Succès d'Agathocle en Sicile
8,1 Pendant ce temps, Agathocle, ayant bien avancé ses affaires en Afrique, revient rapidement en Sicile après avoir remis son armée à son fils Archagatos36, estimant que rien n'avait été fait en Afrique si Syracuse était assiégée plus longtemps ; 2 de fait, après la mort d'Hamilcar, fils de Giscon, une nouvelle armée y avait été envoyée par les Puniques. 3 Donc, dès le début de son approche, les villes de Sicile qui avaient entendu parler de ses exploits en Afrique, se livrent à lui à l'envi et, les Puniques ayant été ainsi chassés de Sicile, il s'empara du pouvoir sur toute l'île.
Révolte des soldats d'Agathocle en Afrique 4 Ensuite, revenu en Afrique, il est accueilli par une révolte des soldats, due au fait que le versement des soldes avait été différé par le fils jusqu'à l'arrivée du père.
5 Les ayant donc convoqués en assemblée, il les apaise avec des paroles aimables : leurs soldes, il ne fallait pas les lui réclamer, mais se les procurer du côté de l'ennemi ; la victoire serait commune, le butin serait commun. 6 Qu'ils fassent un petit effort, jusqu'à ce que les restes de la guerre soient accomplis, dans la mesure où ils savaient que la prise de Carthage comblerait les espérances de tous. 7 L'agitation militaire une fois apaisée, il conduit l'armée au bout de quelques jours vers le camp des ennemis ; en engageant imprudemment le combat, il perdit là la plus grande partie de son armée.
Fuite d'Agathocle 8 Alors que, en conséquence, il s'était enfui dans son camp, et qu'il voyait se tourner contre lui la haine pour avoir engagé la guerre à la légère, et qu'il craignait le mécontentement ancien de la solde impayée, il s'enfuit du camp, à l'heure du premier sommeil, seul avec son fils Archagathos. 9 Quand les soldats le surent, ils tremblèrent tout comme s'ils avaient été faits prisonniers par l'ennemi ; ils clamaient qu'ils avaient été abandonnés deux fois par leur roi au milieu des ennemis, et que celui-ci avait délaissé leur sauvegarde à eux, dont il ne resterait pas même une sépulture. 10 Alors qu'ils voulaient poursuivre le roi, ils retournent au camp après avoir été surpris par des Numides ; ils avaient cependant attrapé et ramené Archagathos qui s'était écarté de son père, pendant leur course de nuit.
11 Quant à Agathocle, il est transporté à Syracuse sur les navires avec lesquels il était revenu de Sicile, avec les gardiens de ces mêmes navires, singulier exemple de forfaiture : un roi déserteur de sa propre armée, un père traître à ses fils!
Trahison des soldats 13 En Afrique, entre temps, après la fuite du roi, les soldats se livrèrent aux Carthaginois, après avoir traité avec les ennemis et assassiné les enfants d'Agathocle. 14 Quand Archagathos fut mis à mort par Arcésilas, auparavant un ami de son père, il lui demanda ce qu'il pensait qu'Agathocle ferait aux enfants de celui par lequel il était lui-même privé d'enfants. Il répondit alors qu'il lui suffisait de savoir qu'ils survivaient aux enfants d'Agathocle.
Paix entre Agathocle et les Carthaginois 15 Après cela les Puniques envoyèrent des généraux en Sicile pour poursuivre les restes de la guerre ; Agathocle fit la paix avec eux avec des clauses équitables37.
1 Justin a sauté ce que Trogue Pompée racontait au livre précédent sur le gouvernement à Syracuse du corinthien Timoléon (344-337), dont la vie est connue par Nepos et par Plutarque, et sur les nouvelles hostilités avec les Carthaginois qui, après leur défaite à Crinisos (340 a.C.), se virent relégués à l'ouest de l'île. Il résume au début du livre 22 les origines d'Agathocle, qui devaient avoir été exposées, au moins en partie, dans le livre 21 de Trogue Pompée.
2 Agathocle naquit c.361-360 a.C. à Thermae, près d'Himère ; son père était potier à Rhégion ; il en fut exilé et s'installa à Thermae, puis à Syracuse.
3 Cf. Diodore (19,2-3)
4 Timée, qui fut exilé par Agathocle, est la source d'une tradition historiographique hostile, qui insiste sur les vices, les débauches et la cruauté du tyran ; dans le cadre de sa critique générale de Timée, Polybe y fait allusion (Hist., 8,10 ; 12,15), ainsi que Diodore (21,17,1-3).
