Les Troyens et les Romains
8,1 Donc, comme des deux côtés on préparait la guerre, et que les Romains, entrés en Asie, étaient venus à Troie, les Troyens et les Romains se félicitèrent mutuellement : les Troyens rappelant Énée et les autres chefs partis avec lui; les Romains, qu’ils avaient été engendrés par ceux-ci ; et la joie de tous fut aussi grande qu’elle est, d’habitude entre parents et enfants après un long espace de temps33. 3 Il plaisait aux Troyens que leurs descendants, après avoir soumis l’Occident et l’Afrique, revendiquent l’Asie comme un royaume ancestral ; ils disaient que la ruine de Troie aurait dû être souhaitée pour qu’elle renaisse de façon si fortunée. 4 En retour, les Romains étaient en proie à un désir insatiable de voir les lares ancestraux et le berceau de leurs ancêtres, les temples et les statues des dieux.
Reprise de la guerre 5 Une fois les Romains partis de Troie, le roi Eumène34 accourut avec des auxiliaires et, peu après, le combat s’engagea avec Antiochos35. 6 Comme, à l’aile droite, la légion romaine enfoncée s’enfuyait vers son camp avec une honte plus grande que le danger qu’elle courait, le tribun militaire M. Aemilius36, qui avait été laissé à la protection du camp, ordonne à ses soldats de s’armer et d’avancer hors du rempart, et de menacer les fuyards de leurs glaives dégainés, en disant qu’ils allaient mourir s’ils ne retournaient pas au combat et qu’ils trouveraient leur propre camp plus hostile que celui des ennemis. 7 Frappés de stupeur par ce double péril, la légion retourne au combat, accompagnée par ses compagnons d’armes qui lui avaient interdit de fuir, et, un grand massacre ayant en lieu, ce fut le début de la victoire. Cinquante mille ennemis furent massacrés, onze mille furent faits prisonniers.
Paix d'Apamée 8 Quand Antiochos demanda la paix37, il ne fut rien ajouté aux conditions antérieures : aux dires de l’Africain, les Romains, s’ils étaient vaincus, ne diminuaient pas leur courage, non plus que, s’ils étaient vainqueurs, ils ne devenaient arrogants à la suite de leurs succès. 9 Ils partagèrent entre leurs alliés les cités dont ils s’étaient emparé38, estimant que l’Asie était plus faite pour être un cadeau romain qu’une possession cause de plaisir ; de fait, la gloire de la victoire devait être revendiquée par la puissance romaine, le foisonnement des richesses devait être abandonné aux alliés.
1 Cf. supra, 30,2,5.
2 Antiochos III Me/gas, (223-187), fils cadet de Séleucos II, né en 243/2 a.C.
3 L'invasion de la Syrie par Antiochos (cinquième guerre de Syrie) commence en 202/1. Le commandant en chef des troupes égyptiennes, Scopas l'Étolien, capitule à Gaza en 200 a.C.
4 c. 200 a.C.
5 Ambassade de L. Cornelius Lentulus, en 196 a.C.
6 La guerre de Syrie, qui dura de 192 à 188 a.C., fut déclarée après que le roi eut fait la paix en 195 avec Ptolémée V en lui donnant en mariage sa fille Cléopâtre (I).
7 À propos de Nabis, cf. supra, 30,4,5.
8 En 197 a.C. (Liv. 33,43,6).
9 Après la fin de la deuxième guerre punique, Hannibal tenta de se maintenir aux affaires à Carthage, il ne licencia pas son armée qu'il occupe à des travaux agricoles ; élu suffète en 196, il chercha à faire des réformes constitutionnelles. Menacé d'être livré à Rome, il s'exila en 195 chez Antiochos, puis Prusias.
10 Cn. Servilius Caepio, consul en 203 a.C., membre de l’ambassade de 195, avec M. Claudius Marcellus et Q. Terentius Culleo.
11 Cette remarque de Justin implique que les Carthaginois n'avaient pas rendu tous les prisonniers qu'ils avaient faits au cours de la guerre, ce qui était contraire aux conditions de la paix rapportées par Tite-Live (30,37) : ut Poeni redderent perfugas, fugitiuos et captiuos omnes Romanis.
12 195 a.C.
