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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XXXIX

Dèmètrios II. Mort de Ptolémée, La fin du règne de Dèmétrios II, 1,1—La chute d'Alexandre II "Zabinas", 2,1—La succession de Ptolémée "Physcon", 3,1.


1 2 3 4 5

La fin du règne de Dèmétrios II 1,1 Après l'anéantissement d'Antiochos avec son armée en Parthie1, son frère Dèmètrios, délivré de la détention où le tenaient les Parthes et revenu en possession de son royaume, alors que toute la Syrie était dans le deuil à cause de la perte de l'armée, 2 comme si les guerres parthes, la sienne et celle de son frère, au cours desquelles l'un avait été pris, l'autre tué, avaient bien tourné, décide de faire la guerre à l'Égypte : sa belle-mère Cléopâtre2 lui promettait le royaume d'Égypte pour prix d'une aide contre son frère3; 3 mais, tandis qu'il convoitait le bien d'autrui, il perdit, comme il arrive d'habitude, son bien propre du fait de la défection de la Syrie ; et, de fait, les gens d'Antioche, entraînés par Tryphon, se révoltèrent les premiers contre Dèmètrios, à la faveur de l'absence du roi : ils maudissaient son arrogance qui était devenue insupportable sous l'influence de la cruauté parthe ; bientôt les gens d'Apamée et les autres cités suivirent leur exemple. 4 Quant au roi d'Égypte, Ptolémée, alors qu'en butte à l'attaque de Dèmètrios, il avait appris que sa sœur Cléopâtre s'était enfui vers la Syrie auprès de sa fille et de son gendre Dèmètrios, avec toutes les richesses d'Égypte embarquées sur des navires, il envoie un jeune Égyptien, fils du marchand Protarchos, pour chercher à s'emparer par les armes du royaume de Syrie. 5 On fabrique une histoire, selon laquelle il est entré dans la famille royale, adopté par Antiochos, et les Syriens donnent au jeune homme le nom d'Alexandre4 - ils ne dédaignaient aucun roi que ce soit pour ne plus avoir à supporter l'arrogance de Dèmètrios - et des troupes auxiliaires considérables sont envoyées d'Égypte. 6 Pendant ce temps, de surcroît, arrive le cadavre d'Antiochos, renvoyé en Syrie par le roi des Parthes dans un cercueil d'argent pour y avoir une sépulture, et il est reçu avec une immense ferveur par les cités et le roi Alexandre pour donner pleine créance à l'histoire. L'événement lui concilia grandement la faveur populaire, tous jugeant qu'il versait de vraies larmes, et non des larmes feintes. 7 Quant à Dèmètrios, alors que, vaincu par Alexandre, il était pressé par les malheurs qui l'entouraient de tous côtés, il est même, à la fin, quitté par son épouse et par ses fils. 8 Donc, alors qu'abandonné avec quelques jeunes esclaves il cherchait à atteindre Tyr pour être protégé par le caractère sacré du temple, il est tué sur l'ordre du préfet au moment où il débarque. 9 L'un de ses fils, Séleucos5, pour la raison qu'il avait pris le diadème sans l'approbation de sa mère, est tué par celle-ci ; l'autre, qui était surnommé Grypos6 à cause de la taille de son nez, est déclaré roi par sa mère, à ceci près que le nom de roi appartenait au fils, mais toute la puissance du pouvoir à la mère.