5 Il reçut le droit de cité en 340, sous la tyrannie de Timoléon (cf. Diodore, 19,2 ; Liv., 23,51).
6 En 339 a.C., sous Timoléon. Trogue Pompée tente de donner en latin un équivalent acceptable des grades militaires d' e(katonta/rxhs et de xili/arxos.
7 Les populations établies sur les pentes du volcan, autour de la citadelle d'Henna.
8 Le général est appelé Damas par Diodore (19,3,1), qui ne parle pas d'un éventuel adultère, mais seulement de la richesse de l'héritage reçu par la veuve.
9 En 319 a.C. Diodore donne une autre version de l'histoire (19,5-8)
10 Son titre est alors "défenseur de la paix" (fu/lac th=s ei)re/nhs)
11 Démèter, qui a son sanctuaire à Henna.
12 En 317/6, Agathocle est nommé par ses partisans strathgo/s au)tokra/twr et e)pimelhth\s th=s po/lews, ce qui lui donne les pleins pouvoirs sur Syracuse. Il a éliminé les opposants en faisant tuer les 600 oligarques de la cité, dont les biens furent pillés (cf. Diodore, 19,6-8).
13 Conquête de Catane, Tauromenion et Camarina, en 314/3 (cf. Diodore, 19,65 ; 70).
14 Hamilcar, fils de Gisgon, différent de celui qui a été nommé supra en 2,3.
15 En 312 a.C.
16 Les grandes étapes de ce conflit permanent sont données par Diodore, 19,65 ; 70-72; 102-104; 106-110. 20,3-18; 29-34; 38-44; 54-72; 77-79; 89-90.
17 Agrigente, en 311 a.C. (cf. Diodore, 19,106).
18 Himère, en 311 a.C.
19 En 310/9, cf. Diodore, 20,3-18.
20 Ils furent tués par des mercenaires et leurs biens confisqués (Diodore, 20,4).
21 Départ d'Agathocle pour l'Afrique, 14 août 310 a.C.
22 Éclipse du 15 août 310 a.C.
23 En fait, Agathocle ne prit le titre de roi que vers 305/304 a.C., comme les diadoque après l'assassinat des enfants d'Alexandre (Diodore, 20,54).
24 Je traduis le texte de Justin duo de Siculis, tria milia de Poenis...cecidere, comme Orose (Hist., 4,6,23), dont la source unique est ici Justin, l'a compris : Hannonem quendam cum triginta milibus Poenorum obuium habuit, quem cum duobus milibus suorum interfecit, ipse autem duos tantum in eo bello perdidit. D'autre part, si 2000 Siciliens étaient tombés devant une armée de paysans, en n'en tuant que 3000 ou, pire, 2000 selon la tradition de CD suivie par Orose, les Grecs n'auraient pas eu lieu de se féliciter de leur victoire.
25 Diodore (20,13,1) chiffre les pertes à 200 Grecs et 1000 Carthaginois, ce qui paraît raisonnable.
26 Le roi Hamilcar (fils de Giscon), commandant en chef carthaginois en Sicile, fut vaincu dans la vallée de l'Anapos, pris et décapité ; sa tête fut envoyée à Agathocle en 309 a.C.(cf. Diodore, 20,15-16; 29-30).
27 Le gouverneur de Cyrène est appelé afella dans les mss de Justin et d'Orose (4,6,29) et opella dans le prologue de Trogue Pompée. Ophellas avait été l'un des triérarques d'Alexandre en 326 a.C. ; chargé en 322 a.C. par Ptolémée Ier de réprimer une révolte à Cyrène, il s'y installa en souverain plus ou moins indépendant.
28 Cf. Diodore, 20,40.
29 Selon Diodore (20,40-42), la marche de l'armée d'Ophellas dura deux mois et fut très difficile à cause du désert.
30 Il s'appelait Héraclide.
31 Ptolémée en profita pour récupérer Cyrène (308 a.C.).
32 Après la défaite et la mort d'Hannon, Bomilcar était resté le seul généralissime carthaginois en Afrique. Il profita de la mort de son parent (patruus ou cousin?) Hamilcar, fils de Giscon, en Sicile pour se faire reconnaître la dignité royale et tenta d'exercer une tyrannie populaire à Carthage ; il échoua et périt dans les supplices en 308 a.C. (cf. Diodore 20,43-44).
33 Le pluriel suppliciorum indique que Justin a dû sauter quelques tortures préliminaires.
34 Cf. supra, 21,4
35 Le fils du précédent.
36 En 307 a.C. À propos d'Archagatos, appelé ausi Agatharchos, et de ces événements, voir Diodore, 20, 54-72 et 77-79.
37 306 a.C. Agathocle restitue à Carthage ses conquêtes siciliennes, reçoit cent cinquante talents et du blé.