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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XXIV

Ptolémée, Keraunos et Antigone Gonatas, Coalition des cités de Grèce contre les Étoliens, 1,1—Actions d'Aréos 1,5—Ptolémée Kéraunos, roi de Macédoine 1,8—Ptolémée Kéraunos et sa sœur Arsinoè, 2,1—L'invasion gauloise 4,1—Aveuglement de Ptolémée Keraunos, 4,8—Défaite et mort de Ptolémée Keraunos, 5,5—Réactions des Macédoniens 5,8—Seconde attaque gauloise sur la Macédoine 6,1—Les Gaulois marchent sur Delphes 6,4—Description du sanctuaire d'Apollon, 6,6—Les Gaulois devant Delphes, 7,1—Victoire des Delphiens avec l'aide des dieux 8,1—Débâcle des Gaulois 8,10.


1 2 3 4 5 6 7 8

Coalition des cités de Grèce contre les Étoliens 1,1 Pendant que cela se passe en Sicile, entre temps, en Grèce, tandis que les rois Ptolémée Keraunos, Antiochos1 et Antigone bataillent entre eux2, 2 à peu près toutes les cités de Grèce, sous la conduite des Spartiates, comme si l'occasion offerte les avaient excitées à espérer leur liberté, s'étant envoyé mutuellement des ambassadeurs pour se lier par des traités d'alliance, se jettent dans la guerre 3 et, afin de ne pas paraître commencer une guerre avec Antigone, leur souverain, elles attaquent ses alliés, les Étoliens, 4 en mettant en avant comme causes de la guerre le fait que ceux-ci se seraient emparé par la violence de la plaine de Cirrha, consacrée à Apollon avec l'accord de la Grèce.

Actions d'Aréos 5 Pour cette guerre, les cités choisissent comme chef Aréos3 qui, après avoir rassemblé une armée, ravage les villes et les cultures situées dans ces plaines et met le feu à ce qu'il ne peut emporter.

6 Alors que les bergers étoliens avaient observé cela depuis les hauteurs, cinq cents environ d'entre eux s'étant rassemblés poursuivent les ennemis qui étaient dispersés, et qui ignoraient la force de la troupe parce que la crainte4 et la fumée des incendies leur avaient bouché la vue ; ils mirent en fuite les pillards après en avoir tué à peu près neuf mille.

7 Ensuite, les Spartiates ayant préparé à nouveau la guerre, beaucoup de cités refusèrent leur aide : ils estimaient que les Spartiates cherchaient à dominer la Grèce, non à la libérer5.

Ptolémée Kéraunos, roi de Macédoine 8 Pendant ce temps, la guerre entre les rois se termine ; en effet, alors que Ptolémée s'était emparé du pouvoir royal sur toute la Macédoine après avoir repoussé Antigone, il fait la paix avec Antiochos et devient parent par alliance de Pyrrhos en lui donnant sa fille en mariage6.

Ptolémée Kéraunos et sa sœur Arsinoè
2,1 À partir de là, libéré de la crainte de l'extérieur, il tourne son esprit impie et scélérat vers des crimes familiaux et il ourdit contre sa sœur Arsinoè un piège par lequel il priverait ses fils de la vie7, et elle-même de la possession de la ville de Cassandreia8.

