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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XXXIV

La prépondérance romaine en Méditerranée orientale, Rome et la ligue achéenne, 1,1—La plainte des Spartiates et ses conséquences 1,3—La guerre d'Achaïe, 2,1—Sixième guerre de Syrie, 2,7—Ambassade de Popilius Laenas, 3,1—Dèmètrios I Sôter, 3,5—Prusias et Nicomède de Bithynie, 4,1.


1 2 3 4

Rome et la ligue achéenne 1,1 Après la soumission des Puniques et des Macédoniens et l'affaiblissement des forces des Étoliens du fait de la captivité des premiers citoyens1, seuls encore de toute la Grèce, les Achéens semblaient alors trop puissants aux Romains, non à cause de forces trop grandes de chaque cité, mais à cause de la conjuration de toutes. 2 C'est qu'en effet les Achéens, bien qu'ils fussent divisés en cités, comme en membres, ont cependant un seul corps et un seul commandement et conjurent les périls de chaque cité grâce à l'usage de leurs forces solidaires.

La plainte des Spartiates et ses conséquences 3 Donc, la Fortune offrit opportunément des motifs de guerre aux Romains qui en recherchaient : les plaintes des Spartiates, dont les Achéens ravageaient les terres en conséquence d'une haine réciproque2. 4 Il fut répondu aux Spartiates par le sénat que des légats seraient envoyés en Grèce pour examiner les affaires des alliés et mettre fin aux manquements au droit ; 5 cependant, des instructions secrètes furent données aux légats pour qu'ils dissolvent la communauté des Achéens et rendent juridiquement autonome chacune des villes afin que, de cette manière, elles soient plus facilement contraintes à l'obéissance et afin que, au cas où certaines villes se montraient rebelles, elles soient plus facilement anéanties.

6 Donc, les légats3 lisent le décret du sénat aux premiers citoyens de toutes les cités, convoqués à Corinthe, et dévoilent quel était leur projet ; 7 ils disent qu'il est avantageux pour toutes les cités que chacune ait ses propres droits et ses propres lois. 8 Quand ce projet fut connu de tous, comme pris de folie furieuse, ils massacrent l'ensemble des étrangers, 9 et ils auraient également fait violence aux légats romains eux-mêmes, si, en entendant le tumulte, ils n'avaient pris la fuite en tremblant.

La guerre d'Achaïe
2,1 Aussitôt que ces événements furent annoncés à Rome, le sénat confia la conduite de la guerre d'Achaïe au consul Mummius4 qui, ayant fait traverser son armée sur le champ et veillé énergiquement à tout, offre le combat aux ennemis. 2 Mais comme si les Achéens, avec la guerre contre les Romains, ne s'étaient engagés dans aucune entreprise, tout était chez eux négligé et dispersé. 3 De fait, pensant au butin, et non pas à la bataille, ils avaient, d'une part, amené des charrettes pour rapporter les dépouilles des ennemis et, d'autre part, ils avaient installé leurs femmes et leurs enfants sur les pentes, pour assister au spectacle du combat. 4 Mais, une fois la bataille engagée, les Achéens furent massacrés sous les yeux des leurs et leur donnèrent un funèbre spectacle et leur laissèrent le sinistre souvenir du deuil. 5 Quant à leurs épouses et à leurs enfants, de spectateurs devenus captifs, ils furent la proie des ennemis. 6 La ville même de Corinthe est détruite5, tous les citoyens sont vendus comme prisonniers de guerre, afin que, par cet exemple, la peur des révoltes s'implante dans les autres cités.

Sixième guerre de Syrie6 7 Pendant ces événements7, le roi de Syrie Antiochos8 déclare la guerre au fils aîné de sa sœur9, le roi d'Égypte Ptolémée10, un complet fainéant, qui pourrissait dans une débauche quotidienne au point d'avoir non seulement délaissé les tâches de la majesté royale, mais encore de manquer des facultés humaines par suite de son excessif embonpoint. 8 Donc, chassé de son royaume, il se réfugie à Alexandrie auprès de son frère cadet Ptolémée11 et, s'étant partagé le pouvoir royal12, les deux frères envoient des ambassadeurs à Rome, demandent secours, implorent une alliance loyale. Les prières des frères émeuvent le sénat.

Ambassade de Popilius Laenas
3,1 Ainsi, le légat Popilius est envoyé à Antiochos pour lui ordonner de se tenir à l'écart de l'Égypte, ou bien d'en sortir, au cas où il y aurait déjà pénétré13. 2 Comme il l'avait trouvé en Égypte et que le roi se préparait à l'embrasser - en effet Antiochos avait cultivé l'amitié de L. Popilius, entre autres, pendant qu'il était otage à Rome - Popilius ordonne à l'amitié privée de faire trêve quand les ordres de la patrie s'interposent ; 3 comme, après avoir tendu au roi le décret du sénat et lui avoir remis, Popilius le voyait hésiter et s'en rapporter pour la question à ses conseillers, l'ayant enfermé dans un vaste cercle qui pourrait contenir ses conseillers, avec la canne qu'il avait à la main, il lui ordonne de les consulter là et de ne pas sortir du cercle avant de donner au sénat sa réponse : la guerre ou la paix avec les Romains. 4 Cette âpreté brisa le courage du roi au point qu'il répondit qu'il obéirait au sénat.

