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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XXX

Ptolémée IV, Philippe V et les Romains, Crimes et vices de Ptolémée IV, 1,1—Quatrième guerre de Cœlé-Syrie, 1,4—Débauches de Ptolémée IV 1,7—La succession de Ptolémée IV, 2,6—Activité diplomatique des Romains, 3,1—Deuxième guerre de Macédoine 3,5—Prodiges annonciateurs, 4,1—Alliance de Philippe avec Nabis, 4,5—Les préparatifs de la bataille de Cynoscéphales, 4,6.


1 2 3 4

Crimes et vices de Ptolémée IV 1,1 Pendant que Philippe poursuivait de grands projets en Macédoine, Ptolémée en Égypte se comportait différemment ; 2 de fait, son pouvoir royal ayant été engendré par un parricide, et le meurtre d'un frère également ayant été ajouté à l'assassinat de son père et de sa mère1, il s'était adonné à la débauche comme après avoir accompli d'heureux exploits, et toute la cour avait suivi les mœurs du roi. 3 C'est pourquoi non seulement les amis du roi et ses préfets, mais encore toute l'armée qui avait déserté les exercices militaires, pourrissaient, corrompus par les loisirs et la paresse.

Quatrième guerre de Cœlé-Syrie 4 Ce qu'ayant appris, le roi de Syrie Antiochos, sous l'aiguillon de la vieille haine entre les deux royaumes, surprend par une guerre soudaine plusieurs villes de Ptolémée et attaque l'Égypte elle-même. 5 Donc, Ptolémée tremblait ; il retardait Antiochos par des envois d'ambassade jusqu'à ce qu'il prépare des forces armées.

6 Ensuite, ayant loué en Grèce une grande armée, il livre un combat heureux2 et il aurait privé Antiochos de son royaume s'il avait aidé la Fortune par son courage.

Débauches de Ptolémée 7 Mais, satisfait d'avoir repris les villes qu'il avait perdues, la paix une fois faite, il saisit avidement l'occasion de se reposer et retourna à la débauche ; après avoir fait tuer Eurydice, son épouse qui était aussi sa sœur, il tombe sous le charme de la courtisane Agathoclée3, 8 et ainsi, oublieux de toute la grandeur de sa puissance et de sa majesté, il passe ses nuits dans les orgies, ses jours dans les banquets. 9 Il s'y ajoute les instruments de la débauche : les tambourins et les crotales, et le roi, qui n'est plus désormais le spectateur, mais le maître de la perversité, module les charmes des cordes de la lyre. 10 Tels furent en premier lieu le fléau secret et les maux cachés de la cour en situation critique.

2,1 Par la suite, la licence allant croissant, l'impudence de la courtisane ne peut plus désormais être contenue dans les murs du palais royal : 2 les débauches quotidiennes du roi avec elle et son frère Agathocle, un mignon d'une beauté complaisante, la rendaient d'autant plus hardie. 3 Il y avait en plus leur mère, Oenanthe, qui tenait le roi enchaîné par les caresses de sa progéniture jumelle. 4 Et ainsi, non contentes d'exercer leur pouvoir sur le roi, voici elles l'exercent même sur le royaume, qu'elles se font voir en public, qu'elles sont saluées, qu'on leur fait cortège.

5 Agathocle, flanquant le roi, gouvernait la cité ; des femmes disposaient des tribunats, des préfectures et des commandements, et personne n'avait moins de pouvoir dans le royaume que le roi lui-même, quand, à cette époque, il meurt, laissant un fils de cinq ans, issu de sa sœur Eurydice4.

La succession de Ptolémée IV5 6 Cependant, sa mort fut longtemps cachée, pendant que les femmes s'emparaient de l'argent du roi et s'efforçaient de s'emparer du pouvoir après s'être alliées aux derniers des vauriens. 7 Enfin, une fois la situation connue, la foule accourt : Agathocle est tué et les femmes6 sont mises au gibet. 8 Le déshonneur du royaume ayant été, pour ainsi dire, expié par la mort du roi et le supplice des courtisanes, les Alexandrins envoyèrent des ambassadeurs aux Romains pour les prier d'assumer la tutelle de l'enfant mineur et de protéger le royaume d'Égypte, dont ils disaient que Philippe et Alexandre allaient se le partager après s'être mis d'accord.