13 C’est-à-dire suffète ou "roi" comme l'écrit Nepos (Han., 7).
14 Au printemps 195 a.C., Flamininus convoque une assemblée panhellénique à Corinthe ; tous approuvent la guerre contre Nabis, sauf les Étoliens. La guerre a lieu en 195-194 ; Sparte n'est pas prise et Nabis reste au pouvoir, mais il a perdu Argos et des débouchés maritimes.
15 194 (printemps) R. évacue la Grèce
16 Cf. supra, 29,4,11. Philopœmen, stratège de la ligue achéenne, bat Nabis en 192 a.C.
17 Les deux généraux sont à peu près contemporains. Cf. Plutarque, Vies parallèles, Vie de Philopœmen et de Flamininus, qui conclut à la supériorité de Philopoemen pour sa connaissance de l'art militaire, à celle de Flamininus pour sa justice et sa bonté.
18 La deuxième guerre punique, depuis le passage des Alpes par Hannibal en 218 jusqu’à son retour en Afrique en 203 a.C.
19 Les campagnes menées par les Scipions dans la péninsule ibérique, à partir de 218, aboutissent en 197 a.C. à la création des deux provinces d’Espagne citérieure à l’est, des Pyrénées au cap de Gata, et d’Espagne ultérieure au sud, centrée sur la vallée du Baetis. Dès le début de la conquête, la péninsule est exploitée par les Romains (hommes, mines, produits agricoles) avec une grande brutalité et un mépris constant des indigènes. Les Romains s'allient avec des chefs locaux pour en opprimer d'autres ; il y a de très nombreuses révoltes, réprimés par les gouverneurs successifs : la "pacification" de l'Espagne durera près de 200 ans.
20 Ambassade d’Ariston de Tyr, en 194-193 a.C.
21 D’après Tite-Live (34,59,8 ; 35,13,6), l’ambassade de 193 a.C. était constituée de P. Villius Tappulus, P. Sulpicius Galba Maximus, P. Aelius Paetus.
22 Selon Claudius Quadrigarius, cité par Tite-Live (35,14,6-11), Scipion l’Africain aurait fait partie de l’ambassade et aurait eu avec Hannibal une entrevue, au cours de laquelle les deux hommes auraient entretenu une controverse sur les mérites respectifs des grands généraux : Alexandre, Pyrrhos, et eux-mêmes.
23 Selon Polybe, 3,1,11, Hannibal aurait levé les soupçons d'Antiochos en lui racontant l'histoire de son père et du fameux serment.
24 Zeugma.
25 Au cours de l’hiver 192-191 a.C., Antiochos aurait épousé une jeune Chalcidienne (cf. Diodore, 29,2).
26 M’. Acilius Glabrio
27 Bataille des Thermopyles en avril 191.
28 C. Livius Salinator, préteur en 191, mais si on préfère suivre la tradition ms. de i qui écrit aemilius avec des variantes orthographiques, il s'agirait de L. Aemilius Regillus, préteur l'année précédente, qui célébra un triomphe en 191 (Liv. 58,3).
29 Dans les deux batailles navales de Sidè et de Myonnèsos (août-sept. 190), Rome était appuyée par les flottes de Rhodes et de Pergame.
30 L. Cornelius Scipio, le futur Asiaticus, consul en 190.
31 P. Cornelius Scipio Africanus, le vainqueur d'Hannibal (236-183).
32 Cf. Tite-Live, 37,35-36.
33 Cf. Tite-Live, 37,37.
34 Eumène II Sôter (197-160).
35 Bataille de Magnésie du Sipyle au début de l’hiver 190-189 a.C. Le commandement était exercé chez les Romains par le légat Cn. Domitius Ahenobarbus.
36 M. Aemilius Lepidus.
37 La paix, négociée à Sardes au printemps 189, fut signée à Apamée en 188 a.C.
38 Le roi de Pergame et Rhodes se partagent les possessions séleucides d’Asie mineure, jusqu’à l’Halys et au Taurus : la Carie et la Lycie pour Rhodes, le reste pour Eumène. Les cités qui étaient libres au moment de la bataille de Magnésie devaient le rester (cf. Liv., 37,55). Les Romains ne gardent que les îles de Zante et Céphallénie, excellentes positions stratégiques, il est vrai.