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Marcus Junianus Justinus
Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.
texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet.

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Livre XLI

Les rois parthes jusqu'à Mithridate Ier, Origines des Parthes, 1,1—Les territoires parthes, 1,10—Mœurs et coutumes des Parthes, 2,1—Histoire des Parthes depuis Alexandre, 4,1—Les Arsacides 4,6—Règne de Mithridate Ier et d'Eucratidès, 6,1—Le roi des Bactres Eucratidès 6,3—Les guerres de Mithridate Ier, 6,6.


1 2 3 4 5 6

Origines des Parthes 1,1 Les Parthes, au pouvoir desquels se trouve actuellement l'empire de l'Orient, comme par un partage du monde fait avec les Romains, furent des exilés scythes. 2 Ce fait est indiqué par leur nom même : en langue scythe, en effet, les exilés sont appelés "parthi". 3 Ils furent les plus obscurs des peuples orientaux à l'époque des Assyriens et des Mèdes. 4 Par la suite également, quand l'empire de l'Orient passa des Mèdes aux Perses, ils furent la proie des vainqueurs comme une masse de gens sans nom. 5 À la fin, ils furent asservis par les Macédoniens quand l'Orient fut l'objet de leur triomphe, 6 si bien qu'il paraît étonnant à qui que ce soit qu'ils aient été promus grâce à leur valeur militaire à une réussite telle qu'ils commandent aux nations sous l'empire desquelles ils furent comme une masse servile.

7 Harcelés par les Romains au cours de trois guerres successives, faites en des temps très prospères par les plus grands généraux1, les Parthes furent non seulement les seuls de tous les peuples à les égaler, mais encore à en être victorieux ; 8 toutefois, combien y a-t-il plus de gloire à avoir pu s'élever entre les royaumes assyrien, mède et perse, jadis célèbres, et le fameux empire très opulent de Bactriane qui compta mille villes, qu'à avoir remporté la victoire dans des guerres lointaines, 9 surtout étant donné que, tourmentés continuellement par de dures guerres avec leurs voisins Scythes, ils étaient pressés par de périlleux combats de toute sorte !

Les territoires parthes 10 Chassé de Scythie par des séditions internes, ils occupèrent furtivement les déserts situés entre l'Hyrcanie et les Dahes, les Aréens, les Sparnes et les Margiens. 11 Ensuite, sans que, au début, leurs voisins s'y opposent, puis même malgré leur résistance, ils étendirent tant leurs territoires qu'ils n'occupèrent pas seulement des étendues sans limites de plaines mais aussi les pentes des collines et les versants des montagnes. 12 De là vient que des chaleurs ou des froids intenses règnent sur la plupart des territoires de Parthie, puisque la neige désole les montagnes, et la chaleur, les plaines.

Mœurs et coutumes des Parthes
2,1 Le gouvernement du peuple, après sa défection de l'empire macédonien fut aux mains de rois. 2 Proche de la majesté des rois, il y a l'ordre des conseillers d'État2; les généraux dans la guerre, les gouverneurs dans la paix y sont choisis. 3 Leur langue est intermédiaire entre le scythique et le médique et mêlée des deux.

4 Ils eurent jadis un costume à leur manière ; après que la richesse leur vint, ils prirent le costume mède, transparent et flou. Leurs armes sont de tradition scythe ancestrale. 5 Leur armée n'est pas constituée d'hommes libres, comme celle des autres peuples, mais, pour sa plus grande partie, d’esclaves dont la masse croît de jour en jour, personne n'ayant le pouvoir de les affranchir et tous naissant esclaves pour cette raison. Comme à leurs propres enfants, ils leur apprennent avec grand soin à monter à cheval et à tirer à l'arc. 6 Plus chacun est riche, plus il fournit au roi de cavaliers pour la guerre. En dernier lieu, alors qu'ils étaient allés au devant d'Antoine qui portait la guerre en Parthie, avec cinquante mille cavaliers, quatre cents seulement étaient des hommes libres3. 7 Ils ne savent pas combattre de près en ligne de bataille ni prendre des villes après les avoir assiégées. Ils combattent soit en chargeant avec leurs chevaux, soit en tournant le dos ; souvent même ils simulent la fuite pour que leurs poursuivants ne se gardent pas des blessures4. 8 Le signal du combat ne leur est pas donné avec une trompette mais avec un tambour. Ils ne peuvent combattre longtemps ; au reste, ils seraient irrésistibles si leur endurance était aussi grande que la force de leur assaut. 9 La plupart du temps, ils abandonnent le combat dans le feu même de l'action et peu après, ils reprennent la bataille en rebroussant chemin, si bien que c'est au moment précis ou on croit avoir remporté la victoire qu'il faut assumer les plus grands périls. 10 Ils sont protégés, eux-mêmes et leurs chevaux, par des cuirasses à écailles5 qui les couvrent les uns et les autres sur tout le corps. Personne n'utilise l'or et l'argent , si ce n'est pour les armes.