Activité diplomatique des Romains
3,1 L'ambassade fut bien reçue par les Romains : ils cherchaient des motifs de guerre contre Philippe qui avait été plein de traîtrise pendant la guerre punique. 2 À cela s'ajoutait qu'après avoir vaincu Hannibal et les Puniques, ils ne redoutaient davantage les armes de personne : ils se rappelaient quels troubles Pyrrhos avait causés en Italie avec une petite troupe de Macédoniens7 et combien d'exploits les Macédoniens avaient accomplis en Orient. 3 Ainsi des ambassadeurs sont envoyés pour notifier à Philippe et à Antiochos de ne pas toucher au royaume d'Égypte. 4 On envoie aussi en Égypte M. Lepidus8 pour qu'il administre le royaume du mineur à titre de tuteur.

Deuxième guerre de Macédoine 5 Pendant que cela se passe, des ambassades du roi Attale et des Rhodiens viennent se plaindre à Rome des manquements au droit de Philippe9, et cet événement enleva toute hésitation au sénat à propos de la guerre de Macédoine. 6 Aussitôt donc la guerre contre Philippe est décrétée, officiellement pour porter secours aux alliés, et des légions sont envoyées en Macédoine avec un consul10. 7 Peu de temps après, ayant foi dans les Romains, la Grèce entière, dressée contre Philippe par espoir de recouvrer son ancienne liberté, lui déclara la guerre, et comme ainsi le roi était pressé de toute part, il est contraint de demander la paix. 8 Puis, comme des clauses de paix avaient été proposées par les Romains, Attale, les Rhodiens, les Achéens et les Étoliens commencèrent à réclamer leurs possessions. 9 En face, Philippe accordait qu'il pût être amené à obéir aux Romains, mais il était indigne, disait-il, que les Grecs, vaincus par ses ancêtres Philippe et Alexandre et soumis au joug de l'empire macédonien, lui dictent, comme des vainqueurs, des conditions de paix, eux qui devaient rendre compte de leur servitude avant de revendiquer leur liberté. 10 À la fin cependant, sur sa demande, une trêve de deux mois lui est accordée afin de demander à Rome au sénat la paix sur laquelle on ne s'accordait pas en Macédoine.

Prodiges annonciateurs
4,1 Cette même année, il y eut un tremblement de terre entre les îles de Théra et de Thérasia au milieu du bras de mer qui sépare les deux côtes, 2 où, à l'étonnement des gens qui étaient sur les bateaux, une île émergea soudain du fond de la mer, accompagnée d'eaux bouillonnantes11. 3 En Asie aussi, à la même date, le même tremblement de terre ébranla Rhodes12 et beaucoup d'autres cités, les bâtiments s'effondrèrent lourdement et certaines cités furent entièrement englouties. 4 après que tous eurent été terrifiés par ce prodige, les devins prédirent que l'empire naissant des Romains allait dévorer le vieil empire des Grecs et des Macédoniens.

Alliance de Philippe avec Nabis 5 Entre temps, la paix ayant été dénoncée par le sénat, Philippe invite le tyran Nabis à une alliance guerrière13.

Les préparatifs de la bataille de Cynoscéphales 6 Et ainsi, alors qu'il avait fait avancer son armée et l'avait rangée en bataille, les ennemis étant rangés du côté opposé, il commence à haranguer les siens en rappelant les Perses, les Bactres, les Indiens et toute l'Asie, jusqu'au fond de l'Orient, soumis par les Macédoniens ; 7 et autant la liberté est plus chère que le pouvoir, autant il faut soutenir cette guerre plus vaillamment que ces guerres d'autrefois ont été soutenues.

8 Cependant, le consul romain Flamininus14, pour sa part, excitait ses soldats au combat par le récit des exploits accomplis tout récemment, en montrant d'un côté Carthage avec la Sicile, de l'autre l'Italie et l'Espagne, subjuguées par la valeur militaire romaine ; 9 et il ne fallait pas même, disait-il, mettre Hannibal au-dessous d'Alexandre le Grand : après l'avoir chassé d'Italie, ils avaient vaincu l'Afrique elle-même, la troisième partie du monde. 10 Cependant il ne fallait pas juger les Macédoniens sur leur ancienne gloire, mais sur leurs forces actuelles, 11 parce qu'ils ne faisaient pas la guerre à Alexandre le Grand, qu'ils avaient entendu dire invincible, ni à son armée, qui avait vaincu l'Orient entier, 12 mais à Philippe, un enfant immature15, qui défendait avec peine les bornes de son empire contre ses voisins, et à ces Macédoniens qui, il y a peu, avaient été la proie des Dardaniens. 13 Eux, ils rappelaient la gloire de leurs ancêtres, lui, celle de ses soldats. 14 Ce n'était pas avec une autre armée qu'Hannibal, les Puniques et presque tout l'Occident avaient été vaincus, mais avec ces soldats mêmes qu'il tenait rangés en bataille. 15 Enflammés dans les deux camps par ces exhortations, les soldats se ruent au combat, les uns se glorifiant de l'empire de l'Orient, les autres de celui de l'Occident, ceux-là apportant à la guerre la gloire, ancienne et usée, de leurs ancêtres, ceux-ci la fleur de leur valeur récemment éprouvée.