2 Sa première ruse fut, après avoir simulé de l'amour pour sa sœur, de la rechercher en mariage ; il ne pouvait en effet parvenir jusqu'aux fils de sa sœur, dont il avait occupé le royaume, autrement que par une fourbe bonne intelligence. 3 Mais la volonté criminelle de Ptolémée était connue de sa sœur. 4 Ainsi, c'est à une femme méfiante que Ptolémée fait dire qu'il veut partager avec ses fils le pouvoir royal : il n'a pas lutté en armes contre eux pour leur arracher le pouvoir royal, mais parce qu'il voulait leur en faire présent. 5 Qu'elle envoie un témoin devant qui il prêterait serment et se lierait auprès des dieux immortels par les jurements solennels qu'elle voudrait. 6 Arsinoè était dans l'incertitude de ce qu'elle devait faire : si elle envoyait quelqu'un, elle craignait d'être prise au piège par un parjure ; si elle n'envoyait personne, elle craignait le déchaînement de la cruauté fraternelle. 7 Donc, craignant plus pour ses enfants que pour elle-même, elle jugeait qu'elle les protégerait par son mariage ; elle envoie un de ses amis, Dion ; 8 l'ayant emmené dans le très saint temple de Jupiter, objet d'un culte très ancien de la part des Macédoniens, Ptolémée, serrant de ses mains les autels et touchant les statues et les lits de parade mêmes des dieux, jure avec des exécrations inouïes et extrêmes 9 qu'il recherche avec une sincère loyauté l'union avec sa sœur et qu'il la proclamera reine, et qu'il n'aura ni une autre épouse qui lui ferait injure ni d'autres enfants que ses fils à elle. 10 Après qu'Arsinoè se trouva remplie d'espoir et libérée de la crainte, elle parle elle-même avec son frère, et comme l'expression de son visage et son regard caressant promettaient non moins de loyauté que ses serments, elle conclut ses noces avec son frère, tandis que son fils Ptolémée9 proteste en criant qu'il y a une fourberie là-dessous.

3,1 Les noces sont célébrées en grand apparat, à la joie de tous. 2 Devant l'armée, convoquée en assemblée, Ptolémée place le diadème sur la tête de la sœur et la proclame reine. 3 À ce nom, Arsinoè, inondée de joie parce qu'elle récupérait le titre qu'elle avait perdu à la mort de Lysimaque, son précédent mari, invite d'elle-même son mari dans sa ville de Cassandreia, ville pour l'appropriation de laquelle la machination était bâtie. 4 Donc, ayant précédé son mari, elle proclame en ville un jour de fête pour son arrivée, ordonne d'orner les maisons, les temples et tous les autres édifices, et de placer partout des autels et des victimes ; 5 quant à ses fils, Lysimaque, âgé de seize ans, Philippe, de trois ans plus jeune, tous d'eux remarquables par leur beauté, ils reçoivent l'ordre d'aller, couronnés, à la rencontre de Ptolémée ; 6 et ce dernier, pour masquer sa fourberie, les accable de baisers avides et outrepassant la véritable affection.

7 Une fois le cortège arrivé à la porte, le roi ordonne d'occuper la citadelle et de tuer les enfants. Alors qu'ils avaient cherché refuge auprès de leur mère, ils sont égorgés sur son sein, au milieu de ses embrassements mêmes, 8 tandis qu'elle demande à grands cris ce qu'elle a fait de si contraire à la volonté des dieux, soit en se mariant, soit après ses noces. Elle s'offrit à maintes reprises aux assassins à la place de ses fils, souvent elle protégea de son corps les corps de ses fils qu'elle tenait embrassés, et elle voulut recevoir les blessures qui étaient destinées à ses enfants. 9 À la fin, privée même des funérailles de ses fils, la tunique déchirée et les cheveux épars, traînée hors de la ville avec deux petits esclaves, elle s'en alla en exil à Samothrace, d'autant plus malheureuse qu'il ne lui avait pas été permis de mourir avec ses fils10.

10 Mais les crimes de Ptolémée ne restèrent pas impunis, puisque, les dieux immortels tirant vengeance de tant de parjures et de parricides si sanglants, il fut rapidement dépouillé de son royaume par les Gaulois et, fait prisonnier, il perdit la vie par l'épée, comme il l'avait mérité11.

L'invasion gauloise
4,1 Et, en effet, les Gaulois, en multitude débordante, comme les terres qui les avaient engendrés ne les contenaient pas, envoyèrent, comme en un printemps sacré12, trois cent mille hommes à la recherche de nouvelles demeures. 2 Une partie d'entre eux s'installa en Italie, celle qui mit également le feu à la ville de Rome après l'avoir prise13, 3 et une partie pénétra dans les golfes d'Illyrie, en massacrant les barbares14 sur leur passage, avec des oiseaux pour guides - car les Gaulois sont experts entre tous pour observer les oiseaux -, et s'installa en Pannonie ; 4 un peuple rude, audacieux, belliqueux qui fut le premier après Hercule (auquel cet exploit procura l'admiration pour son courage et la foi en son immortalité), à franchir les cols invaincus des Alpes et à traverser des lieux inaccessibles à cause du froid. 5 Là, après avoir vaincu les Pannoniens, ils firent diverses guerres contre leurs voisins, pendant nombre d'années. 6 Ensuite, le succès les y invitant, ils se divisèrent en colonnes : certains se dirigèrent vers la Grèce, d'autres vers la Macédoine, écrasant tout par les armes, 7 et il y avait une telle terreur de la puissance gauloise que même les rois qui n'étaient pas sous leur menace achetaient de leur plein gré la paix avec d'énormes sommes d'argent.

