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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XXXI

Guerres des Romains contre Nabis et Antiochos III, Le sénat romain et les problèmes gréco-orientaux 1,1—Ambassade romaine à Carthage : fuite d'Hannibal, 2,1—Guerre de Nabis, 3,1—Hannibal pousse Antiochos à la guerre 3,5—Ambassade d'Ariston de Tyr à Carthage 4,1—Ambassade romaine à Antiochos 4,4—Les Romains rendent Hannibal suspect à Antiochos 4,6—Antiochos se décide à entrer en guerre 4,10—Discours d'Hannibal au conseil, 5,2—Rejet du plan d'Hannibal, 6,1—La guerre en Grèce 6,4—La guerre navale 6,7—Les Scipions et la guerre d'Asie, 6,10—Pourparlers de paix 7,4—Les Troyens et les Romains, 8,1—Reprise de la guerre 8,5—Paix d'Apamée, 8,8.


1 2 3 4 5 6 7 8

Le sénat romain et les problèmes gréco-orientaux 1,1 Après la mort du roi d’Égypte Ptolémée Philopator, l‘âge du fils dans l’enfance qu’il avait laissé comme héritier du trône1, à la vérité une proie pour ses serviteurs, ayant inspiré du mépris, le roi de Syrie Antiochos2, décida de s’emparer de l’Égypte3. 2 C’est pourquoi, alors qu’il avait assailli Phœnikè et d’autres cités situées certes en Syrie, mais qui étaient sous la juridiction de l’Égypte, le sénat lui envoie des ambassadeurs4 pour lui notifier de ne pas toucher au royaume du pupille que les dernières prières de son père avaient mis sous sa protection.

3 Les ambassadeurs ayant été repoussés, au bout d’un certain temps une autre ambassade5 arriva qui, sans mentionner la personne du pupille, ordonnait de rétablir dans leur intégrité les cités devenues possession du peuple romain par le droit de la guerre. 4 Sur le refus d’Antiochos, on lui déclare une guerre qu’il accepta volontiers et fit de façon infortunée6.

5 À la même époque également, le tyran Nabis7 s’empara de beaucoup de cités de Grèce. 6 Donc, le sénat, de peur que les forces romaines soient impliquées dans deux guerres à la fois, écrivit à Flamininus de délivrer aussi la Grèce de Nabis, s’il le jugeait bon, comme il avait délivré la Macédoine de Philippe ; 7 pour ce motif, son commandement fut prorogé8.

Le nom d’Hannibal rendait certes redoutable la guerre d’Antiochos : ses rivaux l’accusaient dans des instructions confidentielles d’avoir fait alliance avec Antiochos, 8 disant qu’accoutumé au commandement et à la liberté démesurée de l’état militaire, il ne vivait pas d’un esprit égal sous les lois ; et qu’il cherchait autour de lui de nouveaux motifs de guerre, par dégoût du repos de la ville9. 9 Ces informations, même si elles étaient fausses, étaient cependant tenues pour vraies chez les gens craintifs.

Ambassade romaine à Carthage : fuite d'Hannibal
2,1 À la fin, le sénat, ébranlé par la peur, envoie en Afrique Cn. Servilius10 en ambassadeur pour épier les agissements d’Hannibal et lui ordonne dans des instructions secrètes de le faire tuer, s’il le pouvait, par ses rivaux et de délivrer enfin le peuple romain de la peur d’un nom haï. 2 Mais la chose ne resta pas longtemps cachée à Hannibal, un homme préparé à voir les dangers à l’avance et à s’en garder, et qui ne pensait pas moins aux revers dans la prospérité qu’aux choses favorables dans l’adversité.

3 Donc, alors que pendant toute la journée, au forum de Carthage, il s’était offert aux regards des principaux citoyens et de l’ambassadeur romain jusqu’à la dernière heure, à l’approche du soir il monta à cheval et se dirigea vers une terre suburbaine qu’il possédait près du rivage de la mer ; ses esclaves, qui n’étaient pas au courant, avaient reçu l’ordre de l’attendre près de la porte de la ville. 4 Il avait là un bateau dissimulé avec ses rameurs dans un repli caché de la côte ; une grosse somme d’argent, également, avait été préparée dans cette propriété afin que, quand la situation l’exigerait, ni l’absence de moyens, ni le manque de ressources ne retardent sa fuite. 5 Ayant donc choisi de jeunes esclaves dont le nombre de prisonniers italiques augmentait l’abondance11, il s’embarque et dirige sa course vers Antiochos12. 6 Le lendemain, la cité attendait son prince, qui était à ce moment consul13.

