a digital library of Latin literature
   
CSL Home



Keyword Search
  
     advanced search

Browse by:
          Author
          Title
          Genre
          Date

Full Corpus:
   All available texts
      (single page)



Help
Secondary Texts

What's New
Copyright
Credits
Contact Us

Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

Précédente

Table des matières

Suivante
   


Livre XXV

Antigone et Pyrrhos, Ambassade des Gaulois à Antigone Gonatas, 1,1—Victoire d'Antigone Gonatas sur les Gaulois, 2,1—Importance des mercenaires gaulois, 2,8—Pyrrhos quitte la Sicile, 3,1—Pyrrhos s'empare de la Macédoine, 3,5—Démesure de Pyrrhos 4,1—Échec de Pyrrhos contre Sparte, 4,4—Ptolémée, fils de Pyrrhos, 4,8—Mort de Pyrrhos à Argos, 5,1—Grandeur de Pyrrhos, 5,3.


1 2 3 4 5

Ambassade des Gaulois à Antigone Gonatas 1,1 Une fois la paix conclue entre les deux rois Antigone et Antiochos1, Antigone revenait en Macédoine quand un nouvel ennemi se dressa soudain contre lui.

2 En effet, les Gaulois qui avaient été laissés par Brennos pour protéger les frontières de leur peuple, au moment où le chef partait pour la Grèce, avaient armé quinze mille fantassins et trois mille cavaliers, afin de ne pas paraître les seuls à rester oisifs, 3 et, menaçant la Macédoine après avoir mis en fuite les troupes des Gètes et des Tribales, ils envoyèrent au roi des ambassadeurs qui lui offriraient d'acheter la paix, en même temps qu'ils espionneraient le camp du roi. 4 En considération de la magnificence royale, Antigone les invita à un banquet en grand apparat. 5 Cependant, les Gaulois, admirant l'énorme masse d'or et d'argent exposée, et attirés par l'abondance du butin, s'en retournent plus inamicaux qu'ils étaient venus. 6 Le roi avait ordonné de leur faire voir, pour les terrifier, les éléphants, à l'apparence insolite pour les barbares, et de leur montrer les navires chargés de richesses; 7 il ignorait que ceux à qui il pensait inspirer de la terreur en faisant étalage de ses forces, il les attirait, comme dans la perspective d'un riche butin.

8 C'est pourquoi les ambassadeurs, de retour chez eux, en vantant tout à l'exagération, témoignent des richesses du roi en même temps que de son insouciance ; 9 le camp était rempli d'or et d'argent, cependant il n'était pas protégé par un retranchement ou un fossé, et, comme s'ils avaient dans leurs richesses une protection suffisante, ils avaient interrompu les exercices militaires, 10 tout à fait comme s'ils n'avaient pas besoin du secours du fer, puisqu'ils avaient de l'or en abondance.

Victoire d'Antigone Gonatas sur les Gaulois
2,1 Ce rapport suffisait bien à exciter au butin les cœurs d'un peuple avide ; 2 mais il s'y ajoutait encore l'exemple de Belgios qui, peu auparavant, avait massacré l'armée macédonienne et son roi2.

3 C'est pourquoi, tous étant d'accord, ils attaquent de nuit le camp du roi qui, se doutant d'une si grande calamité, avait, la veille, donné l'ordre de tout emporter dans la forêt voisine et de s'y cacher sans bruit. 4 Le camp fut sauvé pour la seule raison qu'il avait été abandonné : en effet, quand les Gaulois voient tout désert, non seulement sans protection, mais même sans gardes, ne pensant pas à la fuite des ennemis, mais à une ruse, ils eurent longtemps peur de passer les portes. 5 À la fin, les retranchements étant entiers et intacts, ils occupèrent le camp qu'ils fouillaient plus qu'ils ne le pillaient.

6 Alors, ayant emporté ce qu'ils avaient trouvé, ils reviennent sur le rivage. Pendant que, sans souci et sans crainte aucune, ils y pillaient les navires, ils sont massacrés par les rameurs et la partie de l'armée qui s'était réfugiée là avec les femmes et les enfants3, 7 et il y eut un si grand carnage de Gaulois que la renommée de cette victoire4 procura à Antigone la paix, non seulement avec les Gaulois, mais aussi avec ses sauvages voisins.

Importance des mercenaires gaulois 8 Toutefois, si grande fut à cette époque la fécondité de la jeunesse gauloise qu'ils remplirent toute l'Asie comme un essaim d'abeilles. 9 Enfin, les rois d'Orient ne firent aucune guerre sans une armée de mercenaires gaulois et, s'ils étaient chassés de leur royaume, ils ne faisaient pas appel à d'autres que les Gaulois. 10 Si grande était la terreur inspirée par la puissance gauloise, et le bonheur invincible de leurs armes que les rois pensaient ne pouvoir assurer leur prééminence, ni la retrouver s'ils l'avaient perdue, autrement qu'en ayant recours à la valeur gauloise.

