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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XXXII

Les années 183-175 a.C., Soumission des Étoliens, 1,1—Capture et mort de Philopœmen, 1,4—Assassinat de Dèmètrios, fils cadet de Philippe V, 2,3—Mort de Philippe V, 3,1—Errances des bandes gauloises après Delphes, 3,6—Origine des Histriens, 3,13—Origine des Daces 3,16—La fin d'Hannibal, 4,2—Conclusion sur Hannibal, 4,9.


1 2 3 4

Soumission des Étoliens 1,1 Les Étoliens, qui avaient poussé Antiochos à la guerre avec Rome, se retrouvèrent seuls contre les Romains après la défaite du roi, inégaux en forces et privés de tout secours ; 2 et peu après, vaincus, ils perdirent la liberté que seuls parmi un si grand nombre de cités de Grèce, ils avaient maintenue intacte contre la domination des Athéniens et des Spartiates1. 3 Cette situation leur fut d’autant plus amère qu’elle était plus tardive : ils revoyaient en pensée ces époques où ils avaient résisté avec leurs forces personnelles aux ressources si grandes des Perses, où, au cours de la guerre delphique, ils avaient brisé la violence des Gaulois, qui terrifiait l’Asie et l’Italie2; et ces souvenirs pleins de gloire augmentaient grandement le regret de leur liberté perdue.

Capture et mort de Philopœmen 4 Au milieu de ces événements, entre les Messéniens et les Achéens naquit d’abord un désaccord à propos de la primauté, puis une guerre. 5 Au cours de celle-ci, le célèbre général en chef des Achéens, Philopœmen est fait prisonnier, non pas qu’il eût pris garde, en combattant, à se garder en vie, mais parce qu’au moment où il rappelait les siens au combat, il fut submergé par la multitude des ennemis, après avoir été jeté à bas de son cheval en franchissant le retranchement. 6 Les Messéniens n’eurent pas l’audace de le tuer pendant qu’il gisait au sol, soit par peur de sa valeur, soit par respect pour sa haute fonction3. 7 Ainsi, joyeux comme si, en la personne du général, ils avaient achevé toute la guerre, ils promenèrent le prisonnier à travers toute la cité, à la manière d’un triomphe, le peuple ayant afflué à sa rencontre, comme si leur propre général, non pas celui des ennemis, faisait son entrée, et les Achéens n’auraient pas vu avec plus d’avidité le vainqueur que les ennemis ne voyaient le vaincu. 8 Donc, ils ordonnèrent de le conduire au théâtre afin que tous contemplent celui qu’il paraissait à chacun incroyable qu’il ait pu avoir été pris. 9 Ensuite, après l’avoir conduit en prison4, ils lui donnèrent du poison par respect pour sa grandeur ; Philopœmen le prit, heureux comme s’il avait remporté la victoire ; auparavant, il avait demandé si Lycortas5, préfet des Achéens, qu’il savait être le second après lui en art militaire, s’en était tiré sain et sauf. Quand il apprit qu’il s’était échappé, il expira en disant que tout n'avait pas mal tourné pour les Achéens.

10 Peu après, la guerre ayant été reprise, les Messéniens sont vaincus et ils subirent le châtiment du meurtre de Philopœmen6.

Mort d'Antiochos Mégas
2,1 Pendant ce temps, en Syrie, comme le roi Antiochos, vaincu par les Romains, subissait le poids d’un lourd tribut7, l’une des clauses de la paix, soit poussé par le manque d’argent, soit attiré par la cupidité, en homme qui espérait que son sacrilège serait plus excusable en raison de l’obligation de payer le tribut, il attaque, de nuit, avec une armée le temple de Jupiter d’Élymes. 2 L’affaire ayant été révélée, les gens du lieu accourent et Antiochos est tué avec toute sa troupe8.