7 Quand on annonça qu’il était parti, ce ne fut pas autrement que si la ville avait été prise que tous tremblèrent et présagèrent que la fuite d’Hannibal annonçait leur perte. 8 L’ambassadeur romain, pour sa part, repart pour Rome sans rien dire, comme si la guerre avait déjà été portée en Italie par Hannibal, et rapporte l’effrayante nouvelle.

Guerre de Nabis
3,1 Pendant ce temps, en Grèce, Flamininus ayant fait alliance avec certaines cités, eut le dessus sur Nabis dans deux batailles consécutives et le laissa brisé par de dures conditions de paix, comme exsangue, dans son royaume14. 2 Cependant, alors qu’une fois la liberté rendue à la Grèce et les garnisons retirées des villes, l’armée romaine avait été ramenée en Italie15, il attaqua soudainement par les armes de nombreuses cités, comme attiré à nouveau par des propriétés sans maître.

3 Terrifiés par ces événements, les Achéens décident de faire la guerre à Nabis de peur que le fléau voisin ne se glisse également jusqu’à eux ; et ils prennent comme général leur préteur Philopœmen16, un homme d’une intense activité 4 qui se distingua pendant cette guerre par une valeur militaire si grande que, selon l’opinion de tous, il était l’égal du général en chef romain Flamininus17.

Hannibal pousse Antiochos à la guerre 5 Alors qu’Hannibal, à la même époque, était arrivé auprès d’Antiochos, il est accueilli comme un présent des dieux, 6 et une si grande ardeur pénétra l’esprit du roi, qu’il ne pensait pas tant à la guerre qu’aux récompenses de la victoire. 7 Cependant Hannibal, à qui la valeur romaine était connue, disait qu’on ne pouvait écraser les Romains, si ce n’est en Italie. 8 Pour ce faire, il réclamait mille cavaliers, cent navires et dix mille fantassins, en promettant qu’avec cette troupe il recommencerait une guerre non moindre que celle qu’il avait faite en Italie18, 9 et qu’il rapporterait au roi installé en Asie, soit la victoire sur les Romains, soit des conditions de paix équitables, 10 puisqu’il ne manquait qu’un général aux Espagnols enflammés pour la guerre19 et que l’Italie lui était désormais mieux connue qu’auparavant ; d’autre part, Carthage ne resterait pas en repos et s’offrirait à lui sans délai comme alliée.

Ambassade d'Ariston de Tyr à Carthage
4,1 Comme les projets avaient plu au roi, l’un des compagnons d’Hannibal est envoyé à Carthage afin d’exhorter à la guerre ceux qui en étaient avides et d’annoncer qu’Hannibal serait à leurs côtés avec des troupes20 : rien ne manquait à la cause que l’assentiment des Carthaginois ; l’Asie fournirait les forces armées et l’argent de la guerre.

2 Quand ces paroles eurent été transmises à Carthage, le messager lui-même est attrapé par les ennemis d’Hannibal et conduit devant le sénat : s’étant vu demander à qui il avait été envoyé, il répondit avec l’esprit punique qu’il avait été envoyé à l’ensemble du sénat : ce n’était pas en effet l’affaire d’individus isolés, mais celle de l’ensemble. 3 Tandis qu’ils délibèrent pendant plusieurs jours s’ils l’enverraient à Rome pour libérer officiellement leur conscience, le messager s’embarque sans rien dire et retourne auprès d’Hannibal ; l’ayant appris, les Carthaginois envoient d’eux-mêmes un rapport à Rome sur l’affaire, par l’intermédiaire d’un ambassadeur.

Ambassade romaine à Antiochos 4 De leur côté, les Romains envoyèrent des ambassadeurs21 à Antiochos pour, sous le prétexte d’une ambassade, d’une part espionner les préparatifs du roi et, d’autre part, soit adoucir les sentiments d’Hannibal à l’égard des Romains, soit, par des entretiens répétés, le faire soupçonner et haïr du roi. 5 Ainsi, alors que les ambassadeurs étaient venus trouver Antiochos à Éphèse, ils lui remettent les recommandations du sénat.