11 Ainsi, ayant été appelés à l'aide par le roi de Bithynie, ils partagèrent le royaume avec lui, une fois la victoire obtenue et nommèrent cette région la Gallo-Grèce.

Pyrrhos quitte la Sicile
3,1 Pendant que cela se passe en Asie, en Sicile, Pyrrhos, vaincu en combat naval par les Carthaginois5, demande par des ambassadeurs à Antigone, le roi de Macédoine, un supplément de soldats, 2 annonçant que s'il ne le lui envoie pas, il lui faudra rentrer dans le royaume pour se procurer aux dépens du roi l'accroissement de puissance qu'il avait voulu obtenir aux dépens des Romains. 3 Quand les ambassadeurs rapportèrent à Pyrrhos que cela lui avait été refusé, il imagine un brusque départ en en ayant dissimulé les raisons. 4 Il ordonne entre temps à ses alliés de préparer la guerre ; il remet la garde de la citadelle de Tarente à son fils Hellènos6 et à son ami Milon.

Pyrrhos s'empare de la Macédoine 5 De retour en Épire7, il envahit aussitôt les territoires de la Macédoine : Antigone accourt à sa rencontre avec une armée et, vaincu au combat, est mis en fuite8; 6 et, de cette façon, Pyrrhos reçoit la capitulation de la Macédoine et, comme s'il avait compensé par l'acquisition du royaume de Macédoine les malheurs de la perte de la Sicile et de l'Italie, il fait venir son fils et son ami qu'il avait laissés à Tarente.

7 Antigone, de son côté, privé soudain des faveurs de la fortune, se réfugie à Thessalonique avec quelques cavaliers, compagnons de sa fuite, pour observer ce qui se passerait dans son royaume perdu et, à partir de là, reprendre la guerre avec une compagnie de mercenaires gaulois qu'il avait louée. 8 Il fut de nouveau vaincu totalement par Ptolémée, le fils de Pyrrhos ; fuyant avec sept compagnons, il ne cherche plus désormais une chance de reprendre son royaume, mais des cachettes pour sa sauvegarde et des déserts pour sa fuite9.

Démesure de Pyrrhos
4,1 Donc Pyrrhos placé à un tel sommet du pouvoir royal, n'était plus satisfait de ce à quoi il aurait dû souhaiter de parvenir : il avait en vue les royaumes de Grèce et d'Asie. 2 Il ne tirait pas du pouvoir un plus grand plaisir que de la guerre, et personne n'eut la force de soutenir l'assaut de Pyrrhos, là où ce dernier portait son pouvoir. 3 Cependant, de même qu'il passait pour invincible pour vaincre les royaumes, de même il les perdait rapidement une fois qu'il les avait vaincus et acquis. Tant il mettait plus de passion à acquérir des empires qu'à les conserver !

Échec de Pyrrhos contre Sparte 4 C'est pourquoi, alors qu'il avait fait passer des troupes dans la presqu'île10, il est accueilli par des ambassades des Athéniens, des Achéens et des Messéniens. 5 Cependant, toute la Grèce, stupéfaite d'admiration pour sa puissance en même temps que pour ses hauts-faits contre les Romains et les Puniques, attendait son arrivée.

6 Sa première guerre fut contre les Spartiates ; or il y fut surpris par le courage des femmes, plus grand que celui des hommes11, et perdit son fils Ptolémée12 et la plus forte partie de son armée ; 7 en effet, pour la protection de leur patrie, une si grande multitude de femmes accourut contre Pyrrhos qui attaquait la ville, qu'il se retira, vaincu non pas tant par leur courage que par la honte qu'il éprouvait.

Ptolémée, fils de Pyrrhos 8 Ajoutons que l'on dit que son fils Ptolémée était si énergique et si fort physiquement qu'il avait pris la ville de Corcyre avec soixante hommes13, que dans une bataille navale il avait sauté depuis une barque sur une quinquérème avec sept hommes et s'en était emparé, 9 que, d'autre part, au cours du siège de Sparte, il galopa à cheval jusqu'au milieu de la ville, et il y fut tué, accablé par le nombre. 10 Quand son corps fut rapporté à son père, on rapporte que Pyrrhos dit qu'il avait été tué un peu plus tard qu'il ne l'avait craint lui-même, ou bien un peu plus tard que sa témérité ne l'avait mérité.

Mort de Pyrrhos à Argos
5,1 Repoussé par les Spartiates, Pyrrhos se dirige vers Argos ; tandis qu'il s'efforce d'y atteindre Antigone qui s'était enfermé dans la ville, il est frappé par une pierre jetée du rempart pendant qu'il combat avec rage dans la mêlée et est tué14. 2 Sa tête est apportée à Antigone qui, adouci par la victoire, renvoya dans son royaume son fils Héllènos, qui avait capitulé avec les Épirotes, et lui remit les restes de son père, privé de sépulture, pour qu'ils soient rapportés dans sa patrie.

