4,1 Donc, alors que Philippe avait appris que les Romains avaient été de nouveau vaincus par les Carthaginois15, il se déclara ouvertement leur ennemi et commenÁa à construire des navires grâce auxquels il ferait passer son armée en Italie.
2 Ensuite, il envoya à Hannibal, pour contracter une alliance, un ambassadeur avec des lettres16, 3 et celui-ci, capturé et conduit au sénat, fut renvoyé sain et sauf, non pas en l'honneur du roi, mais pour ne pas faire d'un ennemi douteux jusque là un ennemi certain17.
Première guerre de Macédoine 4 Mais par la suite, comme il avait été annoncé aux Romains que Philippe allait faire passer ses troupes en Italie, ils envoient le préteur Lévinus18 avec des navires armés pour lui interdire le passage. 5 Alors que ce dernier était passé en Grèce, il pousse à coup de promesses les Étoliens à entreprendre une guerre contre Philippe19; quant à Philippe, il invite les Achéens à faire la guerre aux Romains.
6 Pendant ce temps, les Dardaniens, eux aussi, se mirent à ravager les territoires de la Macédoine et, après avoir emmené vingt mille prisonniers, ils firent revenir Philippe de la guerre romaine pour protéger son royaume.
7 Tandis que cela se passe, le préteur Lévinus, s'étant allié au roi Attale, ravage la Grèce20. Ébranlées par ces désastres, les cités appelant au secours harcèlent Philippe d'ambassades ; 8 et les rois des Illyriens eux aussi, accrochés à son flanc, ne manquaient pas de réclamer, par des prières incessantes ce qu'il leur avait promis. En plus de cela, les Macédoniens pillés réclamaient vengeance. 9 Assiégé par tant de si grandes difficultés, il était dans l'incertitude à propos de celle à laquelle il devait faire face en premier ; il promettait cependant à tous qu'il leur enverrait des renforts au premier jour, non qu'il pût faire ce qu'il promettait, mais pour les retenir, plein d'espoir, dans le pacte d'alliance.
10 Quoi qu'il en soit, sa première campagne fut contre les Dardaniens qui, guettant son départ, menaÁaient militairement plus lourdement la Macédoine. 11 Il fait aussi la paix avec les Romains, contents de différer pour un temps la guerre de Macédoine21. Il tend un piège à Philopœmen, le chef des Achéens22, dont il avait appris qu'il attirait vers les Romains les sentiments de ses alliés. Philopœmen ayant eu connaissance du piège et l'ayant évité, usa de son prestige pour contraindre les Achéens à abandonner Philippe.
1 Polybe (4,2), utilise le même parallélisme chronologique dont il relève l'importance. La source commune de Polybe et de Trogue Pompée est sans doute ici Philarque d'Athènes, dont l'œuvre se terminait en 221/220, peut-être sur une conclusion mettant en valeur l'importance historique de l'accession au pouvoir des princes enfants vers la même date.
2 Né en 238 a.C., Philippe V (221-179) avait dix-sept ans en 221 a.C., et non quatorze. La répétition de l'erreur à propos de l'âge de Philippe (supra, 28,4,16) indique qu'elle n'est pas imputable à la tradition manuscrite, mais remonte à Trogue Pompée, ou plus probablement à sa source. Le thème rhétorique des princes enfants se mêle dans ce chapitre au développement de la coincidence chronologique qui fait que les grands états changèrent de souverains à peu près en même temps.
3 C'est en essayant de reprendre l'Asie mineure perdue par son père Séleucos II que Séleucos III Sôter Keraunos (226-223 a.C.) fut tué par Apaturios (cf. Prol. 27) et le Gaulois Nicanor.
4 Antiochos III le Grand (Me/gas), 223-187, fils cadet de Séleucos II, était né c. 243/2 a.C. ; il avait environ dix-neuf ans à son avènement et ne peut être qualifié d'impubère.
5 Ariarathe IV Eu)sebh/s (220-163 a.C.), fils et successeur d'Ariarathe III.
6 Ptolémée IV Philopator (221-203 a.C.), fils de Ptolémée III Évergète, avait fait tuer sa mère Bérénice et son frère Magas, sur l'instigation de son ministre Sosibios (cf. Polybe, 5,34 et 15,25), mais son père est mort de mort naturelle.
7 Sur Cléomène, cf. supra, 28,4,1-11. Après sa mort, ses anciens partisans demandèrent le rétablissement de la royauté à Sparte. Agésipolis, un enfant, fut désigné dans la famille des Agiades, et Lycurgue acheta les éphores pour se faire désigner aux dépens des enfants qui étaient les descendants de la famille des Eurypontides (cf. Polybe, 4,35).
8 À la mort d'Hamilcar, "suffète" d'Espagne (237-228), son fils Hannibal avait été jugé trop jeune pour lui succéder. C'est Hasdrubal, le gendre d'Hamilcar qui avait gouverné les établissements puniques d'Espagne jusqu'à son assassinat en 221 a.C.; Hannibal devint suffète à ce moment : né en 247 a.C., il a vingt-six ans, a servi sous son père et son beau-frère, et ne peut être qualifié d'"immature" (aetate immatura) selon l'expression de Justin.
9 Cf. Polybe, 15,25, et infra, 30,1.
10 La guerre des alliés (220-217 a.C.) opposera Philippe V et ses alliés achéens à la ligue étolienne.
11 Démétrios de Pharos (Hvar), lieutenant de la reine régente Teuta, épouse la mère de Pinneus, le jeune fils d'Agron, l'ancien roi des Illyriens ( 230), et se proclame roi en 229 a.C. Le discours de Démétrios est différent dans Polybe (5,101).
12 L. Aemilius Paullus, cos. 219 a.C.
13 En juin 217 a.C. : Philippe apprit la nouvelle aux Jeux Néméens. Selon Tite-Live (23,33,4), l’ambassade de Xénophane (infra, 4,2 et n. ad loc.) daterait de cette année-là.
14 Paix de Naupacte en 217 a.C. Le discours attribué par Justin à Philippe a été prononcé, selon Polybe (5,104), par Agélaos de Naupacte.
15 Bataille de Cannes, août 216 a.C.
16 Ambassade de Xénophane (cf. Polybe, 5,101,3-6)
17 Voir Liv. 23,33,4 ; 23,38,7; 23,39,1-4 (2ème ambassade de 215 a.C.) et Polybe, 5,101. Texte du traité entre Hannibal et Philippe dans Polybe 7,9 et dans Liv. 23,33,9.
18 M. Valerius Laeuinus, préteur en 215.
19 Traité romano-étolien de 212.
20 Début de la 1ère guerre de Macédoine (215-205 a.C.). M. Valerius Laeuinus est préteur en 215.
21 Paix de Phoenikè : partage de l'Illyrie entre les Romains (les Parthiniens) et Philippe (l'Atintanie).
22 Hipparque (209 a.C.), puis stratège (208/7 a.C) de la ligue achéenne.