Aveuglement de Ptolémée Keraunos 8 Le roi de Macédoine, Ptolémée, fut le seul à apprendre leur approche sans trembler et, poursuivi par les Furies15 qui s'attachent aux parricides, il alla à leur rencontre avec un petit nombre d'hommes mal préparés, comme si les guerres n'étaient pas plus difficiles à mettre en œuvre que les crimes.

9 Il repoussa aussi une ambassade des Dardaniens qui offrait un renfort de vingt mille soldats, et l'offensa même de surcroît en disant que c'en était fini de la Macédoine si, alors qu'ils avaient, seuls, conquis l'Orient entier, ils avaient besoin des Dardaniens pour tenir leurs frontières ; 10 il avait comme soldats les fils de ceux qui, sous le roi Alexandre, avaient, vainqueurs, rendu tributaire le monde tout entier. 11 Quand ces paroles furent rapportées au roi dardanien, il dit que ce fameux et illustre royaume macédonien allait périr rapidement, du fait de la témérité d'un jeune homme immature.

5,1 Donc, les Gaulois, sous la conduite de Belgios, envoient des ambassadeurs à Ptolémée pour éprouver les dispositions d'esprit des Macédoniens ; ils offraient la paix si le roi voulait l'acheter ; 2 mais Ptolémée se glorifia au milieu des siens de ce que les Gaulois demandaient la paix par peur de la guerre. 3 Il ne se vanta pas devant les ambassadeurs avec moins d'arrogance qu'il ne l'avait fait au milieu de ses amis, en disant qu'il n'accorderait la paix que s'ils lui donnaient leurs princes en otages et lui livraient leurs armes ; il n'aurait en effet confiance en eux que s'ils étaient désarmés. 4 Une fois l'ambassade revenue, les Gaulois rirent de son rapport ; ils criaient de partout que Ptolémée se rendrait vite compte s'ils avaient offert la paix dans leur intérêt ou dans le sien.

Défaite et mort de Ptolémée Keraunos 5 Quelques jours s'étant passés, le combat s'engage ; vaincus, les Macédoniens sont massacrés ; 6 Ptolémée, atteint de nombreuses blessures, est fait prisonnier ; sa tête tranchée, fichée sur une lance, est promenée sur tout le front pour la terreur de l'ennemi. 7 La fuite sauva un petit nombre de Macédoniens ; tous les autres furent faits prisonniers, ou tués.

Réactions des Macédoniens 8 Alors que cela avait été annoncé à travers toute la Macédoine, les portes des villes se ferment, tout est rempli de deuil : 9 tantôt ils pleuraient la perte des fils qu'ils avaient perdus,tantôt ils redoutaient la destruction des villes, tantôt ils appelaient à l'aide leurs rois, Alexandre et Philippe, invoquant leurs noms comme on invoque des puissances divines ; 10 sous leurs règnes, ils n'avaient pas seulement été en sécurité, mais en plus les vainqueurs du monde entier ; 11 ils priaient Alexandre et Philippe de protéger leur propre patrie, une patrie qu'ils avaient rendue proche du ciel par la gloire de leurs hauts faits, de porter secours aux affligés, que la frénésie et la témérité du roi Ptolémée avait menés à leur perte.

12 Tous se livrant au désespoir, Sosthène17, un des princes des Macédoniens, ayant réfléchi que ce n'était pas avec des vœux qu'il fallait agir, ayant rassemblé la jeunesse, arrêta les Gaulois ivres de leur victoire et défendit la Macédoine contre un peuple ennemi. 13 En considération de son courage et des services rendus, il est préféré, bien que non noble, à beaucoup de nobles qui aspiraient au règne de Macédoine, 14 et, alors que l'armée l'avait proclamé roi, il obligea les soldats à lui prêter serment à titre de général, et non à titre de roi.