La chute d'Alexandre II "Zabinas"
2,1 Alexandre, cependant, s'étant emparé du royaume de Syrie, gonflé d'orgueil par sa réussite, se mit à mépriser, avec une arrogante insolence Ptolémée lui même qui l'avait mis au pouvoir. 2 C’est pourquoi Ptolémée, réconcilié avec sa sœur, entreprend avec un maximum de moyens de mettre à bas le pouvoir d'Alexandre7, qu'il avait acquis avec toutes ses forces en haine de Dèmètrios. 3 Il envoie donc d'énormes renforts à Grypos et sa fille Tryphène pour être mariée à Grypos, afin d'inviter les populations à aider son neveu non seulement par une alliance militaire mais pour leur parenté. 4 Le calcul ne fut pas vain ; comme tous voyaient, en effet, Grypos armé par les forces de l'Égypte, ils se mirent peu à peu à abandonner le parti d'Alexandre. 5 Entre les rois, ensuite, s'engage un combat ; Alexandre, vaincu, se réfugie à Antioche. Là, manquant d'argent, alors que les soldats ne recevaient pas leur solde, il fait enlever dans le temple de Jupiter une statue de la Victoire en or massif, déguisant le sacrilège sous une boutade facétieuse ; il disait en effet que la Victoire lui avait été prêtée par Jupiter. 6 Puis, au bout de quelques jours, alors qu'il avait donné l'ordre d'enlever en secret la statue de Jupiter lui-même, en or et d'un poids incommensurable, et qu'il avait été surpris par la foule accourue pendant qu'il accomplissait son sacrilège, il prit la fuite ; surpris par une tempête d'une rare violence et abandonné par les siens, il est fait prisonnier par des brigands, amené à Grypos et tué8.

Antiochos VIII "Grypos" 7 Ajoutons que Grypos, délivré des dangers extérieurs après avoir récupéré le royaume paternel, se trouve en butte aux embûches de sa mère. Comme celle-ci, après avoir trahi son mari Dèmètrios et assassiné un de ses fils par soif du pouvoir, souffrait de voir sa dignité diminuée par la victoire de l'autre, elle lui offrit une coupe de poison au moment où il revenait de l'exercice. 8 Mais Grypos, à qui les embûches avait été dénoncées auparavant, fait comme s'il rivalisait de courtoisies avec sa mère et l'invite à boire elle-même ; elle s'y refuse, il insiste ; à la fin, il démontre sa culpabilité en produisant le dénonciateur ; il affirme qu'il lui reste un seul moyen de se justifier du crime : boire ce qu'elle a offert à son fils. Ainsi la reine, vaincue, ayant vu son crime se retourner contre elle, est étouffée par le poison qu'elle avait préparé contre autrui9. 9 Ayant ainsi assuré la sécurité de son règne, Grypos vécut en paix pendant huit ans et assura aussi cette paix à son royaume. 10 Ensuite, il eut un compétiteur au pouvoir : son frère Cyzicène10 né de la même mère mais engendré par son beau-père Antiochos11; alors que Grypos avait voulu s'en débarrasser par le poison, il le poussa à entrer plus tôt en lutte armée avec lui pour le pouvoir.

