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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XXXIII

La guerre des Romains contre Persée, Troisième guerre de Macédoine, 1,1—Bravoure de Caton Licinianus, 2,1—Capture de Persée 2,5—Récapitulatif sur la Macédoine 2,6—Les sénateurs étoliens 2,8.


1 2

Troisième guerre de Macédoine 1,1 Les Romains firent la guerre de Macédoine avec moins de péripéties que la guerre punique, mais avec d'autant plus d'illustration que les Macédoniens l'emportaient en prestige sur les Puniques, puisqu'ils étaient appuyés par la gloire d'avoir subjugué l'Orient et surtout par l'assistance de tous les rois. 2 Ainsi, les Romains levèrent nombre de légions et firent venir des troupes auxiliaires de Masinissa1, le roi des Numides et de tous leurs autres alliés, et Eumène, le roi de Bithynie2, reçut l'ordre de collaborer à la guerre avec les plus grandes forces militaires. 3 Persée, outre l'armée des Macédoniens à la réputation d'invincibilité, avait dans son trésor et dans ses greniers les moyens d'une guerre de dix ans, préparées par son père3. Plein de suffisance devant ces ressources, oublieux du sort de son père, il enjoignait aux siens de songer à l'ancienne gloire d'Alexandre. 4 Il y eut une première rencontre de cavalerie remportée par Persée4, ce qui fit basculer en sa faveur tous ceux qui étaient en expectative ; 5 il envoya cependant des ambassadeurs au consul pour demander la paix que les Romains avaient accordée à son père, même vaincu : il se chargerait des frais de la guerre, aux conditions du vaincu ; mais le consul P. Licinius5 édicta des conditions non moins dures que pour un vaincu. 6 Pendant que cela se passe6, les Romains, dans la crainte d'une guerre si périlleuse, créent Paul-Émile consul7, et le chargent de la conduite de la guerre de Macédoine, par une procédure exceptionnelle ; arrivé à l'armée, Paul-Émile ne tarda pas beaucoup à engager le combat8. 7 La veille de la bataille, il y eut une éclipse de lune : tous rapportaient ce présage à Persée et l'interprétaient comme l'annonce de la fin du royaume de Macédoine9.

Bravoure de Caton Licinianus
2,1 Au cours de la bataille, M. Caton, le fils de l'orateur10, en train de combattre brillamment au milieu des ennemis en rangs très serrés, tomba de cheval : il se met à combattre à pied. 2 En effet, un manipule d'ennemis l'avait encerclé pendant sa chute, en poussant un cri sauvage, comme s'ils voulaient le tailler en pièces sur le sol, mais le Romain, vite relevé, en fit un grand massacre. 3 Comme les ennemis volaient de toutes parts pour l'anéantissement d'un seul, en attaquant un homme de haute taille, son glaive lui échappe des mains et tombe au milieu de la cohorte des ennemis ; 4 pour le récupérer, se couvrant de son bouclier, il plonge au milieu des lances des ennemis sous les regards des deux armées et, ayant ramassé son glaive, il revient vers les siens couvert de blessures, accompagné du hurlement des ennemis. Les autres, ayant imité sa témérité, remportèrent la victoire.

Capture de Persée 5 Le roi Persée prit la fuite vers Samothrace avec dix mille talents11; Cn. Octavius12, envoyé à sa poursuite par le consul le prit avec ses deux fils, Alexandre et Philippe et le conduisit prisonnier au consul.

Récapitulatif sur la Macédoine 6 La Macédoine eut trente rois depuis Caranus13, qui y régna le premier, jusqu'à Persée. Elle fut sous leur pouvoir pendant neuf cent vingt-quatre ans14, mais sa suprématie ne dura que cent cinquante ans15. 7 Quand elle fut passé sous l'autorité romaine, elle fut déclarée libre avec des magistrats établis dans chaque cité et reçut de Paul-Émile des lois dont elle use encore16.

Les sénateurs étoliens17 8 Le sénat de l'ensemble des villes des Étoliens18, dont la loyauté avait été douteuse, fut envoyé à Rome avec femmes et enfants, et y fut longtemps retenu de peur qu'il ne cause quelque révolution dans sa patrie19.

Le retour des otages Bien des années après, le sénat, lassé par les ambassades des cités20, renvoya chacun dans sa propre patrie21.


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1 Masinissa, roi des Numides Massyles, fidèle allié des Romains depuis la deuxième guerre punique.

2 Eumène II Sôter (197-159) est roi de Pergame, et non pas de Bithynie (cf. supra,
32,4,2).

3 Cf. supra,
32,3,4-5.

4 Le combat eut lieu en Thessalie (cf. Liv., 42,57-59).

5 P. Licinius Crassus, consul en 171 a.C.

6 Justin a sauté deux ans d'opérations militaires commandées par les consuls A. Hostilius Mancinus en 170, et Q. Martius Philippus en 169 a.C.

