur défaite à Crinisos (340 a.C.), se virent relégués à l'ouest de l'île. Il résume au début du livre 22 les origines d'Agathocle, qui devaient avoir été exposées, au moins en partie, dans le livre 21 de Trogue Pompée.

2 Agathocle naquit c.361-360 a.C. à Thermae, près d'Himère ; son père était potier à Rhégion ; il en fut exilé et s'installa à Thermae, puis à Syracuse.

3 Cf. Diodore (19,2-3)

4 Timée, qui fut exilé par Agathocle, est la source d'une tradition historiographique hostile, qui insiste sur les vices, les débauches et la cruauté du tyran ; dans le cadre de sa critique générale de Timée, Polybe y fait allusion (Hist., 8,10 ; 12,15), ainsi que Diodore (21,17,1-3).

5 Il reçut le droit de cité en 340, sous la tyrannie de Timoléon (cf. Diodore, 19,2 ; Liv., 23,51).

6 En 339 a.C., sous Timoléon. Trogue Pompée tente de donner en latin un équivalent acceptable des grades militaires d' e(katonta/rxhs et de xili/arxos.

7 Les populations établies sur les pentes du volcan, autour de la citadelle d'Henna.

8 Le général est appelé Damas par Diodore (19,3,1), qui ne parle pas d'un éventuel adultère, mais seulement de la richesse de l'héritage reçu par la veuve.

9 En 319 a.C. Diodore donne une autre version de l'histoire (19,5-8)

10 Son titre est alors "défenseur de la paix" (fu/lac th=s ei)re/nhs)

11 Démèter, qui a son sanctuaire à Henna.

12 En 317/6, Agathocle est nommé par ses partisans strathgo/s au)tokra/twr et e)pimelhth\s th=s po/lews, ce qui lui donne les pleins pouvoirs sur Syracuse. Il a éliminé les opposants en faisant tuer les 600 oligarques de la cité, dont les biens furent pillés (cf. Diodore, 19,6-8).

13 Conquête de Catane, Tauromenion et Camarina, en 314/3 (cf. Diodore, 19,65 ; 70).

14 Hamilcar, fils de Gisgon, différent de celui qui a été nommé supra en 2,3.

15 En 312 a.C.

16 Les grandes étapes de ce conflit permanent sont données par Diodore, 19,65 ; 70-72; 102-104; 106-110. 20,3-18; 29-34; 38-44; 54-72; 77-79; 89-90.

17 Agrigente, en 311 a.C. (cf. Diodore, 19,106).

18 Himère, en 311 a.C.

19 En 310/9, cf. Diodore, 20,3-18.

20 Ils furent tués par des mercenaires et leurs biens confisqués (Diodore, 20,4).

21 Départ d'Agathocle pour l'Afrique, 14 août 310 a.C.

22 Éclipse du 15 août 310 a.C.

23 En fait, Agathocle ne prit le titre de roi que vers 305/304 a.C., comme les diadoque après l'assassinat des enfants d'Alexandre (Diodore, 20,54).

24 Je traduis le texte de Justin duo de Siculis, tria milia de Poenis...cecidere, comme Orose (Hist., 4,6,23), dont la source unique est ici Justin, l'a compris : Hannonem quendam cum triginta milibus Poenorum obuium habuit, quem cum duobus milibus suorum interfecit, ipse autem duos tantum in eo bello perdidit. D'autre part, si 2000 Siciliens étaient tombés devant une armée de paysans, en n'en tuant que 3000 ou, pire, 2000 selon la tradition de CD suivie par Orose, les Grecs n'auraient pas eu lieu de se féliciter de leur victoire.

25 Diodore (20,13,1) chiffre les pertes à 200 Grecs et 1000 Carthaginois, ce qui paraît raisonnable.

26 Le roi Hamilcar (fils de Giscon), commandant en chef carthaginois en Sicile, fut vaincu dans la vallée de l'Anapos, pris et décapité ; sa tête fut envoyée à Agathocle en 309 a.C.(cf. Diodore, 20,15-16; 29-30).

27 Le gouverneur de Cyrène est appelé afella dans les mss de Justin et d'Orose (4,6,29) et opella dans le prologue de Trogue Pompée. Ophellas avait été l'un des triérarques d'Alexandre en 326 a.C. ; chargé en 322 a.C. par Ptolémée Ier de réprimer une révolte à Cyrène, il s'y installa en souverain plus ou moins indépendant.

28 Cf. Diodore, 20,40.

29 Selon Diodore (20,40-42), la marche de l'armée d'Ophellas dura deux mois et fut très difficile à cause du désert.

30 Il s'appelait Héraclide.

31 Ptolémée en profita pour récupérer Cyrène (308 a.C.).

32 Après la défaite et la mort d'Hannon, Bomilcar était resté le seul généralissime carthaginois en Afrique. Il profita de la mort de son parent (patruus ou cousin?) Hamilcar, fils de Giscon, en Sicile pour se faire reconnaître la dignité royale et tenta d'exercer une tyrannie populaire à Carthage ; il échoua et périt dans les supplices en 308 a.C. (cf. Diodore 20,43-44).

33 Le pluriel suppliciorum indique que Justin a dû sauter quelques tortures préliminaires.

34 Cf. supra,
21,4

35 Le fils du précédent.

36 En 307 a.C. À propos d'Archagatos, appelé ausi Agatharchos, et de ces événements, voir Diodore, 20, 54-72 et 77-79.

37 306 a.C. Agathocle restitue à Carthage ses conquêtes siciliennes, reçoit cent cinquante talents et du blé.


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