Prodiges annonciateurs
4,1 Cette même année, il y eut un tremblement de terre entre les îles de Théra et de Thérasia au milieu du bras de mer qui sépare les deux côtes, 2 où, à l'étonnement des gens qui étaient sur les bateaux, une île émergea soudain du fond de la mer, accompagnée d'eaux bouillonnantes11. 3 En Asie aussi, à la même date, le même tremblement de terre ébranla Rhodes12 et beaucoup d'autres cités, les bâtiments s'effondrèrent lourdement et certaines cités furent entièrement englouties. 4 après que tous eurent été terrifiés par ce prodige, les devins prédirent que l'empire naissant des Romains allait dévorer le vieil empire des Grecs et des Macédoniens.
Alliance de Philippe avec Nabis 5 Entre temps, la paix ayant été dénoncée par le sénat, Philippe invite le tyran Nabis à une alliance guerrière13.
Les préparatifs de la bataille de Cynoscéphales 6 Et ainsi, alors qu'il avait fait avancer son armée et l'avait rangée en bataille, les ennemis étant rangés du côté opposé, il commence à haranguer les siens en rappelant les Perses, les Bactres, les Indiens et toute l'Asie, jusqu'au fond de l'Orient, soumis par les Macédoniens ; 7 et autant la liberté est plus chère que le pouvoir, autant il faut soutenir cette guerre plus vaillamment que ces guerres d'autrefois ont été soutenues.
8 Cependant, le consul romain Flamininus14, pour sa part, excitait ses soldats au combat par le récit des exploits accomplis tout récemment, en montrant d'un côté Carthage avec la Sicile, de l'autre l'Italie et l'Espagne, subjuguées par la valeur militaire romaine ; 9 et il ne fallait pas même, disait-il, mettre Hannibal au-dessous d'Alexandre le Grand : après l'avoir chassé d'Italie, ils avaient vaincu l'Afrique elle-même, la troisième partie du monde. 10 Cependant il ne fallait pas juger les Macédoniens sur leur ancienne gloire, mais sur leurs forces actuelles, 11 parce qu'ils ne faisaient pas la guerre à Alexandre le Grand, qu'ils avaient entendu dire invincible, ni à son armée, qui avait vaincu l'Orient entier, 12 mais à Philippe, un enfant immature15, qui défendait avec peine les bornes de son empire contre ses voisins, et à ces Macédoniens qui, il y a peu, avaient été la proie des Dardaniens. 13 Eux, ils rappelaient la gloire de leurs ancêtres, lui, celle de ses soldats. 14 Ce n'était pas avec une autre armée qu'Hannibal, les Puniques et presque tout l'Occident avaient été vaincus, mais avec ces soldats mêmes qu'il tenait rangés en bataille. 15 Enflammés dans les deux camps par ces exhortations, les soldats se ruent au combat, les uns se glorifiant de l'empire de l'Orient, les autres de celui de l'Occident, ceux-là apportant à la guerre la gloire, ancienne et usée, de leurs ancêtres, ceux-ci la fleur de leur valeur récemment éprouvée.
16 Cependant la Fortune de Rome vainquit les Macédoniens16.
17 Ainsi, brisé par cette guerre, Philippe demanda la paix au consul Flamininus ; il garda certes le titre royal mais, ayant perdu toutes les villes de Grèce, en tant que membres du royaume, extérieurs aux frontières de son ancien domaine, il garda la seule Macédoine17.
18 Cependant les Étoliens, mécontents parce que la Macédoine n'avait pas été également enlevée au roi, comme ils le jugeaient bon, et donnée à eux-mêmes en butin de guerre, envoient des ambassadeurs à Antiochos pour qu'ils le poussent, en flattant sa grandeur, à faire aux Romains une guerre à laquelle s'associerait l'ensemble de la Grèce.
1 Cf. supra, 29,1,9 et la n. ad loc. Comme sa source, Polybe, qu'il suit à partir de maintenant jusqu'au livre 35, Trogue Pompée donne un éclairage très défavorable à la vie du souverain lagide.
2 Bataille de Raphia, le 23 juin 217 a.C.
3 Cf. Polybe, 14,11, fragments conservés par Athénée
4 Ptolémée IV est mort à la fin de 205 a.C. Son fils et successeur fut Ptolémée V Épiphane.
5 Sur les événements, voir Polybe, 15,25-34.
6 Agathoclée et sa mère Oenanthe
7 Les troupes auxiliaires prêtées pour deux ans par Ptolémée Keraunos à Pyrrhos (cf. supra, 17,2,13-14).
8 En 203/2, cf. Tite-Live, 31,2.
9 Automne 201 a.C.
10 À la fin de 201, P. Sulpicius Galba, est élu consul pour la province de Macédoine (à conquérir) ; il débarque en Illyrie à la fin de l'année suivante.
11 Les îles de Théra (Santorin) et de Thérasia sont formées par les restes d'un volcan, dont la mer a occupé le cratère ; Thérasia a été coupée de Théra par un effondrement de la paroi ouest du volcan en 236 a.C. ; l'îlot Hiéra, dont il est question ici, apparut en 196 a.C., puis Thia en 46 p.C. D'autres mouvements des fonds marins aux XVIe et au XVIIIe s. de notre ère ont donné à l'ensemble son apparence actuelle.
12 C'est en 227 a.C. qu'il y eut à Rhodes un tremblement de terre assez fort pour renverser le fameux Colosse de Rhodes, l'une des sept merveilles du monde.
13 Nabis se proclame basileus à Sparte en 207 a.C. : en fait, c'est un tyran qui s'appuie sur une plèbe venue de toute la Grèce ; il lutte contre les Achéens et Messène, pille Argos que Philippe lui avait donnée (Liv., 32,38) et conclut une alliance avec les Romains.
14 Ti. Quinctius Flamininus, consul en 198, dont Plutarque a écrit la vie, en la mettant en parallèle avec celle de Philopoemen.
15 Cette expression, dictée par une rhétorique convenue, est particulièrement impropre, Philippe a quarante ans passés, au moment de la bataille.
16 À la bataillle de Cynoscéphales en Thessalie, juin 197 a.C., la phalange macédonienne est écrasée par les légions .romaines et les cavaliers étoliens : Flamininus ne perd que 700 hommes sur un effectif de 26 000 soldats, tandis que Philippe V, pour un effectif à peu près égal, a 8000 hommes tués et 5000 faits prisonniers. Voir le récit de la bataille dans Polybe (18, 19-27).
17 La capitulation de Philippe V est suivie de dures conditions de paix : le roi doit évacuer la Grèce, la Thessalie et les Détroits ; il s'engage à payer un tribut de 1000 talents (cf. Polybe, 18, 33 et 44 ; Liv. 33, 11-13, 24 et 30). La "Liberté de la Grèce" est proclamée par Flamininus aux Jeux Isthmiques de 196 a.C.