5,1 Or, à la première rencontre de la guerre navale, les Athéniens sont vaincus ; ils perdent aussi leur camp avec tout l'argent qui y était, tant public que privé. 2 En plus de ces malheurs, comme ils avaient été aussi vaincus en combat sur terre, alors Démosthène conseilla de quitter la Sicile tant que la situation, bien que compromise, n'était pas encore désespérée : 3 il ne fallait pas poursuivre davantage une guerre mal inaugurée ; il y avait chez eux des guerres plus importantes et peut-être plus malchanceuses pour lesquelles il importait de réserver tout ce que la ville avait sur le pied de guerre. 4 Nicias insiste pour rester, soit par honte de sa défaite, soit par peur de détruire l'espoir de ses concitoyens, soit sous l'impulsion du destin.
5 On recommence donc la guerre navale et les esprits passent de la tourmente de l'infortune antérieure à l'espoir de la lutte ; 6 mais ils sont facilement vaincus à cause de l'incompétence des généraux qui attaquèrent les Syracusains dans une situation protégée à l'intérieur des détroits maritimes. 7 Eurymédon29 <...>. Le général qui combattait courageusement en première ligne, tombe le premier ; les trente navires qu'il commandait sont incendiés30. 8 Démosthène et Nicias, vaincus également eux-mêmes, débarquent l'armée sur la terre ferme, pensant la fuite par voie de terre plus sûre. 9 Gylippos s'empara de cent trente navires qu'ils avaient abandonnés.
Ensuite, il les poursuit eux-mêmes ; il fait prisonnier les fuyards, ou les massacre. 10 Démosthène, après avoir perdu son armée, se libère de la captivité en se donnant la mort avec son épée ; quant à Nicias, l'exemple de Démosthène ne l'avertit même pas de disposer de lui-même : il augmenta le désastre des siens par la honte de sa captivité.
1 C'est à dire
l'Adriatique et la mer Ionienne
2 Rapprochement pseudo
étymologique avec le verbe r(h/gnumi, je brise : aor.2 e)rra/ghn, d'où r(h=gma, fracture, et r(hgmi/n,
brisant.
3 De fait, les courants
de marée sont très importants dans le détroit de Messine à cause de la
différence des heures de marée entre la mer Tyrrhénienne et la mer Ionienne.
4 Cf. Virgile, Aen.
3, 420-423, dont le souvenir a amené la faute de t, une glose, uergilius,
passée dans le texte, entraînant la suppression de uerticibus, considéré
comme un doublet.
5 On trouve une
explication à peu près semblable dans Aristote (Met. 2,8).
6 Fille de la nymphe
Cratéide, dotée de six bouches et de douze pieds, elle habite une caverne de la
côte de Calabre.
7 Monstre de Sicile,
fille de La Terre et de Poseidon, Charybde avale trois fois par jour la mer et
tout ce qu'elle contient puis recrache le tout.
8 Le jeu des quatre
éléments : la terre, l'air, l'eau et le feu, est donc à l'origine de ces
phénomènes spectaculaires dont les Anciens donnaient des explications
surnaturelles.
9 Le détroit de Messine
mesure 42 km de long et 3 à 18 km de large.
10 À la pointe nord-est
de la Sicile se trouvent les monts Péloritains qui ont environ 1200 m d'altitude ; du côté du continent, les chaînes côtières de Calabre
culminent à un peu moins de 2000 m.
11 L'île est appelée qrinaki/h par Homère (Od.,
11, 107; 12, 127...) ; le nom est modifiée en Trinakri/a à l'époque classique, par suite d'une fausse étymologie : aux trois
sommets.
12 Les Cyclopes et les
Lestrygons selon Thucydide (6,2), dans son récit des origines de la Sicile,
amené par l'expédition athénienne. Thucydide est la source de la source de
Trogue Pompée plutôt que sa source directe.
13 Roi mythique de
Kamikos (Agrigente).