7 L. Aemilius Paulus, consul en 168 a.C.

8 Bataille de Pydna, le 22 juin 168 a.C. ; cf. Liv., 44, 41-42. Quelques fragments du récit de Polybe (livre 29) ont survécu : l'un des fragments conservés par Plutarque (Vie de Paul Émile, 15) est relatif à la bravoure du fils de Paul Émile, Q. Fabius Maximus, et de son parent par adoption Scipion Nasica. Otage, ami et client de la famille de Paul Émile, Polybe devait développer dans son récit de la bataille le rôle exemplaire des jeunes gens de la famille : la bravoure du fils de Caton l'Ancien (infra,
chap. 2) avait retenu l'attention de Trogue Pompée et, après lui, de son abréviateur ; Caton Licinianus était l'époux de Tertia, la fille du consul Paul-Émile, et le beau-frère de Scipion Émilien ; il mourut prématurément en 152 a.C., alors qu'il était préteur désigné.

9 Cf. Polybe, 29,16, fragment conservé par la Souda dans la rubrique sur les hasards de la guerre (Polla\ ke/na tou= pole/mou), et Tite-Live, 44,37.

10 Caton l'Ancien, consul en 195, censeur en 184, est désigné par le seul qualificatif d'orator ; de fait, il passait pour le meilleur orateur de son temps, et ses discours étaient encore connus et cités à l'époque où Trogue Pompée rédigeait ses Histoires Philippiques.

11 Le découragement et même la lâcheté de Persée furent, semble-t-il, une des causes de la déroute de son armée à Pydna (cf. Polybe, 29, 17-18 et Tite-Live, 44, 45-46).

12 Préteur en 168 a.C., il célébra un triomphe naval après la capture de Persée.

13 Cf. supra,
7,1,7-12.

14 924, 934, 914 ou 904 ans, selon les mss, ce qui met le début de la monarchie macédonienne, avec le légendaire Caranos, dans la première moitié du XIe s. a.C., au moment du retour des Héraclides.

15 Il y a accord de la tradition manuscrite sur ce nombre : le point de départ du comput serait le début du "règne" de Cassandre.

16 Le statut de la Macédoine, donné par Paul-Émile en 167 a.C. au royaume détruit par la bataille de Pydna et la capture de Persée, établissait un partage du territoire en quatre républiques tributaires qui ne devaient avoir entre elles aucune relation ; les cités grecques restaient libres, sous le contrôle de Rome ; le domaine royal était confisqué au profit de Rome, l'exploitation des mines et des forêts était interdite. Après la révolte d'Andriskos (149-148 a.C.), la Macédoine fut organisée en province par les Romains. Les "lois de Paul-Émile" auxquelles Justin fait allusion ici n'étaient plus en vigueur après 147, ce qui indique peut-être que Polybe, source de Trogue Pompée, n'a pas remanié cette partie de son livre 29 au moment où, après le sac de Corinthe, il a révisé et augmenté les livres 1-29 des Histoires, en même temps qu'il rédigeait les livres 30-40, qui en constituent une suite.

17 Le livre 33 se clôt sur une mesure de précaution prise par les Romains contre l'ancienne ligue étolienne, en correspondance avec la notice sur la perte de liberté des Étoliens qui ouvrait le livre 32 (1,1-3). L'assignation à résidence à Rome des "sénateurs" de la ligue a retenu l'intérêt de l'abréviateur pour une raison qui nous échappe. En revanche, Justin a sauté le développement, plus important historiquement, que Trogue Pompée avait consacré à la guerre d'Andriskos —le pseudo Philippe—, qui terminait le livre 33.

18 C'est à dire les membres du conseil central de la ligue.

19 Polybe raconte (30,13) qu'après la bataille de Pydna, les représentants du parti pro-romain s'emparèrent du pouvoir dans toutes les cités et envoyèrent des ambassadeurs à Paul-Émile avec des listes d'adversaires à bannir ; dans le cas des Étoliens, il s'agit de Lykiscos et de Tisippos. La commission décemvirale romaine composa la liste des otages à envoyer à Rome en accord avec les choix de ses alliés.

20 Les fragments conservés des livres 30 et 32-33 des Histoires de Polybe nous font connaître un certain nombre de ces ambassades et la vie intérieure tumultueuse des cités entre la troisième guerre de Macédoine et la guerre d'Achaïe.

21 Ainsi, en 150 a.C., sur une intervention de Caton l'Ancien, les otages achéens furent libérés par le Sénat (Plutarque, Cato maior, 9, citant Polybe, 35,6).


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