16 Cependant la Fortune de Rome vainquit les Macédoniens16.

17 Ainsi, brisé par cette guerre, Philippe demanda la paix au consul Flamininus ; il garda certes le titre royal mais, ayant perdu toutes les villes de Grèce, en tant que membres du royaume, extérieurs aux frontières de son ancien domaine, il garda la seule Macédoine17.

18 Cependant les Étoliens, mécontents parce que la Macédoine n'avait pas été également enlevée au roi, comme ils le jugeaient bon, et donnée à eux-mêmes en butin de guerre, envoient des ambassadeurs à Antiochos pour qu'ils le poussent, en flattant sa grandeur, à faire aux Romains une guerre à laquelle s'associerait l'ensemble de la Grèce.


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1 Cf. supra,
29,1,9 et la n. ad loc. Comme sa source, Polybe, qu'il suit à partir de maintenant jusqu'au livre 35, Trogue Pompée donne un éclairage très défavorable à la vie du souverain lagide.

2 Bataille de Raphia, le 23 juin 217 a.C.

3 Cf. Polybe, 14,11, fragments conservés par Athénée

4 Ptolémée IV est mort à la fin de 205 a.C. Son fils et successeur fut Ptolémée V Épiphane.

5 Sur les événements, voir Polybe, 15,25-34.

6 Agathoclée et sa mère Oenanthe

7 Les troupes auxiliaires prêtées pour deux ans par Ptolémée Keraunos à Pyrrhos (cf. supra,
17,2,13-14).

8 En 203/2, cf. Tite-Live, 31,2.

9 Automne 201 a.C.

10 À la fin de 201, P. Sulpicius Galba, est élu consul pour la province de Macédoine (à conquérir) ; il débarque en Illyrie à la fin de l'année suivante.

11 Les îles de Théra (Santorin) et de Thérasia sont formées par les restes d'un volcan, dont la mer a occupé le cratère ; Thérasia a été coupée de Théra par un effondrement de la paroi ouest du volcan en 236 a.C. ; l'îlot Hiéra, dont il est question ici, apparut en 196 a.C., puis Thia en 46 p.C. D'autres mouvements des fonds marins aux XVIe et au XVIIIe s. de notre ère ont donné à l'ensemble son apparence actuelle.

12 C'est en 227 a.C. qu'il y eut à Rhodes un tremblement de terre assez fort pour renverser le fameux Colosse de Rhodes, l'une des sept merveilles du monde.

13 Nabis se proclame basileus à Sparte en 207 a.C. : en fait, c'est un tyran qui s'appuie sur une plèbe venue de toute la Grèce ; il lutte contre les Achéens et Messène, pille Argos que Philippe lui avait donnée (Liv., 32,38) et conclut une alliance avec les Romains.

14 Ti. Quinctius Flamininus, consul en 198, dont Plutarque a écrit la vie, en la mettant en parallèle avec celle de Philopoemen.

15 Cette expression, dictée par une rhétorique convenue, est particulièrement impropre, Philippe a quarante ans passés, au moment de la bataille.

16 À la bataillle de Cynoscéphales en Thessalie, juin 197 a.C., la phalange macédonienne est écrasée par les légions .romaines et les cavaliers étoliens : Flamininus ne perd que 700 hommes sur un effectif de 26 000 soldats, tandis que Philippe V, pour un effectif à peu près égal, a 8000 hommes tués et 5000 faits prisonniers. Voir le récit de la bataille dans Polybe (18, 19-27).

17 La capitulation de Philippe V est suivie de dures conditions de paix : le roi doit évacuer la Grèce, la Thessalie et les Détroits ; il s'engage à payer un tribut de 1000 talents (cf. Polybe, 18, 33 et 44 ; Liv. 33, 11-13, 24 et 30). La "Liberté de la Grèce" est proclamée par Flamininus aux Jeux Isthmiques de 196 a.C.


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