14 Trogue Pompée devait
parler ici de la fondation des colonies grecques de Sicile ; Justin a
sauté tout ce qui correspond à la période archaïque et il reprend son récit au
début du Ve s.
15 Tyran de Rhégium et
de Zancle (494-476/5), d'origine messénienne : il installe les Messéniens
chassés par les Spartiates (490 a.C.) à Zancle qui prend le nom de Messène.
16 L'homme de confiance
d'Anaxilaos est appelé aussi Mikuthos (Diodore, 11,48,2) ; il fut tyran de 476/5 à 467
a.C.
17 Hamilcar, fils de
Magon, fut écrasé en 480 a.C., à Himère, par Gélon, tyran de Syracuse, et
pendant deux générations les Carthaginois et les cités de Sicile restèrent en
paix. En 409 Himère est prise et rasée par les Carthaginois.
18 Cette anecdote n'est
pas autrement connue.
19 Cette première
expédition athénienne en Sicile n'est pas autrement connue.
20 Lacès, fils de
Mélanopos et Charoiadès, fils d'Euphilétos selon Thucydide (3,86,1). G. de
Sanctis (Ricerche..., p. 30) tire argument de la déformation chez Justin
du nom du second stratège pour démontrer que Trogue-Pompée utilise ici Éphore
comme source ; quant à Éphore, sa source pour l'expédition de Sicile serait
sicilienne et identifiable avec Philistos, qui n'aurait pas été en mesure de
vérifier le nom exact du stratège. Selon Busolt, Trogue Pompée a suivi Éphore,
mais en utilisant également Timée. Diodore (12,54,4) nomme aussi le stratège
Chariadès : il aurait utilisé ici la même source que Trogue Pompée.
21 Expédition de
427-423 a.C. (cf. Thucydide). Ce sont Leontinoi et les cités chalcidiennes de
Sicile, dont Catane, qui avaient fait appel aux Athéniens contre les
Syracusains.
22 En fait, la
condamnation de Lachès et de Chariadès eut lieu dès leur retour de Sicile.
23 Expédition de 415
a.C. La flotte athénienne comptait plus de deux cent cinquante navires.
24 À la suite du double
scandale des Hermocopides et de la profanation des Mystères d'Éleusis, une
procédure d'eisangelia avait été décrétée contre Alcibiade. Le stratège
quitta son navire pendant une escale à Thurioi, se réfugia d'abord en Élide,
puis gagna Sparte; cf. infra, 5,1,1-4 et les notes ad loc.
25 Printemps 414 a.C.
26 Gylippos débarqua à
Himère et rejoignit Syracuse par voie de terre.
27 Lamachos avait été
tué avant l'arrivée de Gylippos en Sicile; la rédaction de Justin est ambiguë
ou erronée.
28 En déc. 414 a.C. les
Athéniens envoyèrent de l'argent et dix trières sous le commandement
d'Eurymédon, puis, au printemps 413, soixante-cinq navires commandées par
Démosthène.
29 Les éditeurs,
anciens comme récents, corrigent ici le texte des mss et écrivent Eurymédon,
mais je préfére garder la leçon transmise par la tradition manuscrite et
indiquer une lacune. Je pense que Justin a opéré, une fois encore, une coupe
claire dans le texte de Trogue Pompée qui parlait sans doute ici des exploits
d'un certain Eurylochos, qui n'est pas autrement connu, avant de raconter la
fin de l'amiral Eurymédon ; l'abréviateur a sauté d'Eurylochus à
Eurymédon, abusé par la ressemblance des noms. Cependant, il est aussi possible
qu'il y ait eut un lapsus de Trogue Pompée ou de Justin, amené par le fait que
l'Eurylochos historique était un général spartiate, tué en bataille rangée par
le stratège Démosthène, alors au début de sa carrière (cf. Thucydide,
3,100-109).
30 Fin août 413, à
l'intérieur du Grand Port de Syracuse.