Assassinat de Dèmètrios, fils cadet de Philippe V 3 À Rome, comme beaucoup de cités de Grèce étaient venues se plaindre des injustices de Philippe, roi de Macédoine, et qu’il y avait un débat au sénat entre Dèmètrios, fils de Philippe, que son père avait envoyé pour se justifier auprès du sénat9, et les envoyés des cités, le jeune homme, troublé par le grand nombre des doléances, se tut soudain. 4 Alors, le sénat, ému par sa réserve qui avait été mise à l’épreuve par tous également auparavant quand il était otage à Rome10, lui donna gain de cause. Et ainsi, Dèmètrios obtint la grâce de son père, non pas au bénéfice de sa défense, mais sous le patronage de sa pudeur, 5 chose qui fut elle-même signifiée par le décret du sénat, pour qu’il soit manifeste que ce n’est pas tant le roi qui avait été absous, mais le père qui avait été favorisé par égard pour son fils. 6 Cette affaire ne procura pas à Dèmètrios de gratitude pour son ambassade mais la haine de la jalousie. 7 En effet, chez son frère Persée, d’une part, l’esprit de rivalité entraîna de la haine contre lui et, d’autre part, chez son père, la remarque annexée à l’acquittement fut un motif d’offense : Philippe était indigné que la personnalité de son fils ait eu plus de poids auprès du sénat que l’autorité du père et la dignité de la majesté royale. 8 Donc, Persée, s’étant aperçu de la rancœur de son père, mettait chaque jour devant lui en accusation Dèmètrios absent, et le faisait d’abord détester, puis soupçonner ; il lui reprochait tantôt l’amitié des Romains, tantôt sa trahison à l’égard de son père. 9 À la fin, il invente une machination ourdie contre lui-même par Dèmètrios ; pour le prouver, il introduit des dénonciateurs, suborne des témoins et commet le crime qu’il reproche. 10 Poussé au parricide par ces manœuvres, le père endeuilla tout le palais11.

Mort de Philippe V
3,1 Ayant fait tuer Dèmètrios et supprimer son rival, Persée n’était pas seulement bien négligent envers son père, mais encore assez méprisant, et il ne se conduisait pas en héritier du trône, mais en roi. 2 Offensé par ces manières, Philippe se plaignait de la mort de Dèmètrios, plus amèrement de jour en jour : alors, il se met même à soupçonner qu’il avait été circonvenu par des machinations , il fait mettre à la question les dénonciateurs et les témoins. 3 Ayant de cette façon appris la perfidie, il n’était pas moins torturé par le crime de Persée que par la mort de l’innocent Dèmètrios12, et il aurait accompli sa vengeance s’il n’avait pas été prévenu par la mort.

4 Peu de temps après, en effet, il mourut de la maladie entraînée par le chagrin, en laissant de grands préparatifs de guerre contre les Romains, dont Persée fit usage par la suite. 5 En effet, il avait décidé les Gaulois et les Scordisques à une alliance militaire, et il aurait fait aux Romains une dure guerre s’il n’était pas mort.

Errances des bandes gauloises après Delphes 6 En effet, après la guerre malheureuse contre Delphes, au cours de laquelle les Gaulois avaient éprouvé la puissance du dieu, une puissance plus grande que celle de leurs ennemis, ayant perdu leur chef Brennos, une partie d’entre eux s’était enfui en Asie, une autre en Thrace. 7 De là, ils regagnèrent leur ancienne patrie en revenant sur leurs pas, repassant par où ils étaient venus.

8 Une de leurs bandes s’établit au confluent du Danube et de la Save et décida de s’appeler les Scordisques.

9 Quant aux Tectosages, arrivés à Tolosa, leur ancienne patrie, ils avaient été atteints par le fléau de la peste : ils ne recouvrèrent pas la santé avant d’avoir, sur consultation des haruspices, immergé dans le lac de Tolosa l’or et l’argent acquis par les guerres et les sacrilèges, 10 un trésor que, bien longtemps après, le consul romain Cépion enleva tout entier. Il y avait cent dix mille livres d’argent et un million et demi de livres d’or. 11 Ce sacrilège causa par la suite la perte de Cépion et de son armée et le tumulte de la guerre des Cimbres suivit, comme le vengeur de l’argent consacré13.

