4,1 Donc, Persée, ayant succédé à son père Philippe, appelait tous ces peuples à s'associer à la guerre contre les Romains.
La fin d'Hannibal 2 Pendant ce temps, la guerre était née entre Eumène15 et le roi Prusias16, auprès duquel Hannibal s'était réfugié après la paix accordée à Antiochos par les Romains ; Prusias, qui se fiait à Hannibal, en avait pris l'initiative en rompant le traité17.
3 En effet, comme les Romains, entre autres conditions de paix, exigeaient d'Antiochos qu'il leur livre Hannibal, ce dernier, averti par le roi, prit la fuite. Il est porté en Crète. 4 Alors qu'il y avait vécu longtemps tranquille, se voyant en butte à l'envie à cause de ses trop grandes richesses, il dépose dans le temple de Diane des amphores remplies de plomb, comme si elles renfermaient sa fortune, 5 et tandis que, de cette façon, la cité ne s'inquiétait de rien puisque elle retenait ses richesses en gage, il se rend auprès de Prusias, avec son or coulé dans des statues qu'il emportait avec lui, de peur que la vue de ses richesses ne mette sa vie en danger.
6 Puis, comme Prusias avait été vaincu sur terre par Eumène, et avait transféré la lutte sur mer, Hannibal fut l'auteur de la victoire grâce à un plan original : en effet, il ordonne de faire entrer toutes sortes de serpent dans des cruches d'argile et, au milieu de la bataille, il les envoie sur les navires des ennemis. 7 Les Pontiques se moquèrent d'abord de voir leurs ennemis combattre avec des cruches, en hommes qui ne pourraient pas combattre à l'épée, mais quand les navires commencèrent à être pleins de serpents, circonvenus par un double péril, ils abandonnèrent la victoire à l'ennemi.
8 Quand cela fut annoncé à Rome, des ambassadeurs furent envoyés par le sénat pour obliger les deux rois à faire la paix et pour réclamer Hannibal ; mais Hannibal l'ayant appris s'empoisonna et devança l'ambassade par sa mort.
Conclusion sur Hannibal 9 Cette année18 fut remarquable par la mort des trois plus grands généraux du monde entier, Hannibal, Philopœmen et Scipion l'Africain ; 10 parmi ceux-ci, il est notoire qu'Hannibal, ni au moment où l'Italie redoutait ses foudres pendant la guerre avec Rome, ni au moment où, de retour à Carthage, il détenait le pouvoir suprême, ne dîna jamais étendu et ne s'accorda pas plus d'un setier de vin, 11 et qu'il garda une si grande retenue, au milieu de ses captives que n'importe qui nierait qu'il soit natif d'Afrique. 12 À la vérité, sa circonspection19 était tel que, alors qu'il commandait une armée plurinationale, il ne fut jamais en butte à des embûches de la part de ses soldats et ni trahi déloyalement, bien que ses ennemis eussent tenté souvent l'un et l'autre.
1 Une trêve avait été conclue entre Rome et les Étoliens après la défaite d'Antiochos III aux Thermopyles et son départ des Balkans. Pendant les négociations qui aboutissent à la paix d'Apamée avec Philippe, les Étoliens décrétèrent la guerre contre Rome (Liv., 35,33) qui reprit l'offensive contre eux et liquida toute résistance de la ligue (cf. Liv., 38, 8-11).
2 Cf. supra, 28,2,5.
3 Voir les récits, à la fois parallèles et divergents de Plutarque, Vie de Philopœmen, 18,9-14, et de Tite-Live, 39,49-50.
4 Selon Plutarque et Tite-Live, il fut enfermé dans le Trésor de la cité, un caveau souterrain sans porte, fermé par une grosse pierre.
5 Lycortas de Mégalopolis, père de Polybe, hipparque en 193, succèda à Philopœmen après sa mort en 183.
6 Lycortas obtint la capitulation des Messéniens qui livrèrent les assassins de Philopoemen et reçurent une garnison dans leur citadelle (cf. Polybe, 23, 16). Les cendres du général furent transférées solennellement de Messène à Mégalopolis ; c’est Polybe qui porta l’urne au cours des funérailles ; il écrivit une biographie (perdue) du héros, dont il parle avec éloges à plusieurs reprises dans ses Histoires (cf. en particulier Hist., 10, 21-24).
7 Il devait payer aux Romains 12000 talents attiques d'argent en douze ans, par douzième, et à Eumène 350 talents en cinq ans, plus 127 talents en équivalent blé, selon Tite-Live (38,38,13)
8 Antiochos III fut tué en Élymaïde le 3 ou le 4 juillet 187 a.C. Diodore situe la mort du roi à l'occasion du pillage du téménos de Zeus (28,3) et du sanctuaire de Bêl (29,15) à Élymaïs.
9 183 a.C.
10 Dèmètrios, otage à Rome depuis 199 a.C., fit partie du cortège triomphal de Flamininus en 196, et fut renvoyé à son père en 193 (cf. Liv., 33, 13 & 30; 34, 52; 36, 35, 13 ; 39, 35 & 47).
11 Dèmètrios fut tué en 181/180 a.C. À propos de Dèmètrios, des relations des deux frères et des événements qui amenèrent la mort du cadet, cf. Polybe, 23,1-3, et Tite-Live, 39-40.
12 Innoxia Demetrii morte : hypallage dans le texte de Justin, corrigé par i et Ruehl en innoxii.
13 Q. Servilius Caepio, consul en 106, proconsul l'année suivante et responsable du désastre d'Orange (6 oct. 105), fut exilé en 102 a.C. et ses biens furent confisqués.
14 Un autre roi des Daces est mentionné dans le prologue du livre 32 ; Rubobustès, dont le nom est corrigé en Burobustès par les éditeurs, d'après Strabon (7,298) qui nomme Burebi/stas un roi dace.
15 Le roi de Pergame Eumène II (197-159), fils d'Attale Ier, a été le grand bénéficiaire du réglement d'Apamée. Il est le gendarme des Romains en Asie.
16 Prusias Ier, roi de Bithynie (c. 182-149).
17 Commencée en 186 a. C., la guerre entre Eumène et Prusias dura environ deux ans.
18 En 183 a.C. Dans un des passages conservé du livre 23 des Histoires, Polybe revient sur les mérites comparés des trois généraux qui disparurent la même année. Voir aussi Diodore (29, 18-21) dont la source principale est ici Polybe, et Tite-Live, 39,50.
19 La source de Trogue Pompée utilisait vraisemblablement le terme grec swfrosu/nh, traduit par moderatio.