Seconde attaque gauloise sur la Macédoine
6,1 Pendant ce temps, Brennos18, sous la conduite duquel une partie des Gaulois s'était répandue en Grèce, ayant appris la victoire des siens qui avaient vaincu les Macédoniens sous le commandement de Belgios, s'indigna de ce que, une fois la victoire acquise, une proie si riche et chargée des dépouilles de l'Orient eût été abandonnée si facilement ; ayant rassemblé lui-même cent cinquante mille fantassins et quinze mille cavaliers, il se jeta sur la Macédoine.

2 Comme il dévastait les terres et les habitations, Sosthène se précipite à sa rencontre avec une armée équipée ; mais peu nombreux, ils sont facilement vaincus par plus nombreux qu'eux, et tremblants, par des hommes valeureux. 3 C'est pourquoi, alors que les Macédoniens, vaincus, se terrent à l'intérieur des murailles des villes, Brennos, vainqueur, pille les champs de toute la Macédoine sans que personne l'en empêche.

Les Gaulois marchent sur Delphes 4 Puis, comme si désormais les dépouilles terrestres étaient sans valeur, il tourne son esprit vers les temples des dieux immortels, plaisantant de façon bouffonne en disant que les dieux opulents doivent faire des largesses aux hommes. 5 Aussitôt, donc, il tourne sa marche vers Delphes, donnant le pas au butin sur la religion, à l'or sur l'offense faite aux dieux immortels ; il affirmait que ces derniers n'avaient besoin de nulles richesses, puisqu'ils avaient l'habitude d'en combler les hommes.

Description du sanctuaire d'Apollon 6 Or, le temple d'Apollon à Delphes a été placé sur le mont Parnasse19, sur un rocher en pente raide de tous côtés ; l'affluence des hommes en a fait une cité : accourus de partout par admiration pour la majesté du lieu, ils s'installèrent sur ce rocher. 7 Et, de la sorte, ce ne sont pas des murailles, mais des précipices, ni des œuvres faites de main d'homme mais des défenses naturelles, qui défendent le temple et la cité, si bien qu'il est à coup sûr incertain de juger de ce qui emporte ici plus d'admiration : la protection du lieu ou la majesté du dieu.

8 Au milieu des pierres, le rocher s'écarte en forme de théâtre. Pour cette raison, la clameur des hommes et, quand il s'y ajoute, le son des trompettes, sous l'effet de la résonance des rochers qui se renvoient le son, s'entendent en écho multiple et résonne plus largement qu'ils ne sont émis ; et ce phénomène inspire la plupart du temps une grande terreur de la majesté à ceux qui ne le connaissent pas et une grande admiration à ceux qui sont frappés de stupeur.

9 Dans un creux du rocher, à peu près à mi-hauteur de la montagne, il y a une plate-forme étroite et, là, une profonde ouverture dans le sol, qui s'ouvre pour les oracles et d'où un souffle froid, chassé vers les hauteurs comme un vent, sous l'effet de quelque force, met en transe l'esprit des prophétesses et les contraint, emplies du dieu, à donner des oracles aux consultants. 10 Pour cela, on y voit fréquemment beaucoup de présents opulents des rois et des cités20 qui attestent par leur magnificence la reconnaissance de ceux qui s'acquittent de leurs vœux et les oracles des dieux.

Les Gaulois devant Delphes
7,1 Donc, alors que Brennos avait le temple devant les yeux, il se demanda longtemps s'il attaquerait sur-le-champ, ou bien s'il donnerait à ses soldats, fatigués par la route, l'espace d'une nuit pour reprendre des forces. 2 Les chefs des Énianes et des Thessaliens, qui avaient fait leur jonction pour s'associer au pillage, ordonnaient de couper court aux atermoiements tandis que les ennemis étaient impréparés et que la terreur causée par l'approche de Brennos était fraîche ; 3 en laissant passer une nuit, le courage et peut-être des renforts ajouteraient aux ennemis, et on trouverait fermées les routes qui, pour l'instant, étaient grandes ouvertes.