Les Romains rendent Hannibal suspect à Antiochos 6 Pendant qu’ils attendaient la réponse, ils furent tous les jours assidus auprès d’Hannibal, lui disant qu’il avait quitté sa patrie avec crainte alors que les Romains maintenaient avec la plus grande loyauté la paix conclue non pas tant avec son gouvernement qu’avec lui : 7 il avait fait la guerre aux Romains moins par haine contre eux que par amour pour sa patrie à laquelle la vie elle-même est due par chacun des meilleurs citoyens ; les motifs de se battre avaient été des motifs d’état entre peuples, non pas des motifs privés entre généraux ; ensuite, ils louaient ses hauts faits.

8 Heureux d'une conversation portant sur ses hauts faits, Hannibal s’entretenait avec les ambassadeurs assez volontiers et trop souvent, ignorant quelle haine il s’attirait auprès du roi par sa familiarité avec les Romains22. 9 En effet, Antiochos, jugeant que, par des entretiens répétés, il était rentré en faveur chez les Romains, commença à ne plus rien lui raconter comme il en avait l’habitude, à le tenir à l’écart de ses projets et à le haïr, comme un ennemi et un traître à sa personne23. Cette attitude ruina les si grands préparatifs de guerre, une fois mis à l’écart l’art du général.

Antiochos se décide à entrer en guerre 10 Les instructions du sénat avaient été qu'il se contente de ses frontières d'Asie afin de ne pas les placer devant l'obligation d'entrer eux-mêmes en Asie. Après les avoir méprisées, il décida de ne pas accepter la guerre, mais d’en prendre l’initiative.

5,1 On dit que bien que le roi eut tenu fréquemment conseil après la mise à l'écart d'Hannibal, il avait à la fin ordonné de le convoquer, non pas afin de faire quelque chose d'après son avis, mais de peur de paraître l'avoir entièrement méprisé, et que, après avoir questionné tout le monde, il l'interrogea le dernier.

Discours d'Hannibal au conseil 2 Hannibal, qui s'en était aperçu, déclara qu'il comprenait qu'il avait été convoqué non parce que le roi avait besoin de son avis, mais pour compléter le nombre des voix ; malgré cela, par haine des Romains et par amour du roi, le seul auprès duquel un lieu d'asile sûr lui avait été laissé, il allait exposer sa méthode de guerre.

3 Puis, ayant d'abord demandé grâce pour sa hardiesse de langage, il dit qu'il n'approuvait rien des projets ou des entreprises de ceux qui étaient présents et que la Grèce ne lui convenait pas comme lieu d'affrontement dans la mesure où l'Italie était un terrain plus prometteur : 4 de fait, les Romains ne pouvaient être vaincus, si ce n'est par leurs propres armes, et l'Italie ne pouvait être soumise autrement que par les forces italiennes, puisque ce genre d'hommes était différent de tous les autres mortels, et que, d'autre part, ce genre de guerre était d'une espèce différente24; 5 dans les autres guerres, le plus important était de saisir le premier une occasion favorable, moment ou terrain, de piller les campagnes, de s'emparer de villes ; avec le Romain, soit qu'on les ait occupées en premier par quelque moyen, soit qu'on les ait vaincues, il fallait cependant batailler encore avec un homme vaincu et terrassé. 6 Pour cette raison, si quelqu'un les harcelait en Italie, on pourrait les vaincre avec leurs propres ressources, leurs propres forces, leurs propres armes, comme lui-même l'avait fait. 7 Si, en revanche, quelqu'un leur abandonnait l'Italie, la source, en quelque sorte, de leurs forces, il commettrait à coup sûr la même erreur que quelqu'un qui, au lieu de dériver des cours d'eau depuis l'origine même de leurs sources, voudrait les détourner ou les assécher quand les masses d'eau en seraient déjà importantes. 8 Il avait déjà donné cet avis en secret et il s'était offert volontairement comme opérateur de son projet, et il répétait maintenant en présence des amis du roi, afin que tous connaissent la manière de faire la guerre avec les Romains, que ceux-ci étaient invincibles à l'extérieur, fragile chez eux. 9 On pouvait en effet les dépouiller de leur ville avant de les dépouiller de leur empire, de l'Italie avant leurs provinces, puisqu'ils avaient été pris par les Gaulois, et presque détruits par lui-même, et qu'il n'avait jamais été vaincu avant de se retirer de leurs territoires ; sitôt revenu à Carthage, la fortune de la guerre avait changé avec son siège.