3,1 Ils ont chacun plusieurs épouses, pour l'agrément de plaisirs changeants, et ils ne punissent aucun délit plus sévèrement que l'adultère. 2 Pour cette raison, ils n'interdisent pas seulement aux femmes de prendre leur repas avec les hommes, mais encore d'être en leur présence. 3 Ils ne se nourrissent pas de viande, sauf de celle procurée par la chasse. 4 Ils sont tout le temps à cheval ; ils se rendent à cheval à la guerre, aux festins, à leurs affaires publiques et privées ; c'est à cheval qu'ils marchent, se réunissent, commercent, discutent. Enfin, la différence entre les esclaves et les hommes libres est que les esclaves vont à pied, les hommes libres ne vont qu'à cheval.

5 L bec et les serres des oiseaux ou les crocs des chiens leur tient communément lieu de sépulture ; une fois mis à nu, les ossements sont enfouis dans la terre. 6 Tous ont le plus grand respect pour les rites religieux et le culte des dieux.

7 Les gens ont un tempérament prétentieux, insubordonné, fourbe, impudent ; de fait, selon eux, la violence appartient aux hommes, la douceur aux femmes. 8 Toujours prêts à faire la guerre à l'extérieur ou la révolution à l'intérieur, peu bavards de nature, ils sont plus prompts à agir qu'à parler. 9 Ils obéissent à leurs princes par crainte, non par respect. 10 Ils ne tiennent ni leurs paroles, ni leurs promesses, sauf quand cela les arrange.

Histoire des Parthes depuis Alexandre
4,1 Après la mort d'Alexandre le Grand, alors que les royaumes d'Orient étaient répartis entre ses successeurs, l'empire des Parthes est remis à Staganor, un allié étranger, car aucun des Macédoniens ne le trouvait digne de lui6. 2 Ensuite, quand les Macédoniens se divisèrent dans la guerre civile, ils suivirent Eumène, avec les autres peuples de la haute Asie, et après la défaite de ce dernier, ils passèrent à Antigone7. 3 Après ce roi, ils appartinrent à Séleucos Nicator8 et ensuite à Antiochos9 et à ses successeurs ; ils se révoltèrent pour la première fois contre Séleucos10, l'arrière petit-fils d'Antiochos, à l'époque de la première guerre punique, sous le consulat de L. Manlius Vulso et de M. Attilius Regulus11. 4 Leur sécession resta impunie du fait de la discorde entre les deux rois frères, Séleucos et Antiochos12, qui, tandis qu'ils voulaient s'arracher mutuellement le royaume, omirent de poursuivre ceux qui faisaient défection.

5 C'est également à la même époque que Diodote, préfet des mille villes bactres, fit défection et ordonna de l'appeler roi, et les peuples de tout l'Orient, ayant suivi son exemple, firent défection des Macédoniens.