4 Mais dès que la foule des Gaulois, au sortir d'un long dénuement, avait découvert des campagnes pleines de vins et de toutes sortes de vivres, non moins joyeuse de l'abondance que de la victoire, elle s'était éparpillé à travers champs, 5 et les soldats, ayant abandonné leurs enseignes, allaient à l'aventure en vainqueurs pour s'emparer de tout, et cela donna un répit à Delphes.

6 De fait, on rapporte qu'à la première rumeur de l'arrivée des Gaulois, les paysans s'étaient vu interdire par les oracles d'enlever des exploitations agricoles les récoltes et les vins. 7 On ne comprit pas ce que ces instructions avaient de salutaire avant que, l'abondance de vin et des autres approvisionnements ayant été comme un retard jeté sur la route des Gaulois, les secours des voisins arrivèrent. 8 Ainsi, les Delphiens, accrus par les forces de leurs alliés, se fortifièrent avant que les Gaulois, couvant leur vin comme une proie, ne fussent rappelés sous leurs enseignes.

9 Brennos avait soixante-cinq mille fantassins choisis dans toute l'armée ; les soldats des Delphiens et de leurs alliés n'étaient que quatre mille ; avec mépris pour eux, Brennos montrait à tous la richesse du butin pour aiguiser le courage des siens, et il affirmait que les statues avec les quadriges, dont l'immense abondance était visible au loin, avaient été coulées en or massif et que le butin pesait plus qu'il n'en avait l'air21.

Victoire des Delphiens avec l'aide des dieux
8,1 Excités par cette affirmation, les Gaulois, encore ébranlés par le vin pur de la veille, se ruaient au combat sans considération pour les dangers. 2 En face, les Delphiens, comptant plus sur le dieu que sur leurs forces, résistaient avec mépris pour les ennemis et, depuis le sommet le plus haut de la montagne, ils écrasaient de pierres ou de traits, les Gaulois en train de grimper.

3 Soudain, pendant ce combat des adversaires, les prêtres de tous les temples, en même temps que les prophétesses elles-mêmes, les cheveux défaits, avec leurs insignes et leurs bandelettes, éperdus et hors d'eux mêmes, accourent devant la première ligne de combattants. 4 Ils clament que le dieu est arrivé, qu'ils ont vu, sautant en bas du temple à travers le faîte ouvert du toit, 5 tandis que tous imploraient à genoux le secours du dieu, un jeune homme d'une beauté remarquable et au-delà des normes humaines ; et qu'il était accompagné de deux vierges en armes, venues à sa rencontre depuis les sanctuaires voisins de Diane et de Minerve ; 6 ils n'avaient pas seulement vu cela de leurs yeux, ils avaient aussi entendu le sifflement de l'arc et le fracas des armes. 7 Par conséquent, ils les exhortaient avec les plus grandes prières à ne pas tarder à massacrer l'ennemi, alors que les dieux combattaient en première ligne, et à s'associer à la victoire des dieux. 8 Enflammés par ces paroles, tous s'élancent à l'envi au combat. 9 Ils se rendirent compte eux-même aussitôt de la présence du dieu, car un morceau détaché de la montagne sous l'effet d'un tremblement de terre écrasa l'armée des Gaulois et les escadrons serrés mis en déroute se bousculaient non sans recevoir des blessures de l'ennemi22.

Débâcle des Gaulois 10 Puis, suivit une tempête qui emporta par la grêle et le froid ceux qui étaient diminués par leurs blessures. 11 Le chef lui-même, Brennos, s'acheva d'un coup de poignard, alors qu'il ne pouvait supporter la douleur de ses blessures.

12 L'autre chef23, après le châtiment des fauteurs de guerre, quitta la Grèce à marches forcées avec dix mille blessés. 13 Mais la fortune ne fut pas plus accommodante pour les fuyards, puisque les égarés ne passèrent aucune nuit sous un toit, aucune journée sans peines et sans dangers ; 14 des pluies continuelles, une neige solidifiée par le gel, la famine, l'épuisement et, en plus, le manque de sommeil qui est le plus grand des maux, anéantirent les malheureux restes de l'armée infortunée. 15 Les peuples et les peuplades qu'ils traversaient à la débandade leur donnaient la chasse comme à une proie.