Rejet du plan d'Hannibal
6,1 Les amis du roi critiquaient l'avis d'Hannibal, ils ne réfléchissaient pas à l'intérêt de la chose, mais redoutaient que, une fois le projet approuvé, il ne s'empare de la première place dans la faveur du roi. 2 Quant à Antiochos, ce n'est pas tant le plan que son auteur qui lui déplaisait : il craignait que la gloire de la victoire fût pour Hannibal, et non pour lui-même. 3 Donc, tout fut gâché par les flatteries variées des courtisans : on ne faisait rien en suivant un plan ou bien rationnellement. Le roi lui-même s'étant laissé allé à la débauche au long de l'hiver, s'abandonnait chaque jour à ses nouvelles épousailles25.

La guerre en Grèce 4 En face, Acilius26, le consul romain qui avait été envoyé pour cette guerre, préparait avec le plus grand soin des troupes, des armes et tout le reste des choses nécessaires à la guerre ; il affermissait les cités alliées, sollicitait les hésitantes, et l'issue de la guerre ne fut pas différente des préparatifs des deux camps. 5 De fait, à la première rencontre, quand le roi voit plier les siens, il ne porte pas secours à ceux qui étaient en difficulté, mais se met à la tête des fuyards et abandonne aux vainqueurs son camp bien pourvu27. 6 Ensuite, alors qu’il était arrivé en Asie en fuyant, il commença à se repentir d’avoir négligé le conseil et, ayant rendu son amitié à Hannibal, il se mit à tout faire selon ses avis.

La guerre navale 7 Entre temps, on lui annonce que le général romain Livius28, envoyé par le sénat livrer bataille sur mer, approche avec quatre-vingts navires à rostres, et cela lui donna espoir d’un retour de fortune. 8 C’est pourquoi il décida de livrer un combat naval avant que les cités alliées ne passent à l’ennemi, dans l’espoir qu’une gloire neuve venue de sa victoire puisse effacer la défaite essuyée en Grèce. 9 Donc, la flotte ayant été remise à Hannibal, le combat s’engage. Mais les soldats d’Asie n’égalaient pas les Romains, ni leurs navires, les navires à rostres ; la défaite fut cependant moindre grâce à la compétence du général29.

Les Scipions et la guerre d'Asie 10 Le bruit de la victoire n’était pas encore arrivé à Rome et pour cette raison la cité était dans l’indécision pour l’élection des consuls.

7,1 Mais contre le général Hannibal, qu’y avait-il de mieux que d’élire le frère de l’Africain, puisqu’il appartenait aux Scipions de vaincre les Puniques ? 2 L. Scipion30 est donc élu consul et on lui donne comme légat son frère l’Africain, afin qu’Antiochos comprenne que les Romains n’avaient pas moins confiance en Scipion31, le vainqueur, que lui-même en Hannibal, le vaincu.

3 Pendant qu’ils faisaient passer leur armée en Asie, on annonça aux Scipions que la fin de la guerre était désormais imminente : Antiochos avait été vaincu dans une bataille sur terre, Hannibal en combat naval.

Pourparlers de paix 4 Donc, dès leur arrivée, Antiochos leur envoya des ambassadeurs pour demander la paix ; ils amenaient en présent particulier pour l’Africain le fils de celui-ci, que le roi avait pris pendant qu’il faisait la traversée sur un petit navire.

5 Mais l’Africain dit que les bienfaits privés étaient distincts des affaires d’état et qu’une chose était les devoirs d’un père, une autre les droits de la patrie qui ont priorité, non seulement sur les enfants, mais encore sur la vie même. 6 Il était à coup sûr reconnaissant de recevoir ce présent et répondrait à la générosité du roi à ses propres frais. Pour ce qui tenait à la guerre et à la paix, il répondit qu’il ne pouvait rien donner à la faveur, ni rien retrancher des droits de sa patrie. 7 En effet, il ne discuta jamais du rachat de son fils et le sénat ne lui permit pas de faire quelque chose à son sujet, mais il avait dit qu’il reprendrait son fils par les armes, comme il était digne de sa grandeur. 8 Après cela, les conditions de la paix sont formulées : que l’Asie passe aux Romains, que le roi se contente du royaume de Syrie, qu’il livre tous ses navires, les prisonniers et les transfuges, qu’il rembourse aux Romains tous les frais de la guerre. 9 Quand ces conditions furent annoncées à Antiochos, il répondit qu’il n’était pas encore vaincu au point de souffrir d’être dépouillé de son royaume, et que ces conditions étaient des incitations à la guerre et non pas des séductions de paix32.