Les Arsacides 6 Il y avait à cette époque un homme appelé Arsace, dont l'origine était aussi douteuse que sa valeur militaire était éprouvée. 7 Il était accoutumé à vivre de pillages et de rapines, quand il entendit le bruit de la défaite de Séleucos en Asie devant les Gaulois ; débarrassé de la crainte du roi, il attaqua les Parthes avec une troupe de brigands, écrasa leur préfet Andragoras et, l'ayant supprimé, il s'empara du pouvoir sur la nation. 8 Ensuite, après un bref espace de temps, il s'empara aussi du royaume des Hyrcaniens et pourvu ainsi du pouvoir sur deux cités, il prépare une grande armée, par peur, à cette époque, de Séleucos et de Diodote13, le roi de Bactriane. 9 Mais, vite affranchi de la peur par la mort de Diodote14, il conclut un traité de paix avec son fils, appelé aussi Diodote, et peu après il rencontra le roi Séleucos qui venait réduire les insoumis et il fut vainqueur ; 10 depuis lors, les Parthes célèbrent solennellement ce jour, comme le point de départ de leur liberté15.

5,1 Puis, Séleucos ayant été rappelé en Asie par de nouvelles révoltes, répit fut donné à Arsace ; il organise le royaume parthe, lève des soldats, construit des châteaux, fortifie des cités ; 2 il fonde aussi une ville, du nom de Dara, sur le mont Apaortènon, dont le site présente les caractéristiques que nul ne peut être mieux protégé, ni plus agréable. 3 Il est, en effet, entouré de tous côtés d'abrupts rocheux si bien que la protection de la place ne nécessite aucun défenseur, et la fertilité de la terre qui l'entoure est si grande qu'il satisfait à ses propres besoins ; 4 l'abondance des sources et des bois est telle qu'il est irrigué par des eaux abondantes et équipé pour les plaisirs de la chasse.

5 Arsace, ayant ainsi conquis et organisé en même temps son royaume, ne fut pas moins digne de mémoire pour les Parthes que Cyrus pour les Perses, Alexandre pour les Macédoniens, Romulus pour les Romains ; 6 il mourut dans un âge avancé et les Parthes attribuèrent à sa mémoire cet honneur : ils appelèrent par la suite tous leurs rois du nom d'Arsace.

7 Son fils et successeur, portant lui-même le nom d'Arsace, combattit avec une admirable valeur militaire contre Antiochos, fils de Séleucos, fort de cent mille fantassins et de vingt mille cavaliers16; pour finir il fut admis dans son alliance.

8 Le troisième roi chez les Parthes fut Priapatius, appelé lui aussi Arsace17. -En effet, comme on l'a dit plus haut, tous leurs souverains furent nommés ainsi comme les Romains donnèrent aux leurs les surnoms de César et d'Auguste18 -. 9 Après avoir régné quinze ans, il mourut en laissant deux fils, Mithridate et Phraate ; l'aîné, Phraate19, héritier du trône selon la coutume nationale, soumit par les armes les Mardes, un peuple très robuste, et mourut peu de temps en laissant plusieurs fils ; 10 et, sans en tenir compte, il préféra laisser l'empire à son frère Mithridate, un homme d'une immense valeur, dans l'idée qu'il devait plus au titre de roi qu'à celui de père, et qu'il fallait veiller davantage à sa patrie qu'à ses enfants.

Règne de Mithridate Ier et d'Eucratidès
6,1 Vers la même époque, deux grands hommes commencent leur règne : Mithridate chez les Parthes, Eucratidès chez les Bactres. 2 Cependant, la Fortune, plus favorable aux Parthes, amena chez ceux-ci l'empire à son apogée sous le commandement de Mithridate20.

Le roi des Bactres Eucratidès 3 Quant aux Bactres, lancés dans des guerres variées, ils ne perdirent pas seulement leur royauté mais aussi leur liberté, puisque, épuisés par les guerres contre les Sogdiens, les Arachotes, les Dranges, les Aréens et les Indiens, ils furent à la fin écrasés, comme exsangues, par les Parthes, plus faibles qu'eux. 4 Pourtant Eucratidès21 fit beaucoup de guerres avec un grand courage et, alors qu'usé par celles-ci, il subissait le siège mis par Dèmètrios, roi des Indiens, en faisant de fréquentes sorties, il vainquit soixante mille ennemis avec trois cents soldats, et libéré ainsi au bout de quatre mois, il réduisit l'Inde en son pouvoir. 5 Pendant qu'il en revenait, il est tué en chemin par son fils, qu'il avait associé au pouvoir, et ce dernier, sans cacher le parricide, comme s'il n'avait pas tué son père, mais un ennemi, poussa son char à travers le sang répandu par son père et ordonna d'abandonner le cadavre sans sépulture.

