6,1 Il place des peuples face aux ennemis sur leurs territoires mêmes, d'autres, il les installe aux limites extrêmes de son royaume ; il en répartit certains, prisonniers de guerre, pour grossir des villes. 2 Et il fit ainsi un seul royaume et un seul peuple avec de nombreuses populations et nations. 3 Après avoir réglé et mis en ordre les affaires en Macédoine, il soumet les Dardaniens et les autres peuples voisins, surpris par ruse25.
Philippe et Alexandre le Molosse 4 D'autre part, il ne se retient pas de porter la main sur ses proches, puisque il décide de chasser du trône le roi d'Épire Arrybas, qui était lié à son épouse Olympias par la parenté la plus étroite : 5 il appela en Macédoine, au nom de sa sœur, le beau-fils d'Arrybas, Alexandre26, qui était le frère de son épouse Olympias, un adolescent d'une beauté pudique, 6 et, ayant feint l'amour, il mit tout son zèle à l'entraîner dans une liaison contre nature, en lui faisant miroiter l'espoir du trône, dans l'idée de trouver en lui plus de docilité, soit parce qu'il éprouverait de la honte, soit parce qu'il espérerait le trône. 7 Alors donc qu'Alexandre était arrivé à ses vingt ans, Philippe lui donna, tout jeune qu'il était, le royaume qu'il avait arraché à Arrybas27, coupable ainsi d'un double crime : 8 en effet, il ne respecta pas les droits de la parenté envers celui à qui il ôta le pouvoir royal, et il déshonora celui à qui il le donna, avant de le faire roi.
1 Justin veut parler du conseil de l'amphictyonie de Delphes, qui se tint en 356/355 a.C.
2 Les Thébains avaient obtenu après la bataille de Leuctres la condamnation des Spartiates pour l'occupation de la Cadmée en 382 a.C.
3 En fait, les Phocéens furent condamnés en 356 pour avoir mis en culture les champs sacrés de Cirrha (Ki/rra). Cf. Diodore, 16,23,3.
4 Il était alors strathgo\s au)tokra/twr des Phocéens.
5 Ils eurent alors les moyens d'enrôler une dizaine de milliers d'hommes.
6 En 355 ou 354 a.C., au nord du mont Parnasse.
7 Justin a omis de rapporter l'invasion de la Locride et de la Béotie par Onomarchos qui explique le recours des Thébains à Philippe de Macédoine.
8 Philippe avait été vaincu au cours d'une première campagne en 353 a.C. ; l'année suivante, il fut élu généralissime, avec le titre d'a)/rxwn ou de tago/s et remporta une victoire sur Onomarchos ; le Phocéen fut capturé peu après et crucifié par Philippe ; son frère Phailos le remplaça au commandement suprême et continua la guerre.
9 Philippe renonça en 352 à essayer de franchir les Thermopyles, se contentant d'exercer une sorte de protectorat sur la Thessalie.
10 Développement rhétorique bizarre, peut-être repris directement de Théopompe : les idées développées correspondent mal aux opinions défavorables à Philippe exprimées auparavant et plus loin, et de toute façon le point de départ est faux, car c'est le roi de Sparte Léonidas qui avait occupé les Thermopyles pour barrer la route à Xerxès, et non les Athéniens. D'autre part, les Athéniens n'ont pas de dévotion particulière à l'Apollon de Delphes, c'est celui de Délos qui pourrait être pris en considération en tant que protecteur de la ligue du même nom.
11 Développement, et exagération rhétorique, fondé sur la destruction par Philippe de petites cités thessaliennes qui avaient pris auparavant le parti des Phocéens.
12 La tradition manuscrite de Justin présente la leçon cappadociam : ce qui n'est pas possible, d'où diverses propositions de corrections, dont le thraciam de Seel, conforme à la réalité historique mais impossible à justifier paléographiquement : mieux vaut corriger chalcidiam en référence au prologue, comme l'a fait J. Bongars (éd. de Paris, 1581).
13 Amadokos, roi des Odryses, et Chersebleptès, un roitelet thrace allié d'Athènes, furent vaincus en 352 et 351 a.C. mais ils eurent la vie sauve et conservèrent leur trône sous le protectorat de Philippe.
14 Le premier fils de Gygée, seconde épouse d'Amyntas III, Archelaos, avait été tué en 359 a.C.
15 Arrhidée et Ménélas.
16 Olynthe fut prise et détruite en septembre 348 a.C. ; les Athéniens, dont l'aide fut limitée malgré Démosthène (Olynthiennes), avaient envoyé en renfort aux Olynthiens le stratège Diopeithes.
17 Anticipation, cf. infra 9,1,5.
18 Il s'agit des fils de Bèrisadès, roi de Thrace occidentale. Cf. Piccirilli, Una notizia...
19 Cf. les discours des deus orateurs athéniens, ennemis politiques et personnels, Démosthène et Eschine, intitulés tous deux Sur l'Ambassade.
20 Paix de Philocratès, au printemps 346 a.C. Philippe reconnaît aux Athéniens la possession de la Chersonèse, contre la reconnaissance de ses conquêtes et l'abandon par les Athéniens de leurs alliés, les Phocéens.
21 Cette activité diplomatique se passe à Pella, capitale de Philippe, en 346 a.C.
22 Au début de l'été 346 a.C.
23 En juillet 346 a.C., le stratège Phalaicos, fils d'Onomarchos, s'enfuit avec ses mercenaires en Italie, puis en Crète. Philippe établit des garnisons macédoniennes en Phocide. Les Phocéens perdirent au profit de Philippe les deux sièges qu'ils avaient au conseil de l'amphictyonie delphique. Cf. Diodore, 16,59-60.
24 Le traitement de ce topos a des points communs avec le passage où Tite-Live (1,29,2-5) expose la douleur de la population d'Albe, obligée par les Romains de s'installer à Rome.
25 344 a.C.
26 Cf. supra, 7,6,12 et n. ad. loc.
27 Arrybas,ou plutôt Arybbas (A)ru/bbas) fut détrôné en 342, cf. Diodore, 16,72.