Grandeur de Pyrrhos 3 Dans toutes les sources, il est bien établi qu'aucun roi, de sa génération ou de la génération précédente, ne put être comparé à Pyrrhos, que l'on vit rarement, non seulement parmi les rois, mais encore parmi les hommes illustres, quelqu'un d'une vie plus sainte ou d'une justice plus éprouvée, qu'il y eut chez ce héros, à coup sûr, une si grande science de l'art militaire 4 que quand il fit la guerre à Lysimaque, à Démètrios, à Antigone - de si grands rois - il fut toujours vainqueur, 5 et que, au cours des guerres avec les Illyriens, les Siciliens, les Romains et les Carthaginois, il n'eut jamais le dessous et, la plupart du temps, il en sortit vainqueur, 6 lui qui, c'est certain, rendit illustre dans le monde entier sa propre patrie, étroite et obscure, par la renommée des ses hauts-faits et le rayonnement de son nom15.


Précédente

Table des matières

Suivante
   



1 La paix de 278 a.C. avait fixé les zones d'influence des deux princes : Antigone Gonatas s'engage à ne pas intervenir en Asie mineure et Antiochos Ier Sôter renonce à ses visées sur le royaume de Macédoine, en proie à l'anarchie depuis la mort de Sosthène, dont Cassandreia a fait sécession. Antigone épouse Phila, sœur d'Antiochos.

2 Défaite et mort de Ptolémée Keraunos, cf. supra,
24,5,5-7.

3 Cf. Diodore, 22,9.

4 Au printemps 277 a.C., près de Lysimacheia. À la suite de sa victoire, Antigone fut proclamé roi des Macédoniens en 276.

5 Cf. supra,
23,3,9-12, où les actions de Pyrrhos sont présentées tout différemment, sans doute d'après Proxenos et Timée. Trogue Pompée aurait suivi ici Hiéronymos de Cardia.

6 Fils de Bircenna, la troisième épouse de Pyrrhos.

7 Automne 275 a.C.

8 274 a.C.

9 Antigone Gonatas a été battu deux fois par Pyrrhos en 274, puis à nouveau par Ptolémée, le fils de Pyrrhos en 273 ; Pyrrhos est, pour l'heure, roi de Macédoine et de Thessalie (cf. Pausanias, 1,13). Aigai est prise par le roi agiade Cléonymos, chassé du pouvoir par son neveu Areos 1er, et qui s'est mis au service de Pyrrhos ; les mercenaires galates de Pyrrhos pillent les tombes royales.

10 Il est évident que Trogue Pompée a ici transposé le terme grec générique xerso/nhsos (presqu'île) qu'il a trouvé dans sa source : mais de quelle presqu'île s'agissait-il ? Il ne peut évidemment pas s'agir de la Chersonèse de Thrace, mais serait-ce la péninsule rocheuse proche d'Épidaure, ou bien plutôt le Péloponnèse dans son ensemble, ce qui correspondrait à l'action de Pyrrhos : d'ailleurs les corrections Peloponneso ou Peloponneson ont été proposées, mais elles sont difficilement justifiables paléographiquement. D'autre part, l'usage du datif de but est curieux ; Le verbe transpono se construit normalement avec in + acc. ; quand il est accompagné du datif, il s'agit d'un datif d'intérêt : Justin aurait-il pris le Pirée pour un homme ? Peut-être l'allié de Pyrrhos, le roi Cléonyme, privé de la royauté à Sparte par son neveu Aréos. Justin a manifestement opéré ici des coupes claires dans le récit de Trogue Pompée qui devait parler de Cléonyme, prétexte de l'intervention de Pyrrhos dans le Péloponnèse.

Corinthe est tenue par Antigone, ainsi que quelques villes côtières qu'il a pu garder (Pausanias, 1,13,2), si bien que Pyrrhos passe par mer en Achaïe depuis le territoire des Étoliens, ses alliés.

11 Cf. Plutarque (Pyr., 26-27), dont les sources sont Phylarque et Hiéronymos de Cardia.

12 Né en 296, Ptolémée était l'aîné des fils de Pyrrhos, né en 296 d'Antigonè (fille de Bérénice, l'épouse de Ptolémée, et de son premier mari, un Macédonien nommé Philippe) ; il fut tué en 272 a.C.

13 274 a.C.

14 En 272 a.C., cf. Plutarque, Pyr., 26-34 ; Pausanias, 1,13.

15 La source de cette louange de Pyrrhos pourrait être Proxenos.


Précédente

Table des matières

Suivante
   


Copyright © Marie-Pierre Arnaud-Lindet 2003. Tous droits réservés.

Le matériel et les informations contenues dans le site peuvent être utilisées seulement à des fins privées en autant que la propriété des droits est reconnue. Toute autre utilisation est strictement interdite. Pour fins de précision, la modification, le téléchargement, la publication, la reproduction sur un autre site, la diffusion sur Internet ou l'utilisation à des fins publiques ou commerciales du matériel et/ou informations se retrouvant sur ce site est strictement prohibée sans l'accord préalable de l'auteur.

FORUM ROMANUM