Mort de Pyrrhos à Argos
5,1 Repoussé par les Spartiates, Pyrrhos se dirige vers Argos ; tandis qu'il s'efforce d'y atteindre Antigone qui s'était enfermé dans la ville, il est frappé par une pierre jetée du rempart pendant qu'il combat avec rage dans la mêlée et est tué14. 2 Sa tête est apportée à Antigone qui, adouci par la victoire, renvoya dans son royaume son fils Héllènos, qui avait capitulé avec les Épirotes, et lui remit les restes de son père, privé de sépulture, pour qu'ils soient rapportés dans sa patrie.
Grandeur de Pyrrhos 3 Dans toutes les sources, il est bien établi qu'aucun roi, de sa génération ou de la génération précédente, ne put être comparé à Pyrrhos, que l'on vit rarement, non seulement parmi les rois, mais encore parmi les hommes illustres, quelqu'un d'une vie plus sainte ou d'une justice plus éprouvée, qu'il y eut chez ce héros, à coup sûr, une si grande science de l'art militaire 4 que quand il fit la guerre à Lysimaque, à Démètrios, à Antigone - de si grands rois - il fut toujours vainqueur, 5 et que, au cours des guerres avec les Illyriens, les Siciliens, les Romains et les Carthaginois, il n'eut jamais le dessous et, la plupart du temps, il en sortit vainqueur, 6 lui qui, c'est certain, rendit illustre dans le monde entier sa propre patrie, étroite et obscure, par la renommée des ses hauts-faits et le rayonnement de son nom15.
1 La paix de 278 a.C. avait fixé les zones d'influence des deux princes : Antigone Gonatas s'engage à ne pas intervenir en Asie mineure et Antiochos Ier Sôter renonce à ses visées sur le royaume de Macédoine, en proie à l'anarchie depuis la mort de Sosthène, dont Cassandreia a fait sécession. Antigone épouse Phila, sœur d'Antiochos.
2 Défaite et mort de Ptolémée Keraunos, cf. supra, 24,5,5-7.
3 Cf. Diodore, 22,9.
4 Au printemps 277 a.C., près de Lysimacheia. À la suite de sa victoire, Antigone fut proclamé roi des Macédoniens en 276.
5 Cf. supra, 23,3,9-12, où les actions de Pyrrhos sont présentées tout différemment, sans doute d'après Proxenos et Timée. Trogue Pompée aurait suivi ici Hiéronymos de Cardia.
6 Fils de Bircenna, la troisième épouse de Pyrrhos.
7 Automne 275 a.C.
8 274 a.C.
9 Antigone Gonatas a été battu deux fois par Pyrrhos en 274, puis à nouveau par Ptolémée, le fils de Pyrrhos en 273 ; Pyrrhos est, pour l'heure, roi de Macédoine et de Thessalie (cf. Pausanias, 1,13). Aigai est prise par le roi agiade Cléonymos, chassé du pouvoir par son neveu Areos 1er, et qui s'est mis au service de Pyrrhos ; les mercenaires galates de Pyrrhos pillent les tombes royales.
10 Il est évident que Trogue Pompée a ici transposé le terme grec générique xerso/nhsos (presqu'île) qu'il a trouvé dans sa source : mais de quelle presqu'île s'agissait-il ? Il ne peut évidemment pas s'agir de la Chersonèse de Thrace, mais serait-ce la péninsule rocheuse proche d'Épidaure, ou bien plutôt le Péloponnèse dans son ensemble, ce qui correspondrait à l'action de Pyrrhos : d'ailleurs les corrections Peloponneso ou Peloponneson ont été proposées, mais elles sont difficilement justifiables paléographiquement. D'autre part, l'usage du datif de but est curieux ; Le verbe transpono se construit normalement avec in + acc. ; quand il est accompagné du datif, il s'agit d'un datif d'intérêt : Justin aurait-il pris le Pirée pour un homme ? Peut-être l'allié de Pyrrhos, le roi Cléonyme, privé de la royauté à Sparte par son neveu Aréos. Justin a manifestement opéré ici des coupes claires dans le récit de Trogue Pompée qui devait parler de Cléonyme, prétexte de l'intervention de Pyrrhos dans le Péloponnèse.
Corinthe est tenue par Antigone, ainsi que quelques villes côtières qu'il a pu garder (Pausanias, 1,13,2), si bien que Pyrrhos passe par mer en Achaïe depuis le territoire des Étoliens, ses alliés.
11 Cf. Plutarque (Pyr., 26-27), dont les sources sont Phylarque et Hiéronymos de Cardia.
12 Né en 296, Ptolémée était l'aîné des fils de Pyrrhos, né en 296 d'Antigonè (fille de Bérénice, l'épouse de Ptolémée, et de son premier mari, un Macédonien nommé Philippe) ; il fut tué en 272 a.C.
13 274 a.C.
14 En 272 a.C., cf. Plutarque, Pyr., 26-34 ; Pausanias, 1,13.
15 La source de cette louange de Pyrrhos pourrait être Proxenos.