Les Troyens et les Romains
8,1 Donc, comme des deux côtés on préparait la guerre, et que les Romains, entrés en Asie, étaient venus à Troie, les Troyens et les Romains se félicitèrent mutuellement : les Troyens rappelant Énée et les autres chefs partis avec lui; les Romains, qu’ils avaient été engendrés par ceux-ci ; et la joie de tous fut aussi grande qu’elle est, d’habitude entre parents et enfants après un long espace de temps33. 3 Il plaisait aux Troyens que leurs descendants, après avoir soumis l’Occident et l’Afrique, revendiquent l’Asie comme un royaume ancestral ; ils disaient que la ruine de Troie aurait dû être souhaitée pour qu’elle renaisse de façon si fortunée. 4 En retour, les Romains étaient en proie à un désir insatiable de voir les lares ancestraux et le berceau de leurs ancêtres, les temples et les statues des dieux.

Reprise de la guerre 5 Une fois les Romains partis de Troie, le roi Eumène34 accourut avec des auxiliaires et, peu après, le combat s’engagea avec Antiochos35. 6 Comme, à l’aile droite, la légion romaine enfoncée s’enfuyait vers son camp avec une honte plus grande que le danger qu’elle courait, le tribun militaire M. Aemilius36, qui avait été laissé à la protection du camp, ordonne à ses soldats de s’armer et d’avancer hors du rempart, et de menacer les fuyards de leurs glaives dégainés, en disant qu’ils allaient mourir s’ils ne retournaient pas au combat et qu’ils trouveraient leur propre camp plus hostile que celui des ennemis. 7 Frappés de stupeur par ce double péril, la légion retourne au combat, accompagnée par ses compagnons d’armes qui lui avaient interdit de fuir, et, un grand massacre ayant en lieu, ce fut le début de la victoire. Cinquante mille ennemis furent massacrés, onze mille furent faits prisonniers.

Paix d'Apamée 8 Quand Antiochos demanda la paix37, il ne fut rien ajouté aux conditions antérieures : aux dires de l’Africain, les Romains, s’ils étaient vaincus, ne diminuaient pas leur courage, non plus que, s’ils étaient vainqueurs, ils ne devenaient arrogants à la suite de leurs succès. 9 Ils partagèrent entre leurs alliés les cités dont ils s’étaient emparé38, estimant que l’Asie était plus faite pour être un cadeau romain qu’une possession cause de plaisir ; de fait, la gloire de la victoire devait être revendiquée par la puissance romaine, le foisonnement des richesses devait être abandonné aux alliés.


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1 Cf. supra,
30,2,5.

2 Antiochos III Me/gas, (223-187), fils cadet de Séleucos II, né en 243/2 a.C.

3 L'invasion de la Syrie par Antiochos (cinquième guerre de Syrie) commence en 202/1. Le commandant en chef des troupes égyptiennes, Scopas l'Étolien, capitule à Gaza en 200 a.C.

4 c. 200 a.C.

5 Ambassade de L. Cornelius Lentulus, en 196 a.C.

6 La guerre de Syrie, qui dura de 192 à 188 a.C., fut déclarée après que le roi eut fait la paix en 195 avec Ptolémée V en lui donnant en mariage sa fille Cléopâtre (I).

7 À propos de Nabis, cf. supra,
30,4,5.

8 En 197 a.C. (Liv. 33,43,6).

9 Après la fin de la deuxième guerre punique, Hannibal tenta de se maintenir aux affaires à Carthage, il ne licencia pas son armée qu'il occupe à des travaux agricoles ; élu suffète en 196, il chercha à faire des réformes constitutionnelles. Menacé d'être livré à Rome, il s'exila en 195 chez Antiochos, puis Prusias.

10 Cn. Servilius Caepio, consul en 203 a.C., membre de l’ambassade de 195, avec M. Claudius Marcellus et Q. Terentius Culleo.

11 Cette remarque de Justin implique que les Carthaginois n'avaient pas rendu tous les prisonniers qu'ils avaient faits au cours de la guerre, ce qui était contraire aux conditions de la paix rapportées par Tite-Live (30,37) : ut Poeni redderent perfugas, fugitiuos et captiuos omnes Romanis.