12 Un ensemble de population important, détaché du peuple des Tectosages gagna à nouveau l’Illyrie pour l’agrément du butin, et, après avoir pillé les Histriens, s’installa en Pannonie.

Origine des Histriens 13 Le bruit court que le peuple des Histriens tire son origine des Colchidiens envoyés par le roi Aétas à la poursuite des Argonautes qui avaient enlevé sa fille : 14 ils pénétrèrent dans l’Hister en venant du Pont-Euxin, se transportèrent très loin par le lit de la Save en suivant les traces des Argonautes, en portant leurs barques sur leurs épaules à travers les cols des montagnes jusqu’au rivage de la mer Adriatique, ayant appris que les Argonautes avaient fait la même chose, à cause de la grandeur de leur navire ; 15 quand les Colchidiens ne trouvèrent pas les Argonautes, qui étaient partis, ils s’installèrent près d’Aquilée, soit par crainte du roi, soit par lassitude d’une longue navigation, et ils furent appelés Histriens du nom du fleuve par lequel ils étaient venus de la mer.

Origine des Daces 16 Les Daces, pour leur part, descendent des Gètes qui, alors que, sous le règne d'Orolès14, ils s'étaient mal battus contre les Bastarnes, avaient dû, sur l'ordre du roi, en punition de leur lâcheté, dormir la tête aux pieds et accomplir les tâches que leurs épouses accomplissaient auparavant pour eux. Et ces dispositions ne furent pas changées avant que les hommes n'effacent par leur courage le déshonneur acquis à la guerre.

4,1 Donc, Persée, ayant succédé à son père Philippe, appelait tous ces peuples à s'associer à la guerre contre les Romains.

La fin d'Hannibal 2 Pendant ce temps, la guerre était née entre Eumène15 et le roi Prusias16, auprès duquel Hannibal s'était réfugié après la paix accordée à Antiochos par les Romains ; Prusias, qui se fiait à Hannibal, en avait pris l'initiative en rompant le traité17.

3 En effet, comme les Romains, entre autres conditions de paix, exigeaient d'Antiochos qu'il leur livre Hannibal, ce dernier, averti par le roi, prit la fuite. Il est porté en Crète. 4 Alors qu'il y avait vécu longtemps tranquille, se voyant en butte à l'envie à cause de ses trop grandes richesses, il dépose dans le temple de Diane des amphores remplies de plomb, comme si elles renfermaient sa fortune, 5 et tandis que, de cette façon, la cité ne s'inquiétait de rien puisque elle retenait ses richesses en gage, il se rend auprès de Prusias, avec son or coulé dans des statues qu'il emportait avec lui, de peur que la vue de ses richesses ne mette sa vie en danger.

6 Puis, comme Prusias avait été vaincu sur terre par Eumène, et avait transféré la lutte sur mer, Hannibal fut l'auteur de la victoire grâce à un plan original : en effet, il ordonne de faire entrer toutes sortes de serpent dans des cruches d'argile et, au milieu de la bataille, il les envoie sur les navires des ennemis. 7 Les Pontiques se moquèrent d'abord de voir leurs ennemis combattre avec des cruches, en hommes qui ne pourraient pas combattre à l'épée, mais quand les navires commencèrent à être pleins de serpents, circonvenus par un double péril, ils abandonnèrent la victoire à l'ennemi.

8 Quand cela fut annoncé à Rome, des ambassadeurs furent envoyés par le sénat pour obliger les deux rois à faire la paix et pour réclamer Hannibal ; mais Hannibal l'ayant appris s'empoisonna et devança l'ambassade par sa mort.

Conclusion sur Hannibal 9 Cette année18 fut remarquable par la mort des trois plus grands généraux du monde entier, Hannibal, Philopœmen et Scipion l'Africain ; 10 parmi ceux-ci, il est notoire qu'Hannibal, ni au moment où l'Italie redoutait ses foudres pendant la guerre avec Rome, ni au moment où, de retour à Carthage, il détenait le pouvoir suprême, ne dîna jamais étendu et ne s'accorda pas plus d'un setier de vin, 11 et qu'il garda une si grande retenue, au milieu de ses captives que n'importe qui nierait qu'il soit natif d'Afrique. 12 À la vérité, sa circonspection19 était tel que, alors qu'il commandait une armée plurinationale, il ne fut jamais en butte à des embûches de la part de ses soldats et ni trahi déloyalement, bien que ses ennemis eussent tenté souvent l'un et l'autre.


