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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XXIX

Philippe V de Macédoine, Les nouveaux souverains : les princes enfants, 1,1—Discours de Dèmètrios de Pharos, 2,1—Philippe choisit de faire la guerre aux Romains, 2,7—Discours de Philippe 3,1—Préparatifs de Philippe 3,6—Première guerre de Macédoine, 4,4.


1 2 3 4

Les nouveaux souverains : les princes enfants 1,1 À peu près à la même époque, les empires du monde presque tout entier furent changés du fait d'une inhabituelle succession de rois1. 2 En effet, en Macédoine, Philippe assuma à quatorze ans le pouvoir royal après la mort de son tuteur Antigone, qui était aussi son beau père2; 3 et, en Asie, après la mort violente de Séleucos3, Antiochos4, encore impubère, fut établi comme roi. 4 Dans le royaume de Cappadoce également, Ariarathe5, presque un enfant, avait reÁu de son propre père le pouvoir royal ; 5 Ptolémée s'était emparé de l'Égypte après avoir tué son père et sa mère6: du fait de ce crime, il fut surnommé Philopator. 6 Quant aux Spartiates, ils mirent Lycurgue à la place de Cléomène7.

7 Et pour qu'il ne manque aucun changement à cette époque, chez les Carthaginois également, Hannibal8, d'âge immature, est établi général, non pas du fait de la pénurie de gens d'âge, mais par haine des Romains dont ils savaient qu'il avait été baigné depuis l'enfance : fléau qui ne fut pas aussi fatal aux Romains qu'aux Africains eux-mêmes.

8 Bien qu'il n'y eût pour ces rois enfants aucun gouverneur d'âge plus avancé, de grandes qualités et une valeur naturelle se manifestèrent chez eux, qui s'appliquaient, chacun pour soi, à suivre les traces de ses ancêtres. 9 Seul Ptolémée fut négligent dans l'exercice du pouvoir royal, de même qu'il avait été criminel pour s'en emparer9. 10 Les Dardaniens et les autres peuples voisins, chez lesquels il y avait une haine pour ainsi dire impérissable contre les rois des Macédoniens, harcelaient continuellement Philippe par mépris pour son âge. 11 De son côté, après avoir repoussé ses ennemis, le roi, non content de défendre ses possessions, était impatient de faire en outre la guerre aux Étoliens10.

Discours de Dèmètrios de Pharos
2,1 Tandis qu'il agitait ces projets, Démétrios11, roi des Illyriens, récemment vaincu par le consul romain Paul12, vient le trouver avec des prières suppliantes : il se plaint de l'injure que lui ont faite les Romains, 2 qui, non contents des limites de l'Italie, ayant embrassé l'empire du monde entier dans un espoir déloyal, font la guerre à tous les rois. 3 Aspirant ainsi à devenir maître de la Sicile, de la Sardaigne, de l'Espagne, et enfin de l'Afrique entière, ils ont assumé une guerre contre les Puniques et Hannibal ; 4 quant à lui, la seule cause de la guerre qui lui a été déclarée, c'est qu'il était considéré comme un voisin de l'Italie, comme s'il n'était pas permis qu'un roi se trouvât à côté des bornes de leur empire. 5 Philippe devait lui-même prendre garde à cet exemple : autant son empire était plus proche et plus illustre, autant il aurait dans les Romains des ennemis plus ardents. 6 De plus, Démétrios déclare qu'il abandonne à Philippe le royaume dont les Romains se sont emparés : il trouvera plus agréable de voir un allié en possession de son empire plutôt que des ennemis.

Philippe choisit de faire la guerre aux Romains 7 Par un tel discours il pousse Philippe à déclarer la guerre aux Romains en laissant les Étoliens de côté ; le roi estimait l'effort moindre parce qu'il avait entendu dire que les Romains avaient déjà été vaincus par Hannibal au lac Trasimène13.

8 Ainsi, pour ne pas être occupé en même temps par plusieurs guerres, il fait la paix avec les Étoliens14, non pas comme s'il allait transférer ailleurs la guerre, mais sous prétexte de veiller à la tranquillité de la Grèce qui, prétendait-il, n'avait jamais été en plus grand péril ; 9 certes, tandis que les nouveaux empires des Puniques et des Romains, qui se dressent du côté de l'Occident, se disputent l'empire par les armes, la Grèce et l'Asie, ensemble, bénéficient d'un délai, mais ceux qui seront vainqueurs passeront aussitôt en Orient.