16 Il arriva, de ce fait, qu'il n'y eut aucun survivant d'une si grande armée qui, peu de temps auparavant, méprisait même les dieux par confiance dans ses forces, même pour rappeler un si grand désastre24.


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1 Antiochos Sôter (281-261) avait succédé à son père Séleucos Ier Nicator, assassiné (cf. supra
17,2).

2 En 280 a.C. Ptolémée Keraunos bat Antigone Gonatas et s'empare du royaume de Macédoine.

3 Roi de Sparte de 309/8 à 265/4 a.C.

4 La leçon des mss metus a posé aux éditeurs modernes un problème de compréhension : ainsi metus a été corrigé par Ruehl et Galdi de façon prosaïque en montes (ta\ mete/wra : les hauteurs), ce qui donne un tableau vraisemblable de la situation ; si on veut corriger le texte reçu, on pourrait aussi écrire nimbus. Seel, quant à lui, parle d'un poeticus fucus, attribuable à Justin. En fait, le metus dont il s'agit doit être compris comme le metus <Delphicus>, c'est-à dire la terreur sacrée que le dieu inspire à ceux qui viennent violer son domaine ; l'événement relaté ici par Justin amorce le développement des chapitres 6-8.

5 De fait, Aréos Ier se présente en monarque hellénistique : en 280, il frappe des tétradrachmes d'argent à son nom, portant au droit le type d'Alexandre en Hercule, au revers la statue de Zeus Olympien.

6 Cf. supra
17,2,15.

7 Cf. supra
17,2,6-8 et les n. ad loc. Les projets de Ptolémée sont présentés différemment au livre 17 et au livre 24 : Trogue Pompée suit deux sources différentes (Hieronymos de Cardia au livre 17 ?, Philarque au livre 24 ?), ce qui explique le doublet pour les événements et la divergence de points de vue.

8 Ancienne capitale de Cassandre, fondée en 316 a.C. sur l'emplacement de Potidée.

9 Il disparaît ensuite du récit de Justin, qui ne dit pas que Ptolémée II Philadelphe, son oncle, lui avait donné la ville de Telmesse en Lycie.

10 Elle s'en consola toutefois assez vite en épousant son frère germain Ptolémée II. Le couple royal fut divinisé de son vivant.

11 En 280 ou 279 a.C. Cf. Diodore, 22, 3-4.

12 Le Ver sacrum, une institution des anciens Sabins ; lors de catastrophes naturelles, ils vouaient au dieu Mars tout ce qui naîtrait au printemps suivants : le bétail était sacrifié, les enfants, devenus adultes, étaient envoyés fonder une cité, sous la conduite d'un animal totémique.

13 En 387/6, selon la chronologie suivie par Justin. Cf. supra,
6,6,5 et la n. ad loc.

14 Donc les Gaulois ne seraient pas des barbares ? Trogue Pompée, il est vrai, est "Gaulois".

15 Les Érynies de la mythologie grecque.

16 Entre la mort de Keraunos, en 280 ou 279, et le commandement de Sosthène († 278/7), se placent les deux règnes, très brefs, de Méléagre, frère (Eusèbe 1.235 Schöne) ou oncle (Diodore, 22,4) de Keraunos, et d'Antipatros l'Étésien, un neveu de Cassandre

17 279 a.C.

18 Cf. Strabon, 4, 187. Ce Brennos, homonyme du vainqueur de Rome, aurait été le chef des Celtes Prauvsoi.

19 Le Parnasse culmine à 2459 m. ; l'altitude du temple d'Apollon est de 573 m.

20 populus = corps civique, comme au début du
livre I.

21 Brennos veut dire que ce ne sont pas des statues constituées d'un bâti couvert de feuilles d'or, comme c'est le plus souvent le cas (statues chryséléphantines de Phidias).

22 Cf. Diodore, 22,9 ; Pausanias, 1,4 ; Polybe, 4,46.

23 Belgios.

24 Selon Diodore (22,9), 10 000 Gaulois furent tués à Delphes, et 20 000 blessés, accablés par la famine et le froid, furent achevés par Cichorios, le successeur de Brennos. Les dernières bandes furent anéanties par Antigone Gonatas (cf. infra
25,2).


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