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1 Une trêve avait été conclue entre Rome et les Étoliens après la défaite d'Antiochos III aux Thermopyles et son départ des Balkans. Pendant les négociations qui aboutissent à la paix d'Apamée avec Philippe, les Étoliens décrétèrent la guerre contre Rome (Liv., 35,33) qui reprit l'offensive contre eux et liquida toute résistance de la ligue (cf. Liv., 38, 8-11).

2 Cf. supra,
28,2,5.

3 Voir les récits, à la fois parallèles et divergents de Plutarque, Vie de Philopœmen, 18,9-14, et de Tite-Live, 39,49-50.

4 Selon Plutarque et Tite-Live, il fut enfermé dans le Trésor de la cité, un caveau souterrain sans porte, fermé par une grosse pierre.

5 Lycortas de Mégalopolis, père de Polybe, hipparque en 193, succèda à Philopœmen après sa mort en 183.

6 Lycortas obtint la capitulation des Messéniens qui livrèrent les assassins de Philopoemen et reçurent une garnison dans leur citadelle (cf. Polybe, 23, 16). Les cendres du général furent transférées solennellement de Messène à Mégalopolis ; c’est Polybe qui porta l’urne au cours des funérailles ; il écrivit une biographie (perdue) du héros, dont il parle avec éloges à plusieurs reprises dans ses Histoires (cf. en particulier Hist., 10, 21-24).

7 Il devait payer aux Romains 12000 talents attiques d'argent en douze ans, par douzième, et à Eumène 350 talents en cinq ans, plus 127 talents en équivalent blé, selon Tite-Live (38,38,13)

8 Antiochos III fut tué en Élymaïde le 3 ou le 4 juillet 187 a.C. Diodore situe la mort du roi à l'occasion du pillage du téménos de Zeus (28,3) et du sanctuaire de Bêl (29,15) à Élymaïs.

9 183 a.C.

10 Dèmètrios, otage à Rome depuis 199 a.C., fit partie du cortège triomphal de Flamininus en 196, et fut renvoyé à son père en 193 (cf. Liv., 33, 13 & 30; 34, 52; 36, 35, 13 ; 39, 35 & 47).

11 Dèmètrios fut tué en 181/180 a.C. À propos de Dèmètrios, des relations des deux frères et des événements qui amenèrent la mort du cadet, cf. Polybe, 23,1-3, et Tite-Live, 39-40.

12 Innoxia Demetrii morte : hypallage dans le texte de Justin, corrigé par i et Ruehl en innoxii.

13 Q. Servilius Caepio, consul en 106, proconsul l'année suivante et responsable du désastre d'Orange (6 oct. 105), fut exilé en 102 a.C. et ses biens furent confisqués.

14 Un autre roi des Daces est mentionné dans le prologue du livre 32 ; Rubobustès, dont le nom est corrigé en Burobustès par les éditeurs, d'après Strabon (7,298) qui nomme Burebi/stas un roi dace.

15 Le roi de Pergame Eumène II (197-159), fils d'Attale Ier, a été le grand bénéficiaire du réglement d'Apamée. Il est le gendarme des Romains en Asie.

16 Prusias Ier, roi de Bithynie (c. 182-149).

17 Commencée en 186 a. C., la guerre entre Eumène et Prusias dura environ deux ans.

18 En 183 a.C. Dans un des passages conservé du livre 23 des Histoires, Polybe revient sur les mérites comparés des trois généraux qui disparurent la même année. Voir aussi Diodore (29, 18-21) dont la source principale est ici Polybe, et Tite-Live, 39,50.

19 La source de Trogue Pompée utilisait vraisemblablement le terme grec swfrosu/nh, traduit par moderatio.


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