La succession de Ptolémée "Physcon"
3,1 Au milieu de ces dissensions parricides dans le royaume de Syrie, le roi d'Égypte Ptolémée meurt en laissant le royaume d'Égypte à son épouse et à celui de ses deux fils qu'elle choisirait ; comme si, à coup sûr, la situation de l'Égypte serait plus calme que le royaume de Syrie quand une mère, ayant choisi l'un de ses fils, aurait l'autre pour ennemi. 2 Donc, alors qu'elle penchait plutôt pour son fils cadet, elle est obligée par le peuple de choisir l'aîné12, et, avant de conférer la royauté à celui-ci, elle lui enlève son épouse et, après l'avoir contraint de répudier sa sœur Cléopâtre, très chère à son cœur, elle lui ordonne d'épouser sa sœur cadette Sélènè : décision qui n'était pas celle d'une mère, à savoir qu'elle arrachait son époux à l'une pour le donner à l'autre. 3 Mais Cléopâtre qui, dans le divorce d'avec son mari, n'avait pas tant été répudiée par son époux que chassée par sa mère, se marie en Syrie à Cyzicène et afin de ne pas lui apporter le nom d'épouse tout nu, elle conduit à son mari en guise de dot l'armée de Chypre qu'elle avait soulevée. 4 Égal désormais en forces avec son frère, Cyzicène engage le combat, mais vaincu, il est mis en fuite. 5 Alors Grypos commence à assiéger Antioche où se trouvait Cléopâtre, l'épouse de Cyzicène et, après sa capture, Tryphène, l'épouse de Grypos, n'eut rien de plus pressé que d'ordonner de faire venir sa sœur Cléopâtre, non pour porter secours à la prisonnière, mais pour que ne puisse échapper aux malheurs de la captivité celle qui, dans sa rivalité avec elle, avait été jusqu'à envahir le royaume, et s'était faite l'ennemie de sa sœur en épousant son ennemi. 6 Alors elle lui reproche d'avoir amené des armées étrangères pour un combat fratricide puis, répudiée par son frère, de s'être mariée hors d'Égypte contre la volonté maternelle. 7 Grypos, en revanche, la suppliait de ne pas l'obliger à commettre un forfait si monstrueux. Jamais, disait-il, aucun de ses ancêtres, au milieu de tant de guerres civiles, de tant de guerres étrangères, n'avait fait acte de cruauté, après la victoire, contre des femmes que leur sexe même exempte aussi bien des périls de la guerre que de la cruauté des vainqueurs ; 8 mais, dans son cas, outre les lois sacrées communes aux combattants, s'ajoutent les liens du sang, puisqu'elle était la sœur germaine de celle qui sévissait si cruellement contre elle, et aussi sa cousine à lui, et enfin la tante des enfants qu'ils avaient eu ensemble. 9 À tous ces liens du sang, il ajoute le respect religieux pour le temple où elle était allée se cacher : il lui fallait honorer d'autant plus scrupuleusement les dieux qu'il avait remporté la victoire grâce à leur bienveillance et à leur faveur ; enfin, par l'assassinat de Cléopâtre, il n'enlèverait aucune de ses forces à Cyzicène, par sa restitution, il ne le sauverait pas. 10 Mais plus Grypos refuse, plus la sœur s'excite avec un entêtement féminin, dans l'idée que ces mots n'étaient pas des mots de miséricorde, mais d'amour. Et ainsi, ayant appelé elle-même des soldats elle les envoie percer sa sœur de coups. 11 Quand ils pénétrèrent dans le temple, comme ils ne pouvaient l'enlever, ils lui coupèrent les mains qui étreignaient la statue de la déesse. Alors, Cléopâtre mourut, maudissant les parricides et confiant sa vengeance aux puissances divines offensées. 12 Peu de temps après, il y eut une reprise des combats ; Cyzicène, vainqueur, fit prisonnière Tryphène, l'épouse de Grypos, qui peu auparavant avait tué sa sœur, et apaisa par son supplice les mânes de son épouse.

4,1 Cependant, en Égypte, comme Cléopâtre trouvait insupportable d'avoir son fils Ptolémée comme associé au trône, elle excite le peuple contre lui et, ayant éloigné de lui son épouse Sèlènè, de façon d'autant plus indigne qu'il avait déjà deux fils de Sélènè, elle le contraint à s'exiler après avoir fait venir son fils cadet Alexandre et l'avoir installé comme roi à la place de son frère13. 2 Non contente d'avoir chassé du trône son fils, elle le poursuit en armes dans son exil de Chypre ; après l'en avoir chassé, elle tue le chef de son armée parce qu'il avait laissé Ptolémée s'échapper vivant de ses mains, bien que ce dernier eut évacué l'île, par scrupule de faire la guerre à sa mère, sans que ses forces soient amoindries. 3 Donc, Alexandre, épouvanté par la cruauté de sa mère, l'abandonne lui-même, préférant une vie sûre et à l'abri à un règne plein de dangers. 4 Quant à Cléopâtre, craignant que son fils aîné Ptolémée ne reçoive l'aide des troupes de Cyzicène pour récupérer l'Égypte, elle envoie à Grypos d'énormes renforts et une épouse, Sélènè, qui allait être mariée à l'ennemi de son précédent mari, 5 et, par des ambassadeurs, elle rappelle dans le royaume son fils Alexandre ; comme elle ourdissait la perte de ce dernier par des machinations secrètes, devancée par lui, elle est tuée. Elle ne rendit pas l'âme du fait de la destinée, mais du fait d'un parricide ; 6 digne à coup sûr de cette mort infâme, elle qui chassa sa mère de sa couche nuptiale, rendit veuves ses deux filles mariées tour à tour à leurs frères, fit la guerre à l'un de ses fils après l'avoir envoyé en exil et ourdit par des machinations la perte de l'autre après lui avoir enlevé le pouvoir royal14.