Discours de Philippe
3,1 Donc, il voit, dit-il, se lever en Italie cette tempête d'une guerre farouche et sanglante ; il voit au couchant, plein de coups de tonnerre et d'éclairs, un ouragan qui, en quelque lieu de la terre que le portera la rafale de la victoire, souillera toutes choses sous une grande pluie de sang. 2 À maintes reprises, la Grèce a souffert de grands troubles du fait des guerres des Perses, des Gaulois, des Macédoniens, mais ils jugeront qu'ils ont tous été infimes si cette troupe qui combat en Italie se répand en dehors de cette terre-là. 3 Il voit combien les deux peuples se livrent réciproquement des batailles sanglantes et sanguinaires, à la fois par la puissance de leurs armées et la science de leurs généraux, et cette rage ne peut prendre fin par la seule destruction de l'un des deux partis sans amener la ruine des peuples voisins. 4 C'est pourquoi les cœurs féroces des vainqueurs sont, certes, moins à craindre pour la Macédoine que pour la Grèce, parce qu'elle est plus éloignée et plus solide pour se défendre ; 5 cependant, il sait que ceux qui combattent avec tant de forces ne seront pas satisfaits de mettre ainsi un terme à leur victoire et il doit craindre aussi la lutte avec ceux qui se révéleront les meilleurs.

Préparatifs de Philippe 6 Après avoir, sous ce prétexte, mis fin à la guerre avec les Étoliens, il n'était attentif qu'aux batailles entre les Puniques et les Romains et il pesait les forces de chacun.

7 Cependant, les Romains, bien qu'ayant sur le dos les Puniques et Hannibal, ne paraissaient pas affranchis de la crainte des Macédoniens : 8 de fait, ils avaient peur de l'ancienne gloire des Macédoniens qui avaient soumis l'Orient, et de Philippe, enflammé par le désir passionné d'égaler Alexandre, dont ils savaient qu'il était actif et prompt à faire la guerre.

4,1 Donc, alors que Philippe avait appris que les Romains avaient été de nouveau vaincus par les Carthaginois15, il se déclara ouvertement leur ennemi et commenÁa à construire des navires grâce auxquels il ferait passer son armée en Italie.

2 Ensuite, il envoya à Hannibal, pour contracter une alliance, un ambassadeur avec des lettres16, 3 et celui-ci, capturé et conduit au sénat, fut renvoyé sain et sauf, non pas en l'honneur du roi, mais pour ne pas faire d'un ennemi douteux jusque là un ennemi certain17.

Première guerre de Macédoine 4 Mais par la suite, comme il avait été annoncé aux Romains que Philippe allait faire passer ses troupes en Italie, ils envoient le préteur Lévinus18 avec des navires armés pour lui interdire le passage. 5 Alors que ce dernier était passé en Grèce, il pousse à coup de promesses les Étoliens à entreprendre une guerre contre Philippe19; quant à Philippe, il invite les Achéens à faire la guerre aux Romains.

6 Pendant ce temps, les Dardaniens, eux aussi, se mirent à ravager les territoires de la Macédoine et, après avoir emmené vingt mille prisonniers, ils firent revenir Philippe de la guerre romaine pour protéger son royaume.

7 Tandis que cela se passe, le préteur Lévinus, s'étant allié au roi Attale, ravage la Grèce20. Ébranlées par ces désastres, les cités appelant au secours harcèlent Philippe d'ambassades ; 8 et les rois des Illyriens eux aussi, accrochés à son flanc, ne manquaient pas de réclamer, par des prières incessantes ce qu'il leur avait promis. En plus de cela, les Macédoniens pillés réclamaient vengeance. 9 Assiégé par tant de si grandes difficultés, il était dans l'incertitude à propos de celle à laquelle il devait faire face en premier ; il promettait cependant à tous qu'il leur enverrait des renforts au premier jour, non qu'il pût faire ce qu'il promettait, mais pour les retenir, plein d'espoir, dans le pacte d'alliance.

10 Quoi qu'il en soit, sa première campagne fut contre les Dardaniens qui, guettant son départ, menaÁaient militairement plus lourdement la Macédoine. 11 Il fait aussi la paix avec les Romains, contents de différer pour un temps la guerre de Macédoine21. Il tend un piège à Philopœmen, le chef des Achéens22, dont il avait appris qu'il attirait vers les Romains les sentiments de ses alliés. Philopœmen ayant eu connaissance du piège et l'ayant évité, usa de son prestige pour contraindre les Achéens à abandonner Philippe.