12 195 a.C.

13 C’est-à-dire suffète ou "roi" comme l'écrit Nepos (Han., 7).

14 Au printemps 195 a.C., Flamininus convoque une assemblée panhellénique à Corinthe ; tous approuvent la guerre contre Nabis, sauf les Étoliens. La guerre a lieu en 195-194 ; Sparte n'est pas prise et Nabis reste au pouvoir, mais il a perdu Argos et des débouchés maritimes.

15 194 (printemps) R. évacue la Grèce

16 Cf. supra,
29,4,11. Philopœmen, stratège de la ligue achéenne, bat Nabis en 192 a.C.

17 Les deux généraux sont à peu près contemporains. Cf. Plutarque, Vies parallèles, Vie de Philopœmen et de Flamininus, qui conclut à la supériorité de Philopoemen pour sa connaissance de l'art militaire, à celle de Flamininus pour sa justice et sa bonté.

18 La deuxième guerre punique, depuis le passage des Alpes par Hannibal en 218 jusqu’à son retour en Afrique en 203 a.C.

19 Les campagnes menées par les Scipions dans la péninsule ibérique, à partir de 218, aboutissent en 197 a.C. à la création des deux provinces d’Espagne citérieure à l’est, des Pyrénées au cap de Gata, et d’Espagne ultérieure au sud, centrée sur la vallée du Baetis. Dès le début de la conquête, la péninsule est exploitée par les Romains (hommes, mines, produits agricoles) avec une grande brutalité et un mépris constant des indigènes. Les Romains s'allient avec des chefs locaux pour en opprimer d'autres ; il y a de très nombreuses révoltes, réprimés par les gouverneurs successifs : la "pacification" de l'Espagne durera près de 200 ans.

20 Ambassade d’Ariston de Tyr, en 194-193 a.C.

21 D’après Tite-Live (34,59,8 ; 35,13,6), l’ambassade de 193 a.C. était constituée de P. Villius Tappulus, P. Sulpicius Galba Maximus, P. Aelius Paetus.

22 Selon Claudius Quadrigarius, cité par Tite-Live (35,14,6-11), Scipion l’Africain aurait fait partie de l’ambassade et aurait eu avec Hannibal une entrevue, au cours de laquelle les deux hommes auraient entretenu une controverse sur les mérites respectifs des grands généraux : Alexandre, Pyrrhos, et eux-mêmes.

23 Selon Polybe, 3,1,11, Hannibal aurait levé les soupçons d'Antiochos en lui racontant l'histoire de son père et du fameux serment.

24 Zeugma.

25 Au cours de l’hiver 192-191 a.C., Antiochos aurait épousé une jeune Chalcidienne (cf. Diodore, 29,2).

26 M’. Acilius Glabrio

27 Bataille des Thermopyles en avril 191.

28 C. Livius Salinator, préteur en 191, mais si on préfère suivre la tradition ms. de i qui écrit aemilius avec des variantes orthographiques, il s'agirait de L. Aemilius Regillus, préteur l'année précédente, qui célébra un triomphe en 191 (Liv. 58,3).

29 Dans les deux batailles navales de Sidè et de Myonnèsos (août-sept. 190), Rome était appuyée par les flottes de Rhodes et de Pergame.

30 L. Cornelius Scipio, le futur Asiaticus, consul en 190.

31 P. Cornelius Scipio Africanus, le vainqueur d'Hannibal (236-183).

32 Cf. Tite-Live, 37,35-36.

33 Cf. Tite-Live, 37,37.

34 Eumène II Sôter (197-160).

35 Bataille de Magnésie du Sipyle au début de l’hiver 190-189 a.C. Le commandement était exercé chez les Romains par le légat Cn. Domitius Ahenobarbus.

36 M. Aemilius Lepidus.

37 La paix, négociée à Sardes au printemps 189, fut signée à Apamée en 188 a.C.

38 Le roi de Pergame et Rhodes se partagent les possessions séleucides d’Asie mineure, jusqu’à l’Halys et au Taurus : la Carie et la Lycie pour Rhodes, le reste pour Eumène. Les cités qui étaient libres au moment de la bataille de Magnésie devaient le rester (cf. Liv., 37,55). Les Romains ne gardent que les îles de Zante et Céphallénie, excellentes positions stratégiques, il est vrai.


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