5,1 Et cependant un meurtre si impie ne resta pas invengé sur Alexandre. En effet, dès qu'on apprit que la mère avait été tuée criminellement par son fils, il est envoyé en exil par une émeute populaire et le trône est rendu à Ptolémée, rappelé, lui qui n'avait voulu, ni faire la guerre à sa mère, ni chercher à reprendre à son frère par les armes ce qu'il avait possédé le premier.

2 Pendant ces événements, son frère, le fils d'une concubine, à qui leur père avait laissé par testament le royaume de Cyrène, meurt en instituant héritier le peuple romain15. 3 Alors, en effet, la Fortune de Rome, non contente des limites de l'Italie, avait commencé à s'étendre vers les royaumes orientaux. De ce fait, cette partie de la Libye devint une province ; ensuite, la Crète et la Cilicie16, soumises complètement au cours de la guerre des pirates, sont réduites au statut provincial. 4 Cela fait, les royaumes de Syrie et d'Égypte furent étroitement resserrés par le voisinage des Romains qui avaient l'habitude de rechercher des agrandissements par des guerres frontalières : empêchés de se répandre ici et là à leur gré, ils tournèrent leurs forces l'un contre l'autre pour leur perte, 5 à tel point que, épuisés par des combats incessants, ils devinrent un objet de mépris pour leurs voisins et une proie pour le peuple arabe, peu belliqueux auparavant, 6 dont le roi Hérotimus, confiant dans les sept cents fils qu'il avait eu de ses concubines, harcelait tantôt l'Égypte, tantôt la Syrie avec ses armées divisées en plusieurs corps et agrandit la puissance des Arabes en épuisant les forces de ses voisins.


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1 Cf. supra,
38,10,9-10.

2 Cléopâtre II, fille de Ptolémée V Épiphane

3 Ptolémée Physcon (145-116 a.C.), cf. supra,
38,8,2-15.

4 Son surnom était Zabinas selon Diodore (34,22) ou Zebennas selon Flavius-Josèphe (13,17). Il règna sous le nom d'Alexandre II des environs de 128 jusqu'en 123/2 a.C.

5 Seleucos V, en 125 a.C.

6 Antiochos VIII Philometor "Grypos" (125-96 a.C.), le fils cadet de Dèmètrios II.

7 En 122 a.C.

8 Cf. Diodore, 34/35, 28.

9 C'est l'argument de la tragédie de Corneille, Rodogune.

10 Antiochos IX Philopator "Cyzicenos" (115-95 a.C.), fils d'Antiochos VII, frère utérin de Grypos, dont un fragment conservé de Diodore (34/35, 34) dépeint les manies et l'incapacité.

11 Antiochos VII Sidetes.

12 Cléopâtre III et son fils aîné Ptolémée X Sôter II "Lathyros" régnèrent conjointement de 116 à 107 a.C.

13 Ptolémée XI Alexandre règna avec sa mère de 107 à 101 a.C., puis avec Cléopâtre Bérénice jusqu'en 88 a.C..

14 Cf. supra,
38,8.

15 Après avoir été victime d'une tentative d'assassinat, Ptolémée VIII Évergète II "Physkon" aurait déjà légué en 155 a.C. son royaume de Cyrénaïque au peuple romain (Festus,13,2), pour se protéger de son frère Ptolémée VI, qui régnait en Égypte. Eutrope (6,11) rapporte au testament d'Appion, fils de Ptolémée VIII, la prise de possession de toute la région par les Romains : ... Libya... Romano imperio per testamentum Appionis qui rex eius fuerat, accessit, in qua inclutae Vrbes erant Berenice, Ptolomais, Cyrene. En fait Appion est mort en 95 a.C. et la Cyrénaïque ne fut organisée en province qu'en 74 a.C.

À propos de l'occupation de Cyrène et de la Libye par les Romains, cf. la mise au point de W. Den Boer, Some..., p. 193-197.

16 Dans le cadre de la réorganisation de l'Orient romain que Pompée opéra en vertu de la lex Manilia de 66 a.C. après ses victoires sur les pirates et sur Mithridate, la Cilicie fut agrandie et la Crète devint province romaine.


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