Dèmètrios Ier Sôter 5 Revenu dans son royaume, Antiochos mourut en laissant un fils, encore tout petit14; 6 alors que des tuteurs lui avaient été donnés par le peuple, son oncle paternel15 Dèmètrios, qui était otage à Rome, ayant appris la mort de son frère Antiochos, se présente au sénat : il était venu en otage du vivant de son frère, et, celui-ci mort, il ne voyait pas de qui il était l'otage ; 7 il était donc juste de le laisser partir réclamer le pouvoir royal qui, selon le droit des gens, avait été dévolu à son frère aîné, par conséquent, maintenant, il devait lui être dévolu, à lui qui dépassait en âge un enfant mineur.

8 Comme il se rendait compte qu'il n'était pas libéré par le sénat qui estimait, dans un arbitrage informulé, qu'il était plus sûr que le pouvoir soit aux mains d'un enfant mineur plutôt qu'aux siennes, ayant quitté la ville sous prétexte de chasser, il s'embarqua en secret à Ostie avec ses compagnons de fuite. 9 Transporté en Syrie, il est accueilli avec grande faveur par tous et, après le meurtre de l'enfant et de ses tuteurs, le pouvoir royal lui est remis.

Prusias et Nicomède de Bithynie
4,1 À peu près à la même époque, le roi de Bithynie Prusias, prit la décision de tuer son fils Nicomède dans le même temps qu'il désirait veiller sur ses fils cadets, nés de la belle-mère de Nicomède et qui vivaient à Rome. 2 Mais l'affaire est dévoilée à l'adolescent par ceux qui avaient été chargés de l'attentat, et ils l'exhortèrent, puisqu'il était provoqué par la cruauté de son père, à devancer le guet-apens et à retourner le crime contre son auteur. Il ne fut pas difficile de le convaincre. 3 Donc, alors qu'il était venu dans le royaume de son père après y avoir été convié, il est aussitôt proclamé roi16. 4 Prusias, dépouillé de son royaume par son fils et ramené à la condition privée, est abandonné même par ses esclaves. 5 Alors qu'il vivait dans une retraite, il est assassiné par son fils : crime qui n'était pas moindre que celui par lequel il avait ordonné de tuer son fils17.


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1 Cf. supra,
33,2,8.

2 Sparte appartenait à la ligue achéenne contre son gré et était en conflit avec Mégalopolis pour un problème territorial ; condamnée à une amende par la ligue, Sparte voulait pouvoir faire appel devant le Sénat (cf. Polybe, 31,1 ; Liv., 38,34 ; Pausanias, 7,10-12).

3 Les envoyés de Metellus, préteur chargé de la Macédoine, étaient Cn. Papirius, M. Popilius Laenas le Jeune, A. Gabinius et C. Fannius. La crise finale qui conduit Critolaos à prendre l'initiative de la rupture a été précédée d'une intense activité diplomatique (cf. Polybe, 9-13 ; Pausanias, 7, 14-15).

4 L. Mummius "Achaicus", consul en 146 a.C. avec Cn. Cornelius Lentulus

5 146 a.C.

6 170-168 a.C.

7 La formule dum haec aguntur a été recopiée mécaniquement par Justin, bien qu'il ait sauté les guerres d'Eumène contre les Gaulois en 168 (cf. Polybe, 29,22) et l'annexion temporaire de la Galatie par le roi de Pergame que relatait Trogue Pompée, faisant un retour en arrière d'une vingtaine d'années après avoir traité de la guerre d'Achaïe, qui terminait le récit de la main mise progressive de Rome sur la péninsule balkanique.

8 Antiochos IV Epiphane, fils cadet d'Antiochos III, a succédé à son aîné Séleucos IV Philopator, assassiné par Héliodore en 175 a.C. Il avait été otage à Rome, de la paix d'Apamée jusquà 176, date à laquelle son frère l'avait échangé contre son fils Dèmètrios Sôter, celui qui régnera de 162 à 150).

9 Cléopâtre, veuve de Ptolémée V, avait exercé la régence jusqu'à sa mort en 176 a.C.

10 Ptolémée VI Philomètor, premier époux de sa sœur Cléopâtre II.

11 Ptolémée VIII Évergète II ; c'est lui qui a été surnommé Physcon par dérision, et non pas son frère, malgré ce que dit Justin au paragraphe précédent.

12 Le règne conjoint des deux frères dure jusqu'en 164 a.C.

13 168 a.C.

14 Antiochos IV a été tué en 164/3, au cours d'une expédition en haute Asie, après avoir, selon Polybe (31,9), pillé un temple en Élymaïde comme son père avant lui (cf. supra,
32,2,1-2). Son fils Antiochos V Eupator ne régna que quelques mois.

15 Dèmètrios Sôter, fils de Séleucos IV, est en fait le cousin germain d'Antiochos V.

16 Nicomède II Épiphane règna de 149 à c. 127 a.C. Le Sénat avait envoyé une commission triumvirale en Asie pour tenter d'empêcher la guerre entre le père et le fils ; elle était composée du podagre M. Licinius, de A. Hostilius Mancinus qui avait eu la tête fracassée par une tuile, et de L. Malleolus, le plus borné des Romains, ce qui a donné lieu à un célèbre bon mot de Caton l'Ancien "une ambassade sans pied, ni tête, ni cœur" conservé par un fragment de Polybe (36,14), repris par Diodore (32, 20).

17 Prusias II, beau-frère de Persée, l'ennemi d'Attale II de Pergame, fut assassiné en 149 a.C. dans le temple de Zeus (Diodore, 32,21). Polybe (36,15) a tracé du souverain un portrait sans complaisance.


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