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1 Polybe (4,2), utilise le même parallélisme chronologique dont il relève l'importance. La source commune de Polybe et de Trogue Pompée est sans doute ici Philarque d'Athènes, dont l'œuvre se terminait en 221/220, peut-être sur une conclusion mettant en valeur l'importance historique de l'accession au pouvoir des princes enfants vers la même date.

2 Né en 238 a.C., Philippe V (221-179) avait dix-sept ans en 221 a.C., et non quatorze. La répétition de l'erreur à propos de l'âge de Philippe (supra,
28,4,16) indique qu'elle n'est pas imputable à la tradition manuscrite, mais remonte à Trogue Pompée, ou plus probablement à sa source. Le thème rhétorique des princes enfants se mêle dans ce chapitre au développement de la coincidence chronologique qui fait que les grands états changèrent de souverains à peu près en même temps.

3 C'est en essayant de reprendre l'Asie mineure perdue par son père Séleucos II que Séleucos III Sôter Keraunos (226-223 a.C.) fut tué par Apaturios (cf.
Prol. 27) et le Gaulois Nicanor.

4 Antiochos III le Grand (Me/gas), 223-187, fils cadet de Séleucos II, était né c. 243/2 a.C. ; il avait environ dix-neuf ans à son avènement et ne peut être qualifié d'impubère.

5 Ariarathe IV Eu)sebh/s (220-163 a.C.), fils et successeur d'Ariarathe III.

6 Ptolémée IV Philopator (221-203 a.C.), fils de Ptolémée III Évergète, avait fait tuer sa mère Bérénice et son frère Magas, sur l'instigation de son ministre Sosibios (cf. Polybe, 5,34 et 15,25), mais son père est mort de mort naturelle.

7 Sur Cléomène, cf. supra,
28,4,1-11. Après sa mort, ses anciens partisans demandèrent le rétablissement de la royauté à Sparte. Agésipolis, un enfant, fut désigné dans la famille des Agiades, et Lycurgue acheta les éphores pour se faire désigner aux dépens des enfants qui étaient les descendants de la famille des Eurypontides (cf. Polybe, 4,35).

8 À la mort d'Hamilcar, "suffète" d'Espagne (237-228), son fils Hannibal avait été jugé trop jeune pour lui succéder. C'est Hasdrubal, le gendre d'Hamilcar qui avait gouverné les établissements puniques d'Espagne jusqu'à son assassinat en 221 a.C.; Hannibal devint suffète à ce moment : né en 247 a.C., il a vingt-six ans, a servi sous son père et son beau-frère, et ne peut être qualifié d'"immature" (aetate immatura) selon l'expression de Justin.

9 Cf. Polybe, 15,25, et infra,
30,1.

10 La guerre des alliés (220-217 a.C.) opposera Philippe V et ses alliés achéens à la ligue étolienne.

11 Démétrios de Pharos (Hvar), lieutenant de la reine régente Teuta, épouse la mère de Pinneus, le jeune fils d'Agron, l'ancien roi des Illyriens († 230), et se proclame roi en 229 a.C. Le discours de Démétrios est différent dans Polybe (5,101).

12 L. Aemilius Paullus, cos. 219 a.C.

13 En juin 217 a.C. : Philippe apprit la nouvelle aux Jeux Néméens. Selon Tite-Live (23,33,4), l’ambassade de Xénophane (infra,
4,2 et n. ad loc.) daterait de cette année-là.

14 Paix de Naupacte en 217 a.C. Le discours attribué par Justin à Philippe a été prononcé, selon Polybe (5,104), par Agélaos de Naupacte.

15 Bataille de Cannes, août 216 a.C.

16 Ambassade de Xénophane (cf. Polybe, 5,101,3-6)

17 Voir Liv. 23,33,4 ; 23,38,7; 23,39,1-4 (2ème ambassade de 215 a.C.) et Polybe, 5,101. Texte du traité entre Hannibal et Philippe dans Polybe 7,9 et dans Liv. 23,33,9.

18 M. Valerius Laeuinus, préteur en 215.

19 Traité romano-étolien de 212.

20 Début de la 1ère guerre de Macédoine (215-205 a.C.). M. Valerius Laeuinus est préteur en 215.

21 Paix de Phoenikè : partage de l'Illyrie entre les Romains (les Parthiniens) et Philippe (l'Atintanie).

22 Hipparque (209 a.C.), puis stratège (208/7 a.C) de la ligue achéenne.


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