Les guerres de Mithridate Ier 6 Tandis que cela se passait chez les Bactres, la guerre éclate entre les Parthes et les Mèdes. Après des malheurs variés pour les deux peuples, à la fin la victoire fut aux mains des Parthes. 7 Ainsi renforcé, Mithridate mit Bacasis à la tête de la Médie ; il part lui-même pour l'Hyrcanie. 8 Revenu de là-bas, il fit la guerre au roi des Élymes et l'ayant vaincu, il ajouta ce peuple aussi à son royaume, et après avoir obtenu la soumission de nombreux peuples, il étendit l'empire des Parthe depuis le mont Caucase jusqu'à l'Euphrate.

9 Mais alors, tombé dans un état de mauvaise santé, il mourut dans une glorieuse vieillesse, non moins grand que son bisaïeul Arsace.


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1 Cf. infra,
42,4,4-12, où Justin évoque les conflits romano-parthes sous Orodès II, d'après Trogue Pompée qui a suivi une source différente pour le livre 41 et le livre 42.

2 Les mss de Justin écrivent populorum ordo (tpi) ou ipsorum ordo (CD) : ni l'une ni l'autre de ces leçons n'a de sens, si bien que les éditeurs ont proposé diverses corrections, par exemple optimatum ordo (Gronovius), praepositorum ordo (Ieep), philosophorum ordo (Heminius). La correction que j'ai adoptée, due à A. von Gutschmid, est celle que Seel a éditée ; elle apparaît comme la plus probable. Le terme grec pro/boulos, qui a été transcrit par Trogue Pompée d'après sa source veut donner un équivalent au mot perse définissant l'institution.

On sait que les chefs d'armée et les satrapes étaient choisis dans la famille royale des Arsacides, ou parmi les six autres grandes familles. L'ordo probulorum serait ainsi constitué par les membres de ces sept familles.

3 Les campagnes de Marc Antoine (36-33) contre Phraate IV Arsace XIV (37 - 2 a.C.) sont les dernières campagnes contre les Parthes connues de Trogue Pompée, ce qui donne un terminus post quem à la rédaction des Histoires Philippiques.

4 C'est ce que les Anciens appelaient la flèche du Parthe : ils y voyaient le comble de la traîtrise mais c'est le seul moyen de tirer à l'arc pour un archer monté.

5 La lorica plumata est une variante de la lorica squamata, une cuirasse orientale à écailles portée par les cavaliers.

6 Cf. supra
13,4,23.

7 À propos de la guerre entre Antigone et Eumène qui se termina par la défaite et la mort de ce dernier, voir supra,
14,1-4.

8 Séleucos Ier, cf. supra,
15,4.

9 Antiochos Ier Sôter.

10 Séleucos II Kallinikos.

11 Vers 250 a.C. Arsace Ier refuse la suzeraineté séleucide.

12 Séleucos II Kallinikos et Antiocos Hiérax.

13 Diodote Ier.

14 Diodote II.

15 Le début de l'ère des Parthes (c.247 a.C.) se place en réalité au début du règne de Tiridate Ier.

16 C'est Artaban Ier Arsace III (211?-191?) qui lutta contre Antiochos III Mégas ; auparavant Tiridate Ier Arsace II, le frère d'Arsace Ier, avait régné de 248 à 211 a.C.

17 En fait, le quatrième Arsace, nommé Tigrane Théos, dans le prologue.

18 Si cette remarque n'est pas due à Justin ou à un interpolateur, Trogue Pompée serait mort après le début du règne de Caligula (37-41 p.C.), après l'établissement de l'usage d'une titulature impériale héréditaire.

19 Phraate Ier Arsace V, (176-171 a.C.

20 Mithridate Ier Arsace VI Me/gas, Rois des Rois, Philhellène (171-138 a.C.), fonda Ctésiphon en 144 a.C., d'abord ville de garnison en face de Séleucie.

21 Eucratidès Ier, c.171-c.155 a.C.


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